Qu'a fait Simonet en un an ? Boucler les chantiers urgents laissés par la derrière législature. Des belles idées et des bonnes intentions annoncées pour réhabiliter la profession, on ne voit rien venir, dénoncent syndicats et pouvoirs organisateurs. Il y a bien eu des prises de bec sur l'allongement des plages horaires (enterré) et l'avant-projet de loi Robin des bois (abandonné). Mais pas l'ébauche d'une discussion sur les manières de soutenir les enseignants dans leur métier. Pour sa deuxième rentrée, la ministre devrait (enfin) sortir les dossiers de fond. D'abord, nouer un accord sectoriel pour les années 2012-2013 avec les syndicats enseignants - il concerne leur statut et leurs conditions de travail. Au cabinet Simonet, le ton se veut apaisant, les commentaires restent évasifs. Une certitude : la marge de man£uvre financière est étroite puisque la Communauté française veut atteindre l'équilibre budgétaire en 2015.
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Qu'a fait Simonet en un an ? Boucler les chantiers urgents laissés par la derrière législature. Des belles idées et des bonnes intentions annoncées pour réhabiliter la profession, on ne voit rien venir, dénoncent syndicats et pouvoirs organisateurs. Il y a bien eu des prises de bec sur l'allongement des plages horaires (enterré) et l'avant-projet de loi Robin des bois (abandonné). Mais pas l'ébauche d'une discussion sur les manières de soutenir les enseignants dans leur métier. Pour sa deuxième rentrée, la ministre devrait (enfin) sortir les dossiers de fond. D'abord, nouer un accord sectoriel pour les années 2012-2013 avec les syndicats enseignants - il concerne leur statut et leurs conditions de travail. Au cabinet Simonet, le ton se veut apaisant, les commentaires restent évasifs. Une certitude : la marge de man£uvre financière est étroite puisque la Communauté française veut atteindre l'équilibre budgétaire en 2015. Quand et à combien ? Aucun calendrier n'est avancé - la ministre se borne à évoquer l'automne, voire la fin 2010 -, et aucune méthode n'est proposée. " On a du temps ", répond-on. Car son parti, le CDH, espère y inviter, aux côtés des syndicats, les pouvoirs organisateurs - employeurs, même si c'est la Communauté française qui paie le salaire des profs. Pour rappel, en toute fin de la législature précédente, une proposition de décret en ce sens a été l'objet d'un clash avec le PS, qui avait envoyé le texte au Conseil d'État. Résultat : il n'avait pu être voté. Après avis favorable du Conseil d'Etat, la réforme n'est toujours pas enclenchée. Ça coince entre le PS et le CDH, le premier exigeant du second, en échange, qu'il cède sur un autre dossier. Les pouvoirs organisateurs (le libre surtout) ferraillent dur depuis des années pour l'obtenir. Le contenu des accords sectoriels, estiment-ils, empiète sur l'organisation des écoles et leurs prérogatives. Exemple ? " La dernière convention, négociée sans nous, impose le remboursement des frais de transport. La Communauté française acquitte 80 % et nous 20 % ", détaille Roberto Gallucio, représentant le CPEONS, l'enseignement officiel subventionné. En tout cas, les pouvoirs organisateurs jouent le jeu et finalisent leur " cahier de revendications ". " Cela ne va pas qu'une partie [ NDLR : les PO] ait son mot à dire sur l'organisation de l'enseignement, c'est-à-dire sur quasi tout, et qu'une autre [ NDLR : les syndicats] n'ait voix au chapitre que sur les salaires et les congés ", déclare Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-Enseignement. Les syndicats veulent grossir leur champ de pouvoir (ce qui n'est pas prévu dans la proposition de décret). Ils misent aussi sur des discussions en tête à tête pour ce qui concerne leur core-business (en gros, le statut et les conditions d'exercice). Vu les restrictions budgétaires, en négociant à trois, la CSC " craint de devoir se partager deux demi-confettis ", et, selon les alliances, d'" être isolée entre l'exécutif et les PO ". La CGSP, elle, s'y oppose fermement. " Le bras de fer ne se jouera plus avec le gouvernement, mais avec les PO. Cela arrange le gouvernement qui peut se placer en arbitre ", ajoute Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement. En ligne de mire : " l'exode " à 55 ans. Un serpent de mer, ce " départ précédant la pension à la retraite " (DPPR). Bétonné jusqu'à la fin 2011, les profs le considèrent comme un acquis, obtenu à une époque (1996) où Laurette Onkelinx a sabré dans les effectifs. Là, tout peut s'enflammer. L'idée de garder les enseignants au bercail plus longtemps est dans les tiroirs du cabinet depuis longtemps. Jusqu'ici, la piste envisagée est de retenir les profs jusqu'à 57 ou 58 ans. Le DPPR est très coûteux : 120 millions d'euros par an (y compris le coût des jeunes remplaçants). Le réviser permettrait une économie de 8 millions d'euros en 2012, de 61 millions en 2015 (en ces temps, ce n'est pas négligeable). Ensuite, il contribue largement à la pénurie de profs les plus chevronnés (dans certaines branches et en certains lieux). Or il y a le feu : à l'autre bout de la carrière, un débutant sur deux quitte la profession au cours des cinq premières années. La CGSP a déjà accepté le dialogue. A condition que le maintien se fasse sur une base volontaire, que la ministre avance des alternatives intelligentes (comme le tutorat, une hausse significative des salaires), que l'on renforce l'encadrement différencié... La CSC refuse qu'on y touche. Le syndicat chrétien propose que l'on s'inspire de l'accord négocié dans les soins de santé, qui permet aux infirmiers, dès 45 ans, de réduire leur temps de travail, pour cause de pénibilité. Tout un symbole ! Pas sûr que cette solution de repli convainque Marie-Dominique Simonet, pressée par le fédéral de revoir le DPPR, lourd pour lui aussi en termes de cotisations sociales. Puis il y a aussi l'opinion publique, qui sera soumise à une réforme du régime des pensions : Demotte II sait que justifier une " exception enseignante " sera très difficile. Hormis ces nouveautés, pas de grandes réformes au menu. Les syndicats espèrent arracher une forte revalorisation salariale (sur la base d'un plan pluriannuel). Les PO veulent une augmentation barémique pour les chefs d'établissement. La différence de traitement entre un directeur d'école et un enseignant oscille entre 2 et 8 % en fin de carrière (d'où des difficultés à recruter des directeurs). Ils souhaitent aussi discuter d'une vraie aide administrative aux directeurs du fondamental. Ce qui nécessite des engagements. On n'y parlera pas d'une réforme de la formation des futurs enseignants, prévue dans la déclaration de politique communautaire (et annoncée par Elio Di Rupo). Or les syndicats eux-mêmes voyaient d'un très bon £il la " mastérisation ", à savoir des profs recrutés à un niveau master (cinq années universitaires) et payés tous au même barème. Le hic : son coût, chiffré à 800 millions d'euros. Pas de moyens, pas de réformes, pas d'argent, pas de paix sociale, l'automne sera chaud ! Sauf à trouver l'inspiration au sein de l'olivier. SORAYA GHALI" Qu'on nous respecte ! " : le slogan des syndicats à l'entame des négociations