La " mixité scolaire " : le mot est lâché, très vite. Cela ne fait jamais que deux ans que tout le monde s'embroche sur ce sujet inflammable. Mais, tout en s'exprimant sur l'encadrement différencié, tous ricochent sur cette question. Fatalement : les élèves qui convergent dans les écoles à discrimination positive sont aussi ceux qui habitent des quartiers où les indicateurs sociaux sont tous au rouge (voir les cartes en page 34). On le sait aussi, l'école ne corrige pas l'apartheid social et ethnique dont ces élèves font les frais. " Avec l'encadrement différencié, on reste dans une logique de ghetto ", remarque Marie-France Liénard, repr...

La " mixité scolaire " : le mot est lâché, très vite. Cela ne fait jamais que deux ans que tout le monde s'embroche sur ce sujet inflammable. Mais, tout en s'exprimant sur l'encadrement différencié, tous ricochent sur cette question. Fatalement : les élèves qui convergent dans les écoles à discrimination positive sont aussi ceux qui habitent des quartiers où les indicateurs sociaux sont tous au rouge (voir les cartes en page 34). On le sait aussi, l'école ne corrige pas l'apartheid social et ethnique dont ces élèves font les frais. " Avec l'encadrement différencié, on reste dans une logique de ghetto ", remarque Marie-France Liénard, représentante l'enseignement officiel (Fapeo). " La discrimination positive pratique une discrimination négative. Dans une école défavorisée, un enfant d'ouvrier y réussit moins bien qu'ailleurs ", appuie Nestor Romero, auteur de L'Ecole des riches, l'école des pauvres (éd. Syros), également enseignant. Autrement dit, rassembler les élèves en difficulté dans les mêmes classes aggrave leur situation. Or, dit-il, mélanger les publics tire les plus faibles vers le haut et permet aux plus forts d'encore progresser. C'est aussi dans les écoles à discrimination positive que se concentrent les profs d'origine étrangère. " Ils ne sont pas les candidats les plus recherchés par les "écoles d'en haut". La ségrégation scolaire, en tout cas, ne frappe pas que les élèves ", remarque Marc Demeuse, professeur de sciences de l'éducation à l'université de Mons-Hainaut. " Du décret Mixité, je ne veux plus rien dire. Tout le monde en parle, mais personne ne propose de solutions alternatives, parce que personne n'en a ", tempête le ministre de l'Enseignement obligatoire. Un mensonge. Ou plutôt un air de " laisse béton ". Par exemple, des spécialistes de l'éducation proposent de créer des " pools " d'établissements implantés dans la même zone géographique. Ceux-ci optimaliseraient leurs offres d'enseignement, tout en réduisant la concurrence scolaire. Tiens, tiens, ça rappelle les pistes de proximité géographique pour sauver le décret MixitéàD'autres suggèrent de limiter le choix d'une école à un nombre réduit d'établissements. D'autres encore, plutôt que de fonder leurs espérances sur un décret, s'attachent à l'idée d'un incitant financier à la mixité : donner davantage aux écoles qui accueillent des élèves faibles. En clair : les écoliers qui terminent les primaires avec plus de 60 % et qui n'ont jamais redoublé seraient classés parmi les " forts " ; les autres, étiquetés " faibles " - des critères sociaux et de langue maternelle sont pris en compte. L'école qui inscrit un " fort " reçoit 25 % d'encadrement et d'argent en moins que si elle inscrit un " faible ". " Le système ne coûterait rien, puisque ce qui est perdu par une école est gagné par une autre ", commente Robert Deschamps, professeur aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, à Namur. Ces idées ont toutes été enterrées. Pour l'instant, du moins. " On peut aussi réduire le financement des écoles qui ne jouent pas le jeu de la mixité et faire payer ces parents qui agissent comme les propriétaires d'un service public ! " lâche Marc Demeuse. Boutade ? Hors de la mixité sociale, point de salut ! S.G