Les quiétistes se livrent à la prédication intensive

Selon Samir Amghar, la tendance quiétiste cherche à " insuffler aux musulmans une conscience islamique par un retour à une pratique religieuse délivrée de tout ajout postérieur à la révélation coranique et à l'apostolat prophétique. La prédication permettra de créer un mouvement social aboutissant à une nouvelle organisation du monde qui accordera à l'islam la prééminence ".
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Selon Samir Amghar, la tendance quiétiste cherche à " insuffler aux musulmans une conscience islamique par un retour à une pratique religieuse délivrée de tout ajout postérieur à la révélation coranique et à l'apostolat prophétique. La prédication permettra de créer un mouvement social aboutissant à une nouvelle organisation du monde qui accordera à l'islam la prééminence ". Les prédicateurs piétistes n'ont pas nécessairement un comportement hostile à l'égard du monde extérieur mais ils rejettent les normes occidentales, notamment en matière d'organisation de la famille. La plupart d'entre eux refusent la politique, source de division. Certains condamnent les élections parce que la voix des non-musulmans ne peut pas avoir le même poids que celle des musulmans. Pour eux, la démocratie est haram, illicite, tout pouvoir émanant de Dieu. D'autres encouragent les musulmans à participer à la vie politique. Ainsi, Rachid Abou Houdeyfa, un jeune cheikh " modéré " de Brest, a appelé les musulmans français à voter pour le socialiste François Hollande. Une horreur pour les puristes ! De passage à la mosquée Amal d'Anderlecht, il a été bruyamment contesté par le leader de Sharia4Belgium, Fouad Belkacem, qui lui reprochait en outre d'avoir " insulté " Mohammed Merah, l'auteur des attentats de Toulouse. Dans une réfutation postée sur Dailymotion (" Fin aux mensonges d'Abou Imran "), le prêcheur français présente les musulmans comme " la communauté du juste milieu ", incapable d'actes aussi sordides que ceux de Merah. Les salafistes de la nouvelle génération ne manquent pas d'énergie. Ils prêchent avec les mains et la voix, le dos bien droit, leurs tablettes et smartphones étalés devant eux, la barbe disciplinée, des tissus fins sur le corps et les cheveux. Les rendez-vous avec eux se prennent à plusieurs semaines. Agenda plein, ils exploitent leur image et leur temps comme les télévangélistes. Même Abdelkrim Aznagui et Xavier Meerts étaient sur Internet ! Avant leur condamnation pour torture sur Latifa Hachmi, les deux hommes étaient bien connus dans les milieux salafistes de la capitale sous les noms de Abou Chaima et de Abou Ayoub Salim. Leurs prêches sont toujours disponibles sur le site de l'association " La Source ". Jusqu'alors, la pseudo-pureté doctrinale de ces hommes sans instruction faisait bon ménage avec les méthodes " thérapeutiques " maghrébines. Le licenciement de deux professeurs de religion islamique des athénées néerlandophones d'Uccle et d'Anderlecht montre que ce mélange d'obscurantisme et d'abus de pouvoir ne sont pas rares. Le premier récita le Coran au lieu d'appeler les secours lorsqu'un de ses élèves fit une crise d'épilepsie. L'autre avait promis d'envoyer ses étudiants homosexuels chez un imam pour les faire exorciser. Le salafisme politique défend une vision militante de l'islam à la manière des Frères musulmans ", écrit Samir Amghar. Cette tendance prône une approche salafiste de la politique, fondée sur la création de partis, de syndicats et d'associations comme moyens pacifiques d'accéder au pouvoir ou de faire pression sur celui-ci. Dans le temps, les salafistes politiques militaient pour le renversement des régimes impies de leur pays d'origine. Avec le printemps arabe, c'est presque chose faite. Aujourd'hui, ils pratiquent l'entrisme dans les institutions et encouragent les musulmans à prendre part à la vie politique du pays où ils vivent. En Belgique, le représentant le plus ancien de cette tendance est Jean-François " Abdullah " Bastin, converti à la barbe flamboyante, qui a créé le Parti Citoyenneté et Prospérité, puis le Parti Jeunes Musulmans. Il militait pour un islam débarrassé des influences étrangères et du clientélisme à la belge. Le courant politique qui a le vent en poupe actuellement prend directement sa source au Centre islamique et culturel de Belgique (mosquée du Cinquantenaire, dite Grande Mosquée, à Bruxelles). Ce dernier dépend de la Ligue islamique mondiale, une ONG saoudienne dont l'idéologie a été influencée par les Frères musulmans. Selon Samir Amghar, le salafisme politique " adopte publiquement un langage prudent, suffisamment attrayant pour séduire, mais assez flou et lénifiant pour ne heurter personne ". D'après le chercheur français, cette forme de salafisme serait omniprésente en Belgique. L'un de ses chefs de file est Mustafa Kastit, cadre au Centre islamique et culturel de Belgique (CICB). Rachid Haddach, 41 ans, études secondaires, une accumulation de brevets religieux, se donne le titre de " professeur " sur son site officiel. Responsable du service social du CICB, il subjugue les salles bruxelloises avec son mélange de bagout, de moralisme, de spiritualité et d'autoritarisme. Par sa fonction, il intervient dans la vie des familles, disant le haram (illicite) et le hahal (licite). Autre étoile montante du ciel salafiste bruxellois : Iliass Azaouaj, à peine plus de 20 ans, il porte déjà le titre de " cheikh ", possède un site officiel et dirige le Service islamique de la jeunesse au CICB. Dans l'une de ses vidéos tournées sur un toit de Bruxelles, il dénonce les délinquants qui ont incendié deux voitures place Lemmens. " Au sein de notre propre quartier ", précise-t-il. Dernièrement, il a attaqué Fouad Belkacem et révélé que, d'après sa " petite enquête ", Stéphanie Djato, la rebelle du commissariat de Molenbeek, était la seconde épouse de Belkacem... Tous les musulmans n'ont pas apprécié cette dénonciation. D'autant qu'il terminait sa harangue par la promesse de " faire révoquer " la loi anti-burqa. Dans le nord du pays, l'imam Nordine Taouil est également un lobbyiste salafiste. Chaque année, il organise un grand forum pour les convertis flamands. C'est lui qui avait appelé à la rébellion les élèves de l'athénée royal d'Anvers, lorsque la préfète, pourtant très progressiste, avait fini par interdire le port des insignes politiques et religieux dans son établissement. Il déclare aujourd'hui que l'islam " soutient la législation belge " en matière de voile intégral. Profil bas. Hostiles à une action religieuse limitée à la prédication, ces militants révolutionnaires placent le djihad au c£ur de leur croyance et en font une obligation religieuse ", dépeint Samir Amghar. Les tribunaux belges ont déjà jugé des dizaines d'islamistes radicaux ayant trempé de près ou de loin dans des activités terroristes : Tarek Maaroufi, Nizar Trabelsi, Amor Sliti, Malika el Aroud, etc. Impossible de les énumérer tous. La première génération luttait contre les régimes de leur pays d'origine (GIA algérien, GSPC marocain, Ennahdah tunisien...). Leurs successeurs ont versé dans le djihadisme international (Bosnie, Afghanistan, Irak). A Molenbeek, le " cheikh " Ayachi Bassam dirigeait le Centre islamique belge, un foyer de radicalisation où se déroulaient toutes sortes de trafics louches : mariages illégaux, exorcisme, recrutement. Il a fini par être condamné en Italie pour trafic d'êtres humains, sa casquette supposée d'informateur des services secrets français n'ayant pas permis de l'arrêter en Belgique. A l'exception du projet d'attentat de Nizar Trabelsi contre la base américaine de Kleine Brogel, les salafistes révolutionnaires n'ont jamais eu de cibles belges, même si l'Otan ou les institutions européennes en font théoriquement partie. Quant à Fouad Belkacem, il glisse dans la catégorie des " révolutionnaires " par la violence de ses propos. Reste à lui imputer des faits tangibles d'appel à l'émeute ou de constitution de milice privée. Ce qui n'est pas encore le cas. Il est juste la maison-témoin du salafisme de la rue. (1) Le Salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident, par Samir Amghar, Michalon, 2011. M.-C.R.