de christine laurent
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de christine laurentDes £illères en guise de jumelles. Pour le cardinal Danneels, l'affaire est pliée. Son autisme, sa litote, ses circonlocutions, ses atermoiements ont éclaboussé l'image de sage qui l'auréolait au moment de prendre sa retraite. Homme d'ouverture, progressiste, papabile, il avait pourtant tiré sa révérence avec dignité. C'était quelques semaines à peine avant le séisme, avant l'heure de vérité qui allait ébranler l'Eglise, faire vaciller son socle, un tremblement dont les ondes puissantes allaient gagner rapidement Rome. Ainsi l'a voulu son successeur, Mgr Léonard. En appelant, dès le 23 avril, les victimes d'abus sexuels à parler, en autorisant la publication du rapport de la commission Adriaenssens et les témoignages douloureux et accablants qu'elle avait réunis, il a ouvert volontairement la boîte de Pandore. Un acte courageux, une première pour l'Eglise qui jusqu'ici cultivait le goût du secret. Une volonté affichée de transparence, un vrai signe d'ouverture, mais aux conséquences dévastatrices. Et bien lourd à porter aujourd'hui. C'est un homme meurtri, accablé, perdu qui est apparu lundi dernier devant la presse. Si brillant autrefois, jouant volontiers avec les médias, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Nul doute que la lecture des souffrances infligées à des enfants par des bourreaux issus du clergé tout entier l'a marqué. Ainsi l'Eglise, avait-elle pris conscience du mal qui la rongeait. Mgr Léonard encaissait, K.-O. debout. Mais plus qu'une simple reconnaissance des faits, les victimes attendaient davantage de lui encore. Une demande de pardon, certes. Et l'assurance qu'il procéderait à la nécessaire évaluation en profondeur du fonctionnement de l'Eglise belge, de sa hiérarchie et de ses membres. Qu'il ne se contenterait pas d'une belle homélie, mais bien d'actes concrets. Qu'il prendrait des mesures à l'égard des abuseurs (qu'il a appelés, une nouvelle fois, à se dénoncer). Qu'il ne s'inscrirait pas dans l'injonction papale qui, au bouleversement de structure, préfère le seul repentir. Ils sont nombreux, aujourd'hui, les catholiques belges à avoir mal à leur Eglise. A souffrir des amalgames portés par une puissance de feu médiatique qui, en pointant les crimes abominables commis par certains, portent préjudice à leur pratique de la foi. Ils sont nombreux à être meurtris, aussi, par des discours anticléricaux virulents, des lynchages de toute l'institution ecclésiale. Un phénomène de " moral panic ", épinglé par l'historien des religions Philip Jenkins, qui veut que l'émotionnel l'emporte sur l'analyse et fausse la perception d'une situation, handicapant ainsi l'identification des bonnes solutions à mettre en place. Mais ce que les victimes, les fidèles, les citoyens exigent aussi désormais, c'est que l'Eglise ne s'instaure plus juge, alors qu'elle est partie, qu'elle renonce à sa toute-puissance, qu'elle ne se limite pas à un ravalement de façade mais qu'elle opère des changements profonds, qu'elle soit vigilante à l'égard des bergers et des brebis noirs égarés en son sein. Qu'elle se reconnecte à notre société profondément ancrée dans le xxie siècle. En d'autres termes, qu'elle retourne, enfin, à l'Evangile. www.leVIF.BE Ils sont nombreux, les catholiques belges, à avoir mal à leur Eglise