"Parcours d'artistes ". A priori, il faut l'avouer, ce seul intitulé donne envie de prendre ses jambes à son cou. Pour cause : de Racour à Nassogne en passant par Le Roeulx, rares sont les entités, urbaines ou rurales, qui ne livrent pas leur version, plus ou moins pertinente, de cette rencontre placée sous le signe de l'art avec un " a "... minuscule. La popularité du concept est telle qu'un quartier tout entier comme Belleville à Paris, voire des villes comme Rabat ou Saint-Jacques-de-Compostelle, se sont mis à l'heure de ces célébrations génératrices de fréquentation. A lui seul, Jean Spinette, président du parcours et du CPAS de Saint-Gilles, a dénombré 140 manifestations similaires, c'est dire. Un tel succès mérite que l'on se penche sur le phénomène.
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"Parcours d'artistes ". A priori, il faut l'avouer, ce seul intitulé donne envie de prendre ses jambes à son cou. Pour cause : de Racour à Nassogne en passant par Le Roeulx, rares sont les entités, urbaines ou rurales, qui ne livrent pas leur version, plus ou moins pertinente, de cette rencontre placée sous le signe de l'art avec un " a "... minuscule. La popularité du concept est telle qu'un quartier tout entier comme Belleville à Paris, voire des villes comme Rabat ou Saint-Jacques-de-Compostelle, se sont mis à l'heure de ces célébrations génératrices de fréquentation. A lui seul, Jean Spinette, président du parcours et du CPAS de Saint-Gilles, a dénombré 140 manifestations similaires, c'est dire. Un tel succès mérite que l'on se penche sur le phénomène. Dans les faits, le parcours d'artistes en version autoproclamée pose un problème de fond. Car de légitimation, il n'y a point, tout un chacun étant en droit de s'instituer artiste. Où est le mal ? Nulle part. C'est bien au contraire le risque à courir pour le curieux qui décide d'y consacrer son week-end : celui de la rencontre et du dialogue d'où peuvent surgir le malentendu... tout comme la découverte de la perle rare. De leur côté, de nombreux artistes savent l'importance d'une visibilité acquise ici et maintenant. Ils n'ont pas envie d'attendre que, comme le chantait François Valéry, ce soit la mort qui leur trouve du talent. Sur papier, le principe d'un rapprochement entre public et artistes, sans l'intervention de tiers financièrement intéressés, relève de l'utopie. De fait, lorsqu'en 1988, le politique, par l'intermédiaire d'Albert Eylenbosch, Alain Hutchinson et Charles Picqué, a mis sur pied le premier Parcours d'artistes, un plasticien comme Angel Vergara ne cache pas qu'il s'est méfié. " Quand la politique met la culture en avant, c'est louche ", confie-t-il rétrospectivement. Heureusement, Jean Spinette a très vite compris qu'il fallait mettre l'atelier au coeur de la démarche afin que le parcours ne se transforme pas en " un grand vernissage propice aux visées électoralistes ". Pascal Bernier, artiste belge internationalement connu, a, pour sa part, très vite flairé le risque de " tourisme, voire de consumérisme culturel " inhérent à ce type de propositions. C'est sans doute pour cette raison que ni lui ni Vergera n'ont ouvert leur atelier aux visites. La démarche reste encore sensible pour de nombreux créateurs, soit que leur espace de travail coïncide avec leur lieu de vie, soit qu'ils souhaitent que l'intimité qui y est contenue ne souffre pas le regard d'autrui. N'empêche, à l'heure de claironner le 30e anniversaire, les deux intéressés sont sur le pont pour défendre l'utilité publique d'une telle initiative. Il est vrai qu'avec 40 000 visiteurs en moyenne par édition, le parcours est un temps fort du calendrier saint-gillois. " L'image de la commune est celle d'un périmètre gentrifié, constate Jean Spinette. N'empêche, en tant que directeur du CPAS, je peux vous certifier que la question de la pauvreté est toujours d'actualité. Et les artistes ne sont pas épargnés... plusieurs d'entre eux émargent d'ailleurs à nos services. " Dans une capitale réputée pour ses galeries et ses collectionneurs, un coup de pouce des communes en direction de ceux qui ont placé la création au centre de leur existence n'a donc rien de superflu. Pour l'édition 2018, ce ne sont pas moins de 340 artistes qui sont à découvrir dans leurs ateliers. Il est à noter que depuis 2014, le Parcours d'artistes s'effectue en partenariat avec la commune de Forest. Si vous avez raté le premier week-end d'ouverture des 26 et 27 mai, pas de panique, quelque 260 artistes saint-gillois remettent le couvert les 2 et 3 juin. De leur côté, les créateurs basés à Forest ouvriront leurs portes dès les 16 et 17 juin, ainsi que les samedi 23 et dimanche 24 du même mois. En marge du coeur de l'événement, différents endroits accueilleront des expositions à caractère participatif. On pense à la Maison du peuple, qui fait place à un projet piloté par une pointure internationale de l'art contemporain belge, Michel François. Comme Vergara ou Bernier, l'homme n'ouvrira pas son lieu de création, situé à deux pas de la gare du Midi, mais proposera un atelier interactif mené avec des enfants de la commune. Pour l'occasion, il cèdera trois photographies spécialement imprimées pour l'occasion. But du jeu ? Inciter les plus jeunes à faire preuve de créativité en s'appropriant les images grand format en question grâce aux pots de peinture, pinceaux et autres crayons mis à disposition. Toujours dans un esprit d'inclusion et de transmission, on notera le beau travail imaginé par Pascal Bernier. Inspiré par " Lata 65 ", une expérience menée à Lisbonne, le plasticien saint-gillois a proposé une collaboration aux résidents de la maison de repos Les Tilleuls : un atelier Street Art articulé en deux phases. D'abord, la conception et l'élaboration de motifs et de dessins à travers des ébauches préparatoires et la fabrication de pochoirs. Ensuite, la création effective d'une fresque en extérieur prenant place dans le périmètre du jardin de la maison de retraite. On ne passera pas non plus à côté de L'Homme dans tous ses états, exposition présentée à la maison Pelgrims. On la doit à Michel Husson, éditeur de livres de photographies et collectionneur de livres rares. Le bibliophile a convoqué un accrochage hétéroclite de photographes qui ont en commun de " montrer une facette des activités de l'homme ". Le casting est alléchant, qui fait se croiser Philippe Herbet, Isabelle Detournay ou Pierre Vasic dont les images rendent compte d'une fascination pour les rites funéraires. Enfin, c'est l'une de ses dimensions attachantes : le Parcours prévoit de nombreuses initiatives qui colonisent l'espace public saint-gillois. Parmi celles-ci, on ne ratera pas les fascinantes Mécaniques discursives de Penelle et Jacquet, soit des installations qui panachent dessins et projections de vidéos. Celles-ci seront à découvrir dans plusieurs vitrines délaissées par les commerçants. Mais il y a également les collages oniriques de Camilla Cisneros, les graffitis en mousse végétale de Luis Pôlet et quatre imposantes oeuvres gonflables de Benoît + Bo. Ce duo passé de Shanghai à Saint-Gilles axe sa pratique sur des masques issus de la culture populaire chinoise.