La vie gouvernementale belge est-elle souvent à la merci d'un parti au pouvoir qui se dérobe ?
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La vie gouvernementale belge est-elle souvent à la merci d'un parti au pouvoir qui se dérobe ? Depuis 1946, six des 43 gouvernements belges avaient été jusqu'ici confrontés à la sortie d'un parti de la coalition. Mars 1947 : les socialistes et les libéraux se séparent des communistes dans le gouvernement du socialiste Camille Huysmans. Janvier 1980 : la pentapartite Martens I (CVP - PSC - PS - SP - FDF) enregistre la sortie du FDF. Neuf mois plus tard, en octobre 1980, ce sont les libéraux qui quittent la coalition Martens III (sociaux-chrétiens - socialistes - libéraux). Septembre 1991 : la Volksunie claque la porte du gouvernement Martens VIII (CVP - PS - SP - PSC - VU). Mai 2003 : Ecolo met fin à sa présence dans le gouvernement Verhofstadt I (VLD - PS - Fédération PRL-FDF-MCC - SP - Ecolo - Agalev). Enfin, avril 2010, l'Open VLD retire la prise de Leterme II (CD&V - MR - PS - Open VLD - CDH). Quelles (bonnes) raisons avance- t-on pour faire ainsi défection ? Les motifs sont souvent d'ordre socio-économique ou communautaire. En 1947, c'est un conflit sur le prix du charbon et sur la politique liée à l'industrie minière qui oppose les ministres communistes à leurs partenaires socialistes et libéraux et qui les conduit à démissionner. En janvier 1980, c'est un désaccord lié à la régionalisation, plus précisément un problème d'interprétation des garanties en faveur de la minorité flamande de Bruxelles, qui amène les deux ministres et le secrétaire d'Etat FDF à quitter Martens I après leur refus de se soumettre à un projet de déclaration gouvernementale. En octobre 1980, après plusieurs conflits internes, principalement économiques et sociaux mais aussi liés à la défense, les libéraux tirent les conséquences de leur rejet d'un plan de globalisation de ces problèmes. La VU, elle, renonce au gouvernement Martens VIII en septembre 1991 après avoir refusé un compromis sur la question du renouvellement des licences d'exportation d'armes, compromis que soutenaient les partis francophones. En mai 2003, Ecolo sort de la coalition arc-en-ciel sur la problématique des vols de nuit. Et en avril 2010, c'est le non-règlement du dossier BHV, l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal- Vilvorde, qui décide le président de l'Open VLD d'alors, Alexander De Croo, à ne plus poursuivre dans le gouvernement Leterme II. Les partenaires cherchent-ils toujours à retenir un parti qui décide de partir ? Les cas de figure sont souvent plus complexes. Un parti peut être poussé à claquer la porte par ses partenaires de coalition. Le différend de nature économique qui éclate au sein du gouvernement Huysmans en 1947 est aussi un prétexte pour écarter les communistes alors que débute la guerre froide sur le plan international : socialistes et libéraux poursuivent alors sans eux dans un gouvernement dirigé par le socialiste Paul-Henri Spaak. Dans la coalition arc-en-ciel en mai 2003, le Premier ministre, Guy Verhofstadt (Open VLD), décharge la ministre des Transports, Isabelle Durant (Ecolo), de ses compétences liées au transport aérien. Ce dessaisissement ne peut être que ressenti comme un affront par Ecolo, il ne lui laisse plus d'autre choix que de faire démissionner ses deux ministres. Il y a encore le cas des partis surnuméraires, qui sont intégrés dans un gouvernement uniquement par nécessité de disposer d'une majorité des deux tiers indispensable à une entreprise de révision constitutionnelle : une fois que ces partis ne sont plus mathématiquement indispensables, les autres partenaires gouvernementaux peuvent se permettre de les pousser à bout, jusqu'à la porte de sortie. Cela s'est présenté avec Martens I (FDF), III (libéraux) et VIII (VU), et avec Verhofstadt I (Ecolo.) La suite logique et immédiate de la défection d'un parti, n'est-ce pas la chute du gouvernement au complet et un retour anticipé aux urnes ? Dans quatre cas sur six, les autres partenaires de coalition ont poursuivi ensemble avec un Premier ministre inchangé, parfois pour une courte durée, mais sans passer aussitôt par la case élections. Le roi charge alors le Premier ministre de remanier le gouvernement. Martens II a ainsi succédé à Martens I une semaine après le départ du FDF ; Martens IV a prolongé Martens III, sans les libéraux ; Martens IX a aussitôt pris le relais de Martens VIII, sans la VU. Quant à Verhofstadt I, le départ des ministres Ecolo, deux semaines seulement avant les législatives fédérales programmées le 18 mai 2003, n'a pas eu le temps d'avoir un impact. L'exception, c'est la chute de Leterme II, en avril 2010 après le retrait de l'Open VLD, qui mène à des élections anticipées en juin. Les partis qui ont pris le pari de tirer la prise, de gré ou finalement contraints et forcés, ont-ils parfois eu à s'en féliciter dans les urnes ? Le pari paraît d'autant plus risqué que le scrutin qui suit une sortie de gouvernement est proche. Ecolo perd 4,3 % et plus de la moitié de ses sièges aux élections du 18 mai 2003 qui ont lieu deux semaines après son départ de la coalition arc-en-ciel. L'Open VLD perd 3,2 % des voix aux élections anticipées de juin 2010, organisées quarante jours après avoir provoqué la chute de Leterme II. Huit semaines après avoir quitté Martens VIII, la Volksunie perd 2,2 % des voix aux législatives du 24 novembre 1991 qui sont légèrement anticipées d'un mois. Quant au FDF, sorti de Martens I en 1980, il perd 0,5 % des voix lors du scrutin qui n'a lieu que deux ans plus tard. Enfin, seul cas qui dément ces pertes électorales parfois sévères, les libéraux qui ont démissionné de Martens III en octobre 1980 ont remporté une victoire électorale, mais un an après leur retrait. Les partenaires d'un Michel II pourraient-ils, eux, tirer les marrons du feu du départ de la N-VA de Michel I ? Pas forcément. La constante est que les composantes d'une coalition gouvernementale ne gagnent jamais toutes ensemble lors du scrutin. Soit, elles perdent ensemble ; soit, certaines d'entre elles gagnent ou stagnent, alors que d'autres reculent.