Dès les premières pages, Richard Dawkins prévient qu'il va malmener la religion. Le ton de Pour en finir avec Dieu (Robert Laffont) se veut donc souvent dur, polémique, partisan. Car le biologiste, professeur à Oxford, veut dénoncer le " privilège disproportionné dont jouit la religion dans nos sociétés laïques ". Un privilège dangereux, dit-il, qui repose sur une entente tacite qui consiste à ne pas contester les idées religieuses. Mais, concrètement, que cherche Dawkins ? Secouer les esprits sur cinq points. Un : " Il est possible d'être un athée heureux, équilibré, moral et intellectuellement accompli. " Deux : démontrer que la sélection naturelle suffit à expliquer la richesse du vivant et l'existence de l'Univers sans intervention de Dieu. Trois : l'homme n'a pas besoin de Dieu pour être bon. Quatre : éviter que les enfants soient embrigadés dans les croyances de leurs parents. Cinq : rendre leur fierté aux athées. Parce que, conclut-il, " l'athéisme est toujours la preuve d'un esprit sain ". L'ouvrage est devenu un best-seller planétaire et a déclenché d'énormes polémiques, surtout aux Etats-Unis. Où Darwin n'a plus droit de cité. Où Barack Obama prête serment sur la Bible. Où le même président choisit un pasteur antimariage gay et anti-avortement pour prononcer une prière lors de son investiture. Pour en finir avec Dieu s'inscrit dans ce contexte : son auteur, chef de file du mouvement Bright, appelle les athées du monde à faire leur " coming out ".
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Dès les premières pages, Richard Dawkins prévient qu'il va malmener la religion. Le ton de Pour en finir avec Dieu (Robert Laffont) se veut donc souvent dur, polémique, partisan. Car le biologiste, professeur à Oxford, veut dénoncer le " privilège disproportionné dont jouit la religion dans nos sociétés laïques ". Un privilège dangereux, dit-il, qui repose sur une entente tacite qui consiste à ne pas contester les idées religieuses. Mais, concrètement, que cherche Dawkins ? Secouer les esprits sur cinq points. Un : " Il est possible d'être un athée heureux, équilibré, moral et intellectuellement accompli. " Deux : démontrer que la sélection naturelle suffit à expliquer la richesse du vivant et l'existence de l'Univers sans intervention de Dieu. Trois : l'homme n'a pas besoin de Dieu pour être bon. Quatre : éviter que les enfants soient embrigadés dans les croyances de leurs parents. Cinq : rendre leur fierté aux athées. Parce que, conclut-il, " l'athéisme est toujours la preuve d'un esprit sain ". L'ouvrage est devenu un best-seller planétaire et a déclenché d'énormes polémiques, surtout aux Etats-Unis. Où Darwin n'a plus droit de cité. Où Barack Obama prête serment sur la Bible. Où le même président choisit un pasteur antimariage gay et anti-avortement pour prononcer une prière lors de son investiture. Pour en finir avec Dieu s'inscrit dans ce contexte : son auteur, chef de file du mouvement Bright, appelle les athées du monde à faire leur " coming out ". L'expression de Stephen Hawking, célèbre physicien , " l'esprit de Dieu ", que l'on cite tant, ne révèle pas plus une croyance en Dieu que lorsque je dis : " Dieu seul le sait ", pour signifier que je ne sais pas. Dawkins affirme qu'il en est de même pour le savant Albert Einstein, quand il invoquait le " bon Dieu " pour personnifier les lois de la physique. En réalité, poursuit l'auteur, Einstein et Hawking sont des panthéistes - ils adhèrent à un athéisme enjolivé. Einstein utilisait " Dieu " dans un sens purement poétique. Idem pour Hawking, et pour la majorité des physiciens qui, à l'occasion, versent dans la métaphore religieuse. Leur Dieu n'est pas celui du siècle des Lumières : un hyper-ingénieur qui, avant de prendre sa retraite, a fixé les lois et les constantes de l'Univers pour les ajuster avec une précision et une prescience minutieuses, donnant lieu au big bang. Leur Dieu n'est pas non plus surnaturel. Il est à des années-lumière de ce Dieu interventionniste, faiseur de miracles, qui lit dans les pensées, punit les péchés et exauce les prières. Confondre sciemment les deux, lance Dawkins, relève de la haute trahison intellectuelle. D'aucuns, donc, recourent à l'" astuce Einstein-Hawking " : utiliser Dieu pour dire ce que nous ne comprenons pas. Celle-ci ne serait qu'une ruse sans gravité si elle n'était pas continuellement mal comprise par ceux qui meurent d'envie de ne pas la comprendre. D'ailleurs, les optimistes parmi les scientifiques (dont Dawkins) répètent que " ce que nous ne comprenons pas " signifie seulement : " ce que nous ne comprenons pas encore ". Faux, déclare Dawkins. On peut citer des exemples de questions qu'on croyait à jamais hors de portée de la science et auxquelles on a apporté des réponses. Ainsi, en 1835, le philosophe athée Auguste Comte affirmait à propos des étoiles : " Nous ne pourrons jamais étudier par aucune méthode leur composition chimique ou leur structure minérale. " Ceux qui aujourd'hui travaillent sur des spectroscopes font mentir l'assertion de Comte : ils analysent à longue distance la composition chimique précise d'étoiles, fussent-elles très lointaines. L'idée selon laquelle la science et la religion ne peuvent pas empiéter sur leurs terrains respectifs est une imposture. Pour Dawkins, l'existence de Dieu doit être une hypothèse scientifique parmi d'autres. Cela implique que les scientifiques doivent émettre des jugements de probabilité sur cette question. En tout cas, dit-il, les preuves dont on dispose et les raisonnements qui tendent à le montrer donnent une probabilité " extrêmement faible " de l'existence de Dieu. La question de l'existence de Dieu ne doit pas non plus être laissée aux seuls théologiens : quelle compétence peuvent-ils faire valoir dans les profondes questions cosmologiques ? Et si la science ne peut y répondre, pourquoi la religion, elle, le pourrait-elle ? Récemment, Russell Stannard, physicien croyant, a testé en double aveugle l'efficacité de la prière sur la santé des malades. Ces derniers ont été divisés, au hasard, en trois groupes : ceux pour lesquels on ne priait pas, ceux qui étaient la cible de prières et qui l'ignoraient, ceux qui étaient la cible de prières et qui le savaient. Aucun malade ne savait à quel groupe il appartenait. Seuls ceux qui priaient connaissaient le prénom du malade pour lequel ils priaient. Verdict ? Aucune différence entre les deux premiers groupes. Pis : " ceux qui savaient " ont souffert de complications bien plus nombreuses que ceux qui l'ignoraient. Le stress du résultat, ironise Dawkins. Les trois premières avancées par le théologien, et censées prouver l'existence de Dieu, écrit Dawkins, disent la même chose. Toutes comportent une " régression à l'infini " : la réponse à une question soulève une question antérieure, et ainsi de suite, sans fin. Un : la preuve que " tout ce qui est en mouvement est mû par autre chose ". Cela nous amène à une régression dont la seule issue, au final, est Dieu. Il fallait qu'un moteur donne la première impulsion : ce premier moteur, c'est Dieu. Deux : " Tout effet a une cause efficiente antérieure. " Là encore, nous sommes ramenés à une régression. Celle-ci doit se terminer sur une première cause, c'est Dieu, encore. Trois : la preuve " cosmologique ". Si le monde n'a pas existé de toute éternité, il faut bien qu'il ait été créé, donc qu'il y ait un créateur hors du monde, un Dieu tout-puissant. Ces trois premières preuves présupposent que Dieu lui-même échappe à ces régressions. Dieu est donc omniscient et tout-puissant. Or il ne peut être les deux à la fois. Dawkins démolit ensuite la quatrième preuve de saint Thomas d'Aquin : " l'argument du degré ". Dans le monde, il existe des degrés dans la perfection. Ces degrés sont jugés par rapport à un degré souverain. La bonté souveraine, par exemple, n'existe pas parmi les hommes. Il y a donc un être qui, pour tous les humains, est cause de toute perfection : c'est Dieu. On pourrait aussi dire, poursuit Dawkins, que les hommes ne sentent pas tous aussi mauvais. Pour établir la comparaison, il faudrait se référer à un être exceptionnellement " puant ", et nous l'appelons Dieu. Bref, s'emporte le biologiste, " le degré d'argument " n'est pas un argument ! Cinq : " l'argument du dessein ". Les êtres vivants donnent l'impression, affirme Thomas d'Aquin, d'opérer vers une fin. Il existe donc un ordinateur : c'est Dieu, toujours ! Oui, les derniers quatuors de Beethoven sont sublimes, écrit Dawkins. Ils prouvent l'existence de Beethoven, pas celle de Dieu. Remplacez Beethoven par Schubert, Shakespeare ou Michel-Ange, ça revient au même. Ici, la foi de Michel-Ange, par exemple, reste secondaire. Retenons juste qu'à l'époque l'Eglise, très riche, était le mécène le plus important. Athée, l'artiste aurait-il eu moins de talent ? Aurait-il été moins inspiré s'il avait peint le plafond d'un musée géant de la science plutôt que la chapelle Sixtine ? Pour ceux qui connaissent le cerveau et ses puissants mécanismes, cette assertion ne tient pas la route. Quand on dort, cela s'appelle un rêve ; quand on est éveillé, de l'imagination ou une hallucination. Ces visions ne sont pas des raisons valables d'affirmer que Dieu est vraiment là. Et les manifestations de masse ? Elles sont plus difficiles à récuser, concède Dawkins. Mais comment expliquer que ces phénomènes - les apparitions à Fatima, par exemple - se soient réellement produits, sans que le reste du monde en dehors de Fatima les ait vus ? De nombreux croyants l'affirment : " Si Jésus se disait fils de Dieu, c'est qu'il avait raison. " D'abord, avance Dawkins, la preuve historique que Jésus prétendait à un statut divin est minime. Les théologiens ont eux-mêmes démontré que les Evangiles n'étaient pas fiables quand ils relatent ce qui s'est passé dans le monde véritable : tous ont été rédigés après la mort de Jésus et après les Epîtres de Saint-Paul, qui ne cite aucun prétendu fait de la vie de Jésus. Tous ont été copiés et recopiés par des scribes faillibles, qui avaient leurs propres engagements religieux. Enfin, les sources chrétiennes se contredisent : elles sont une £uvre de fiction ancienne, au même titre que le Da Vinci Code est un opus moderne, affirme Dawkins. Isaac Newton, Michael Faraday, William Thomson, Gregor Mendelà tous se disaient croyants. Comme tout le monde jusqu'au xixe siècle. Au xxe siècle, en revanche, les grands scientifiques qui proclament leur foi sont plus difficiles à trouver, soutient l'auteur. En tout cas, pour la majorité d'entre eux, ils sont religieux dans le sens einsteinien ( lire ci-avant). Quant aux autres, raille Dawkins, ils suscitent l'amusement étonné de leurs pairs. Aux Etats-Unis, plusieurs études ont révélé que, parmi les scientifiques d'élite (Prix Nobel et autres membres de la National Academy of Sciences), à peine 7 % croyaient en un Dieu personnel. Idem pour les membres de la Royal Society britannique, où Dieu est quasi absent (3,3 % se disent croyants). On compte donc une écrasante prépondérance d'athées au sein de la communauté scientifique internationale. Ici, Dawkins prend le contre-pied du pari de Pascal, qui affirmait : " On ne saura jamais si Dieu existe, mais on a intérêt à y croire. " Car, " si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien ". Il y a une faille, réplique le biologiste. Parce que la foi ne se décide pas comme un acte volontaire. Parce que ce que propose Pascal est un argument pour feindre de croire en Dieu. Parce que, si Dieu existe, ne récompenserait-il pas de la même façon la générosité, l'humilité et la sincérité ? Seriez-vous prêts à parier sur un Dieu qui préférerait une foi malhonnête à un scepticisme honnête ? Conclusion de Dawkins : si vous dites qu'il n'existe pas, votre vie n'en sera que meilleure. Vous perdrez moins de temps à le vénérer, à lui offrir des sacrifices, à mourir pour luiàDawkins est un darwiniste : pour lui, les espèces vivantes évoluent les unes à partir des autres et remontent à un ancêtre commun. Elles se transforment, de façon aléatoire, pour s'adapter aux variations du milieu sur des milliards d'années. Une sélection naturelle s'opère au profit des plus forts . Pour les antidarwinistes, en revanche, Dieu a fabriqué, une fois pour toutes, les espèces telles qu'elles sont actuellement. Les hommes gambadaient au côté des dinosaures... Tout cela il y a quelque 10 000 ans. Ils n'ont rien compris à la théorie de l'évolution, réfute Dawkins. La sélection naturelle est en réalité un processus cumulatif. Darwin lui-même écrivait : " Si l'on pouvait démontrer qu'il existe un quelconque organe complexe qui n'a pu se former par de nombreuses petites modifications successives, ma théorie s'effondrerait complètement. " Il n'en a pas trouvé. Ni personne après lui. Selon Dawkins, l'évolution reste la seule explication scientifique au vivant qui tienne la route. La vie n'est pas issue d'un dessin intelligent, comme l'affirment les créationnistes. Qui accumulent sans fin des exemples pour conclure : " Tout cela est-il l'effet du hasard ? " Non, ni du hasard ni d'un dessein intelligent, réplique Dawkins. Car les thèses créationnistes se heurtent à un mur : si la complexité nécessite un créateur, il faut que celui-ci soit encore plus complexe pour avoir tout prévu. Comment expliquer la complexité du créateur ? Si Dieu a créé le monde, qui a créé Dieu ? Le darwinisme conserve aussi ses zones d'ombre. En dépit des preuves indirectes de l'ascendance commune des espèces, des " chaînons manquants " demeurent, ces groupes d'êtres vivants qui auraient les caractéristiques permettant de passer d'une espèce à une autre. Les théoriciens du dessein intelligent y sautent à pieds joints, en recourant à l'absence de fossiles intermédiaires. Dès qu'ils trouvent une lacune dans les connaissances actuelles, fulmine Dawkins, ils décrètent par défaut que Dieu est forcément intervenu. Ils vous disent qu'un organe comme l'£il est irréductiblement complexe. Mais ne démontrent pas les raisons de cette complexité irréductible. Et concluent que l'organe émane d'un grand dessein. Cette logique n'a pas sa place dans la science ! Les darwiniens pourraient penser que la religion n'a pas beaucoup d'intérêt pour la survie des hommes. Mais la religion est peut-être le produit dérivé d'une autre chose, qui, elle, en a eu un. Ainsi, selon Dawkins, le comportement religieux serait le produit dérivé d'une propension psychologique qui a eu son utilité. L'hypothèse du biologiste concerne les enfants : pour survivre, ils doivent croire ce que leur disent les adultes. Ils doivent croire aussi bien qu'il est dangereux de se baigner dans un lac infesté de crocodiles et qu'il faut sacrifier une chèvre pour obtenir de la pluie. Le revers de l'obéissance infantile est la crédulité aveugle, qui peut persister à l'âge adulte. La religion est un produit dérivé accidentel - " le raté d'une chose utile ". Or le cerveau d'un enfant est démuni face aux " virus " mentaux. Une fois " infecté " (par la religion), l'enfant grandit et " contamine " la génération suivante. Bref, Dawkins applique la théorie de l'évolution aux religions. Pourquoi l'esprit humain est-il sensible aux idées religieuses. Ici, Dawkins imagine la théorie du " mème ". Le mème est un élément culturel qui, à l'instar de l'ADN, est répliqué et transmis par l'imitation du comportement d'un individu par d'autres individus. Les cultures évolueraient, comme les êtres vivants, par variations et sélection naturelle. Ainsi, certaines idées religieuses pourraient survivre par leur mérite absolu, à savoir par leur séduction universelle qu'elles exercent sur l'esprit humain. Exemple : la survie de l'âme après la mort. D'où vient le côté bon Samaritain qui est en nous ? L'altruisme n'a pas attendu la Bible pour se développer entre les hommes. Selon Dawkins, il découle tout simplement de notre passé darwinien. L'apparentement génétique entre les humains, la nécessité de la réciprocité, l'avantage à se faire une réputation de générosité et de bonté et celui d'utiliser cette générosité pour afficher sa supériorité expliquent largement les origines de l'altruisme et du sens moral. Il n'y a donc aucune raison pour que les hommes se transforment en monstres s'ils ne croient plus en Dieu. Qu'ils soient croyants ou athées, la plupart des gens partagent les principes éthiques. Ceux-ci sont le produit d'un Zeitgeist moral (" esprit du temps ") en constante évolution, davantage que le produit de préceptes religieux. Coller sur les enfants les étiquettes religieuses de ses parents - " enfant catholique ", " enfant protestant ", " enfant juif ", " enfant musulman " - relèverait aussi de la maltraitance : " Disons-nous "enfant libéral", "enfant écolo", interroge Dawkinsà Non ! Alors ne dites pas un enfant catholique, mais un enfant de parents catholiques. " Cette présentation, poursuit le scientifique, éveillera la conscience de l'enfant, qui réalisera que la religion est une option à prendre ou à laisser. Une évidence, d'abord : ce n'est pas parce que Dieu peut consoler qu'il est vrai, qu'il existe. Ensuite, poursuit Dawkins, comment expliquer que nombre de croyants, convaincus pourtant d'une vie après la mort, sont effrayés par la mort ? La religion ne réconforte pas, semblerait-t-il, les mourants. Ont-ils peur du purgatoireà s'il existe ? Car la preuve de son existence reste faible. Jugez plutôt, écrit Dawkins : si les morts allaient simplement au ciel ou en enfer en fonction de leurs péchés sur terre, il n'y aurait aucun intérêt à prier pour eux. Or certains prient pour les morts. Donc, pour les croyants, le purgatoire doit exister, sinon leurs prières sont inutiles. Sans commentaires, réplique Dawkins. " Dieu existe, sinon la vie serait vide de sens. " Il y a quelque chose d'infantile dans la présomption que quelqu'un d'autre a la responsabilité de donner à notre vie un sens et une raison d'être. Et, dans ce cas, c'est Dieu. Non, note l'auteur, notre vie est aussi riche, pleine de sens et merveilleuse si nous-mêmes le décidons. La science ne " pointe pas vers une existence morne, vide de sens et sans but ". Au contraire, elle " peut être une source jaillissante de réconfort et d'espoir ". Foi de Dawkins ! S.G.