Le rock, cet amnésique ingrat, a occulté l'importance stratégique de Patti Smith. Pourtant, lorsqu'elle surgit avec Horses, en 1975, sa silhouette décharnée accompagne une énergie qui détonne considérablement au milieu du style suranné des groupes du moment. Echo d'une scène new-yorkaise bourgeonnante, Patti Smith conjugue l'amour des Stones et des Stooges à la poé...

Le rock, cet amnésique ingrat, a occulté l'importance stratégique de Patti Smith. Pourtant, lorsqu'elle surgit avec Horses, en 1975, sa silhouette décharnée accompagne une énergie qui détonne considérablement au milieu du style suranné des groupes du moment. Echo d'une scène new-yorkaise bourgeonnante, Patti Smith conjugue l'amour des Stones et des Stooges à la poésie flambée "à la Rimbaud". Deux ans avant l'explosion punk, elle annonce un retour à l'urbanité et à l'authenticité rock'n'roll: un mélange de Keith Richards pour la maigritude et de Warhol pour la conceptualisation. LAND (1975-2002), double CD richement documenté, raconte l'histoire, celle d'avant la séparation du Patti Smith Group en juin 1980 et celle du retour, en 1988, et des années 1990. La compilation rappelle son goût naturel pour les hymnes à tue-tête ( Because the Night, People Have the Power), l'électricité torturée ( Rock'n'Roll Nigger) et les professions de foi arrosées de mots de choix ( Pissing in a River). Le premier des deux CD ne contient qu'un inédit - une version attentiste du When Doves Cry de Prince -, mais le caractère furibard de Patti et son goût pour la récitation hypnotique se retrouvent beaucoup sur le second CD. On n'y rencontre malheureusement pas sa sublime reprise de Hey Joe (introuvable 45-tours), mais des chansons rares, comme une maquette de Redondo Beach, réalisée en 1975, ou cet inconnu Wander I Go, avec la participation de Jeff Buckley, daté de 1996. Une sélection de qualité. Les cinq plages live de 2001 honorent le talent de Smith et de ses frères de sang musiciens (Lenny Kaye en tête): elles montrent que ce rock spirituel, récitatif et sincère dépasse le travail du temps. En conclusion logique, quatre petites minutes de Notes to the Future, phrases nues, lues dans une église de New York le 1er janvier 2002. Le pouvoir du langage: Patti Smith nous le rappelle aussi. Double CD LAND (1975-2002), chez BMG. Philippe Cornet