Les Pays-Bas ne se remettent pas d'avoir enfanté l'un de ces leaders populistes et xénophobes qui empoisonnent l'existence de leurs voisins... et dont ils pensaient être immunisés. Aujourd'hui, les voilà contraints de composer avec Pim Fortuyn, électron libre en politique et qui vise déjà le poste de Premier ministre. A 54 ans, la trajectoire de ce sociologue branché, dont l'homosexualité militante s'est muée en atout, donne froid dans le dos. Ca...

Les Pays-Bas ne se remettent pas d'avoir enfanté l'un de ces leaders populistes et xénophobes qui empoisonnent l'existence de leurs voisins... et dont ils pensaient être immunisés. Aujourd'hui, les voilà contraints de composer avec Pim Fortuyn, électron libre en politique et qui vise déjà le poste de Premier ministre. A 54 ans, la trajectoire de ce sociologue branché, dont l'homosexualité militante s'est muée en atout, donne froid dans le dos. Car son pouvoir de fascination lui permet de fédérer les petites gens comme les intellectuels désabusés et, en fin de compte, de toucher les populistes de gauche comme de droite. Avec un discours simpliste et ancré dans l'air du temps: moqueries diverses à l'égard d'une classe politique jugée déconnectée des préoccupations citoyennes; portrait au vitriol d'une société a priori tolérante et décomplexée, mais minée par les problèmes de drogue, d'insécurité et de cohabitation avec une nombreuse communauté immigrée. Et cela marche: outre-Moerdijk, les listes Leefbaar Nederland (des Pays-Bas où il fait bon vivre) ont réussi une percée historique lors des élections municipales du 6 mars. A Rotterdam, où Fortuyn se présentait, ce conglomérat de petits partis contestataires a réuni 34 % des suffrages. Un score légèrement supérieur à celui du Vlaams Blok de Filip Dewinter, à Anvers, après vingt années d'un tir de barrages incessant contre l'establishment et les immigrés. Quand s'arrêtera le cauchemar Fortuyn? Pas avant les élections législatives du 15 mai prochain, en tout cas. D'ici là, les partis de la coalition violette au pouvoir - sociaux-démocrates du PvdA, libéraux du VVD et réformateurs de D66 - ont du souci à se faire. Depuis le soir du scrutin communal, ils bafouillent, se contredisent et hésitent quant à la tactique à suivre pour contrer celui que l'on présente comme "un vrai Hollandais", bientôt à la tête de sa propre liste Pim Fortuyn. Il est vrai que cet adversaire inattendu joue sur l'ambiguité. Les politologues néerlandais le disent démagogue, mais pas raciste (malgré des déclarations incendiaires sur les réfugiés politiques, par exemple), radical, mais pas extrémiste. Il est le nouveau Berlusconi ou Haider, peut-être, mais bien trop rusé pour se laisser enfermer dans une étiquette.Philippe Engels