de Christine laurent
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de Christine laurentDans cette affaire, même Berne a courbé l'échine. Une révolution pour un pays qui, depuis toujours, protège jalousement l'une de ses rares richesses nationales, le secret bancaire. Oui, sous les feux croisés des Américains et de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), la Suisse a enjambé ses " pudeurs ". Quelques pas en arrière et le sacro-saint verrou sautait. Avec l'Autriche et le Luxembourg, le fief de Guillaume Tell et de la multinationale Nestlé entrebâille la porte qui donne accès aux dépôts financiers clandestins. Avec cette décision historique, il laisse s'ouvrir une brèche, il abandonne pour l'étranger la distinction entre fraude et évasion fiscales et accepte l'échange de renseignements au cas par cas. Des accords bilatéraux devront ainsi être renégociés avec pas moins d'une septantaine d'Etats, un long travail de deux à trois ans, au minimum. Mais un vrai bouleversement. L'art de l'esquive, le Luxembourg l'avait aussi tenté dans cette bourrasque soudaine venue des Etats-Unis, et qui a ébranlé tout le petit monde bancaire assoupi depuis des lustres sur des avantages autoproclamés permettant aux plus fortunés, grâce à des tours de passe-passe très sophistiqués, d'échapper à l'impôt. Avec la crise qui ébranle le monde aujourd'hui, et à la veille du prochain G 20, la pression internationale se faisait menaçante. Et que dire des opinions publiques appauvries au quotidien et à la sensibilité désormais à fleur de peau ! Dans ce contexte, difficile, voire impossible pour le Grand-Duché de faire cavalier seul. Pareil pour l'Autriche qui, de mauvaise grâce, finissait par capituler. De la transparence, encore de la transparence... L'étau qui se resserre sur les Etats n'a pas épargné, non plus, la Belgique, épinglée sur une liste noire de l'OCDE pour ne pas fournir d'efforts suffisants dans la lutte contre la fraude fiscale. On connaît la suite. Dès 2010, nous échangerons des informations sur la fiscalité de l'épargne avec les autres membres de l'Union européenne. Quant au secret bancaire, il était déjà levé depuis belle lurette dans de nombreux cas. Ainsi, quand l'administration soupçonne la mise en place de mécanismes de fraude fiscale, ou dans le cadre de poursuites pénales. Insuffisant ? Certes. Il n'y a aucun honneur à héberger ou à favoriser l'argent en fuite. Mais mine de rien, une nouvelle étape est tout de même franchie, et sans résistance. Nous avons donc décidé de jouer le jeu. Mais en douce, sans mot dire, nous avons aussi préservé notre fiscalité généreuse sur le patrimoine. Notre petit pays n'a-t-il pas un charme irrésistible pour bien des familles richissimes qui, fuyant la France, se sont installées dans les superbes hôtels de maître de la banlieue bruxelloise ? Nul besoin de dissimuler : elles ne seront pas inquiétées. Un soulagement. Car les temps sont durs outre-Quiévrain. Des francs-tireurs de l'UMP n'osent-ils pas, aujourd'hui, réclamer, à haute et intelligible voix, une révision du bouclier fiscal instauré par Sarkozy dès son arrivée au pouvoir ? Un comble !