Barack Obama et les progressistes belges, même combat ? Les envolées lyriques d'Elio Di Rupo lors de l'élection du 44e président américain n'ont pas convaincu, c'est le moins que l'on puisse dire, l'un des prédécesseurs du Montois à la tête du PS, Guy Spitaels. Selon celui-ci, reconverti en spécialiste des relations internationales, l'homme qui, le 20 janvier, prêtera serment sur la Bible porte un programme économique, fiscal et social qui n'a rien à voir avec celui de la gauche européenne. De plus, Obama est, assure Spitaels, persuadé du destin exceptionnel des Etats-Unis. Rencontre avec le ministre d'Etat, qui a pub...

Barack Obama et les progressistes belges, même combat ? Les envolées lyriques d'Elio Di Rupo lors de l'élection du 44e président américain n'ont pas convaincu, c'est le moins que l'on puisse dire, l'un des prédécesseurs du Montois à la tête du PS, Guy Spitaels. Selon celui-ci, reconverti en spécialiste des relations internationales, l'homme qui, le 20 janvier, prêtera serment sur la Bible porte un programme économique, fiscal et social qui n'a rien à voir avec celui de la gauche européenne. De plus, Obama est, assure Spitaels, persuadé du destin exceptionnel des Etats-Unis. Rencontre avec le ministre d'Etat, qui a publié récemment son quatrième ouvrage, Obama président. La méprise (1). E Guy Spitaels : Un : son éloquence, son charisme et sa grande maîtrise de lui-même plaident assurément en sa faveur. Deux : il a su composer un cabinet assez sage, avec des anciens de l'équipe Clinton, des milieux d'affaires et même le ministre de la Défense de George W. Bush. Trois : élu par 52 % seulement des Américains après une très mauvaise présidence Bush, il sait que la confiance accordée est mesurée. E Il y aura sans doute rupture dans la politique environnementale, même si Obama ne s'engagera dans la lutte contre le réchauffement climatique que si la Chine fait, elle aussi, des efforts. Des gestes symboliques sont attendus en matière des droits de l'homme, comme la fermeture, à terme, du camp de prisonniers de Guantanamo. Pour le reste, je mets en garde contre les rêves des Européens : ceux-ci négligent certaines idées d'Obama, exprimées dans des livres et des articles. E Barack Obama a notamment affirmé, voici deux ans, que l'Amérique avait besoin d'un " shérif ". Il a jugé que Bush était un mauvais shérif et que lui en serait un bon ! Les Européens voient en Obama l'archange de la paix. Mais ils vont vite constater que le président démocrate est enfermé dans une logique de guerre. Il compte augmenter l'intensité du conflit afghan et s'est même déclaré en faveur des frappes sur les zones tribales du Pakistan, où se replie la guérilla des talibans. E Certes, mais on peut se demander où en sera l'Irak dans trois ans. Nul ne sait comment évoluera la relation entre sunnites et chiites une fois les troupes américaines confinées dans leurs bases. Et même si l'Irak est stabilisé, les Américains accepteront-ils de ne plus avoir de positions militaires importantes dans cette région cardinale d'un point de vue énergétique ? E Depuis le début de l'offensive israélienne, il se montre très silencieux et prudent. Le prétexte avancé - il n'est pas encore en fonction - me paraît un peu fallacieux, car Obama a été associé à certaines négociations de l'administration Bush. E Il est sous l'emprise des intérêts privés qui ont contribué généreusement à son élection. De plus, il présidera sous la pression du Pentagone, administration toute-puissante, bien décidée à préserver la position dominante des Etats-Unis. Obama a d'ailleurs annoncé la couleur : le seul budget américain qu'il ne bloquera pas est celui de la Défense ! l Obama président. La méprise. Ed. Luc Pire, 253 p. Entretien : Olivier Rogeau