Pauvre contribuable de 1914. Il vit sous un ancien régime fiscal qui dégage un côté sous-développé. Rien, depuis l'indépendance de 1830, n'est encore venu inverser sa logique. " Elle est socialement injuste, profondément inégalitaire ", observe l'historien Guy Vanthemsche (VUB).
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Pauvre contribuable de 1914. Il vit sous un ancien régime fiscal qui dégage un côté sous-développé. Rien, depuis l'indépendance de 1830, n'est encore venu inverser sa logique. " Elle est socialement injuste, profondément inégalitaire ", observe l'historien Guy Vanthemsche (VUB). L'impôt sur le revenu est inconnu. L'impôt des sociétés est à un niveau plancher (4 %). La TVA ? Connais pas. Une fiscalité verte, on n'y pense pas. Au royaume de Belgique, l'impôt indirect est roi : droits de douane et accises, droits de succession, droits d'enregistrement, droits de timbre alimentent les caisses de l'Etat. En 1912, la fiscalité indirecte représente trois quarts des recettes fiscales qui ont quadruplé depuis 1830. Les plus pauvres trinquent, subissant de plein fouet cette rage taxatoire dans leurs dépenses de tous les jours. " Les prix de certains articles de consommation montent en flèche. La hausse des rentrées fiscales reposait sur l'alourdissement des impôts à la consommation, au détriment de la masse des moins nantis. " (1) " Par contre, on taxait très peu les grandes fortunes et les hauts revenus ", complète Els Witte (VUB). La droite catholique, omniprésente au pouvoir, y veille : " Le fait que les tentatives de réforme démocratique de ce régime socialement inéquitable n'aient pas abouti démontre bien que les conservateurs avaient la situation bien en main. " La santé budgétaire du pays n'incite pas non plus à s'en prendre aux gros portefeuilles. Les bonis se succèdent d'année en année. L'exercice 1913 s'est clôturé par un excédent de six millions de francs (34 millions d'euros). La performance est, il est vrai, assez facile : " Avant 14-18, les finances publiques sont "saines" mais sur une petite échelle, étant donné que le pouvoir public intervient très peu. " (1) L'Etat joue petit bras : son budget annuel ne dépasse pas le milliard de francs (5,7 milliards d'euros), l'appareil public reste rudimentaire. En 1914, il faut rémunérer moins de 30 000 fonctionnaires centraux. Pourtant, l'endettement est déjà bien là : la Belgique de 1914 traîne une dette publique de 5 milliards de francs (28,5 milliards d'euros) qui représente 76 % du PNB. Les dépenses extraordinaires, financées par l'emprunt, ont tendance à s'emballer. Le chemin de fer et ses lourds investissements en sont responsables pour deux tiers. La rentabilité du réseau ferroviaire le plus dense du monde sème déjà le doute. L'impérieux effort militaire pousse le gouvernement à partir à la chasse aux millions. Juste avant la guerre, le droit de patente est reconverti en taxe sur les bénéfices et profits réels des sociétés, sur les voitures via une taxe de circulation, et sur les spectacles cinématographiques. Les accises sur le genièvre et la bière rapportent gros, le fléau de l'alcoolisme reste une vache à lait. L'heure n'est pas aux marathons budgétaires. Ni à briser le tabou fiscal : taxer progressivement les revenus professionnels. La Belgique à la veille de la guerre ? Un pays où l'impôt est réduit et la population pauvre. (1) Drie eeuwen Belgische Belastingen, par Paul Janssens, Hilde Verboven, Albert Tiberghien Kluwer, 1990.