Le titre - The Constant Glitch - que s'est choisi le musée M Leuven doit s'envisager comme un oxymore. A l'instar de bug, mot ayant bien infusé la langue de Molière, glitch signifie dans celle de Shakespeare quelque chose comme "pépin", un problème technique ponctuel à résoudre au plus vite. Lui accoler "constant", "permanent" en français, a donc de quoi surprendre. Comme l'explique Eva Wittocx, l'une des quatre commissaires derrière l'événement, l'expression renvoie directement à la pandémie actuelle. Appréhendée d'abord comme un contretemps dans nos existences, la situation de confinement a définitivement pris ses aises, faisant sombrer nombre d'entre nous dans les abysses de l'économie. C'est particulièrement vrai pour les jeunes plasticiens dont on sait la difficulté à garder le cap de leur pratique au sortir de l'école et au-delà.
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Le titre - The Constant Glitch - que s'est choisi le musée M Leuven doit s'envisager comme un oxymore. A l'instar de bug, mot ayant bien infusé la langue de Molière, glitch signifie dans celle de Shakespeare quelque chose comme "pépin", un problème technique ponctuel à résoudre au plus vite. Lui accoler "constant", "permanent" en français, a donc de quoi surprendre. Comme l'explique Eva Wittocx, l'une des quatre commissaires derrière l'événement, l'expression renvoie directement à la pandémie actuelle. Appréhendée d'abord comme un contretemps dans nos existences, la situation de confinement a définitivement pris ses aises, faisant sombrer nombre d'entre nous dans les abysses de l'économie. C'est particulièrement vrai pour les jeunes plasticiens dont on sait la difficulté à garder le cap de leur pratique au sortir de l'école et au-delà. Bien identifié, ce phénomène de vaporisation s'est accentué de manière alarmante à la faveur de la crise sanitaire. "Avec mes collègues, nous suivons de nombreux artistes sur les réseaux. Nous avons vu des messages désespérés proposant la vente d'oeuvres pour acheter de la nourriture ou payer le loyer. C'était choquant", déclare la conservatrice d'art contemporain. Bien sûr, la solution qui s'impose d'emblée est l'acquisition de pièces. Avec Hicham Khalidi, Louis-Philippe Van Eeckhoutte et Valerie Verhack, Eva Wittocx constitue un jury afin d'utiliser au mieux des fonds, deux fois 50 000 euros, mis à disposition par le musée et la Ville de Louvain. A cela, il faut ajouter 15 000 euros récoltés auprès de 271 particuliers via une campagne de crowdfunding intitulée "L'art appartient à tous". Disposant d'un montant de 115 000 euros pour manifester son soutien, le quatuor se penche sur la difficile question du choix des talents auxquels venir en aide. "Nous avons pris le temps d'effectuer une sélection large et diverse. Nous avons désigné les 19 artistes et leurs 37 oeuvres en concertation étroite, selon des critères comme la qualité, la position de ces plasticiens dans le monde de l'art belge, une certaine continuité dans leur travail ainsi que le moyen d'expression auquel ils font appel", résume Eva Wittocx. Bien vu, en plus de l'achat d'oeuvres, le lieu de culture situé au 28 de la Vanderkelenstraat a fait le choix d'offrir une visibilité aux intéressés le temps d'une exposition de cinq mois. Quand on pénètre dans la salle en forme de vaste quadrilatère qui accueille The Constant Glitch, on ne peut réprimer sa joie de voir de jeunes artistes, le panel est pour le moins varié, mis en valeur de la sorte. Avant même de regarder de près, des lignes de force se découpent. A l'heure où certaines scènes étrangères se tournent vers une forme de dématérialisation, entre autres avec l'essor des NFT (pour non-fungible token, ces "jetons non fongibles" qui sont à comprendre comme des sortes de certificats d'authenticité 2.0 assurant aux amateurs un titre de propriété digital garantissant le caractère original à l'heure des contenus réplicables caractéristiques de l'art numérique), tout porte à croire que les artistes émergents installés en Belgique ont gardé le goût du concret. Il est beaucoup question de carton, de plâtre, de nombreux tissus ou encore de bois et de bronze parmi les différentes propositions alignées. On retient notamment l'oeuvre qui a donné son nom à l'exposition. Signée par Christiane Blattmann (1983, Stuttgart), elle suggère un personnage féminin gracieux de la façon la plus improbable qui soit, c'est-à-dire au travers d'un poêle drapé dans un drap rouge que ne renierait pas un primitif flamand. Deux buses en acier inoxydable déroulent une paire de jambes sensuelles. Dans un autre genre, Younes Baba-Ali (Oujda, 1986) aborde des questions plus politiques en montrant deux Coffrets de survie ; ces vitrines juxtaposent pierres précieuses et catapultes artisanales nouant dans le même mouvement la révolte et l'exploitation, la richesse et le dérisoire. Impressionnants également sont les pastels à l'huile et acrylique sur papier d'Aleksandra Chaushova (Sofia, 1985) qui monumentalisent des objets bureaucratiques. Certains artistes font le choix de l'image, notamment Meggy Rustamova (1985, Tbilissi), qui bouleverse par le biais d'une vidéo qui montre sa mère se remémorant les mots d'une langue qu'elle n'a pratiqué que durant son jeune âge. On s'émeut de cette tentative, venue des confins de la mémoire, consistant à éviter de précipiter un parler rempli d'affects et de réel dans les oubliettes du langage. Enfin, on notera la présence très pédagogique d'un guide du visiteur disponible en trois langues et augmenté d'interviews vidéo accessibles par le biais d'un code QR.