Epoustouflant ! " 2 158 pages, 370 photos, un million de mots et près de 9 000 noms indexés. " Imprimé sur papier bible de 50 grammes, Les Arrangeurs de la chanson française (1) est la résultante d'un affolant travail de trente-deux ans et le décryptage de ce que l'auteur qualifie de " mystère " : " Pour le grand public, c'est pratiquement un métier qui n'existe pas, coincé entre l'artiste, le producteur et le compositeur. Mais l'arrangeur a une fonction précise qui, pendant très longtemps, a consisté à écrire le score - la partition - de haut en bas, en positionnant cuivres, cordes, rythmique... Puis, le métier s'est spécialisé : certains ne travaillent que sur les cuivres, d'autres seulement sur les cordes, etc. Avec des approches et des profils très différents : Paul Mauriat, qui a fait les sept premières années d'Aznavour, avait pour principe de ne pas couvrir la voix du chanteur mais de trouver une intro, éventuellement un pont et la conclusion de la chanson. Alain Goraguer, qui a arrangé tout Ferrat - sauf le premier 45-tours - et a collaboré au début de la carrière de Gainsbourg, avait l'habitude de considérer la voix comme un instrument de l'orchestre. "
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Epoustouflant ! " 2 158 pages, 370 photos, un million de mots et près de 9 000 noms indexés. " Imprimé sur papier bible de 50 grammes, Les Arrangeurs de la chanson française (1) est la résultante d'un affolant travail de trente-deux ans et le décryptage de ce que l'auteur qualifie de " mystère " : " Pour le grand public, c'est pratiquement un métier qui n'existe pas, coincé entre l'artiste, le producteur et le compositeur. Mais l'arrangeur a une fonction précise qui, pendant très longtemps, a consisté à écrire le score - la partition - de haut en bas, en positionnant cuivres, cordes, rythmique... Puis, le métier s'est spécialisé : certains ne travaillent que sur les cuivres, d'autres seulement sur les cordes, etc. Avec des approches et des profils très différents : Paul Mauriat, qui a fait les sept premières années d'Aznavour, avait pour principe de ne pas couvrir la voix du chanteur mais de trouver une intro, éventuellement un pont et la conclusion de la chanson. Alain Goraguer, qui a arrangé tout Ferrat - sauf le premier 45-tours - et a collaboré au début de la carrière de Gainsbourg, avait l'habitude de considérer la voix comme un instrument de l'orchestre. " Le livre de Serge Elhaïk est une véritable arche de Noé encyclopédique (2 kilos 820) qui semble avoir rassemblé toutes les espèces d'arrangeurs de la chanson française depuis près d'un siècle. Seule statistique malingre : à peine quatre femmes, sur un bataillon de deux cents noms. " Marie-Jeanne Serero, surtout connue comme compositrice de musiques de films, a fait un gros succès avec Je vole, interprété par Louane, numéro 2 dans les charts français en 2014. Mais le métier reste quasi exclusivement masculin. " Et fonctionne par cycles : " Entre les années 1930 et la fin des années 1970, il s'installe une modernisation progressive. Avec une éventuelle jazzyfication : par exemple, le travail de Wal-Berg en 1937-1938 pour Trénet et des chansons comme Je chante ou Boum. Le son est formidable, également aidé par le modernisme du chanteur qui rejoint celui de l'arrangeur. On est très loin des orchestrations pour Fréhel ou pour le Félicie de Fernandel. A la même période, il faut aussi citer l'intéressant travail de Raymond Legrand, le père de Michel. " Michel Legrand est l'un des rares arrangeurs connus du grand public. Peut-être parce que le brillant musicien qui " révolutionne l'arrangement en allant vers un jazz plutôt traditionnel " va délaisser la pratique (après huit-neuf ans) pour gagner d'autres galons plus médiatisés. Ceux de compositeur et de chef d'orchestre. Les Trente Glorieuses passent aussi par le yéyé, généralement une transcription mimétique de tubes anglo-saxons, en particulier américains. Malgré la sonorité française - si pas franchouillarde - peinant à reproduire le génie coloré des plantureuses orchestrations US, les arrangeurs aident les chansons à passer la rampe. Serge Elhaïk s'enthousiasme sur " Jean-Claude Petit ou Christian Chevallier, ce dernier faisant des merveilles sur les premiers tubes de Claude François, comme Belles ! Belles ! Belles !, une adaptation des Everly Brothers. Le travail consiste toujours alors à créer un score, et d'utiliser la page blanche, le crayon et la gomme. " Pendant près d'un demi-siècle, les musiciens conviés aux sessions sont priés d'exécuter " à la virgule près " les instructions calibrées de la partition. Dans un contexte où un Eddie Barclay donne aux arrangeurs des moyens " sans limite ", précise l'auteur, " y compris si la demande est d'avoir un grand orchestre ". Et puis, à la fin des années 1970 et en début de décennie suivante, s'impose un nouveau et double phénomène. La nature des arrangements change au fur et à mesure de la popularisation des synthés : ceux-ci remplacent cordes ou cuivres et attestent de productions moins charnelles. A l'opposé, de nouveaux interprètes, tels Cabrel ou Lavilliers, travaillent avec une génération d'instrumentistes refusant de jouer aux singes savants. " L'arrangeur traditionnel est mort ", jette Serge Elhaïk, citant le cas de Jean-Claude Petit, arrangeur de centaines de disques, notamment le merveilleux Terre de France de Julien Clerc, puis " mis au chômage " par le chanteur .Le livre fonctionne comme un dictionnaire et un roman des possibles. Les interviews (jusqu'à 30 pages !) sont autant de récits de vies, de turbulences, d'amitiés, de réussites et de fêlures. Parmi les artistes qui comprennent l'importance du métier, Serge Gainsbourg. Sur sa route, quatre arrangeurs et autant de grands talents : Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier et Jean-Pierre Sabard. Fameux pour une poignée de réussites gainsbourgiennes majeures - dont Histoire de Melody Nelson dont il coécrit quatre des sept titres - Vannier va réaliser ses propres disques et se produire en scène. Se servant occasionnellement d'instruments-jouets pour enfants. Histoire de dire que le monde de l'arrangement est aussi celui de rêves d'éternelle jeunesse de la chanson ? Sujet qui semble en tout cas intéresser le public : l'ouvrage a presque épuisé son premier tirage de 1 300 exemplaires, un second devant regarnir les librairies courant février.