Prenez vos mouchoirs! C'est si triste, si bon et, surtout, si beau! Du fado portugais au Cante Jondo, le chant profond du flamenco, des doinas roumaines au blues du Deep South, du rebetiko grec au tango finlandais, nombre de styles musicaux populaires extrêmement riches se sont formés sur l'expression de la tristesse, du sentiment d'échec, de la désillusion, du manque, de la s...

Prenez vos mouchoirs! C'est si triste, si bon et, surtout, si beau! Du fado portugais au Cante Jondo, le chant profond du flamenco, des doinas roumaines au blues du Deep South, du rebetiko grec au tango finlandais, nombre de styles musicaux populaires extrêmement riches se sont formés sur l'expression de la tristesse, du sentiment d'échec, de la désillusion, du manque, de la séparation, de l'absence, de l'amour contrarié ou perdu. C'est à ces "musiques du pathos" que l'ULB consacre un important colloque, sous le bel intitulé Délectations moroses. Histoire de comprendre et d'analyser, certes, mais, aussi, histoire de pleurer de plaisir, puisque cette manifestation à caractère scientifique s'assortit d'une série de concerts à l'Espace Senghor, à Bruxelles. Le colloque rassemble une trentaine d'experts de tous les continents et s'adresse donc à un public intéressé par les aspects musicologiques, historiques, politiques, sociaux ou psychologiques de ces musiques. De telles formes sont en effet apparues dans des cadres sociaux bien particuliers et ont été diversement légitimées socialement, religieusement et idéologiquement. Elles ont toutes leurs poètes, leurs stars, leurs codes de l'"être-triste-ensemble", leurs contextes d'un "bain compassionnel" dans un cadre chaleureux où l'on boit, danse, chante... L'étude de cette "économie des larmes" abordera également la corrélation entre les déclin des expressions tristes et les mutations sociales et psychologiques: aux chansons de l'amour contrarié et du destin inflexible ont succédé l'expression de la dépression individuelle, l'agression verbale du rap et la trépidation de la techno. Les travaux pratiques sont, eux, destinés à tous, puisque le festival invite des "vrais de vrais": El Romano, chanteur gitan et dépositaire authentique du Cante Jondo de Grenade, Razia Sultanova, brillante interprète du ghazal d'Ouzbékistan, chant de transe mystique et charnelle, la Roumaine Oana Lianu, experte en doinas, chants au rythme libre qui racontent la vie et les passions, ainsi que des chanteurs de fado, de blues et de tango finlandais de premier plan. Colloque, du 29 au 31 mars à l'ULB. Tél.: 02-650 24 19. Concerts, les 29, 30 et 31 mars, à l'Espace Senghor, à Bruxelles. Tél.: 02-230 31 40.Elisabeth Mertens