D'après l'entreprise Securex, un employé sur trois subirait parfois des comportements déplacés au travail, un chiffre en progression depuis 2012. Agression, harcèlement, comportement sexuel indésirable et discrimination sont des formes courantes. En 2020, le nombre de signalements a diminué avec le télétravail, ce qui ne veut pas dire que le problème a disparu, comme le précise la chercheuse Heidi Verlinden (Securex): "Lorsque nous reprendrons le travail en présentiel, il se pourrait que le nombre de plaintes recommence à augmenter. De plus, le télétravail a réduit les contacts entre collègues. Et si chacun fait face différemment aux mesures imposées par le virus: certains les adaptent à leur sauce, d'autres les respectent très rigoureusement. Ces attitudes divergentes peuvent donner lieu à des conflits et à un sentiment d'insécurité psychologique."
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D'après l'entreprise Securex, un employé sur trois subirait parfois des comportements déplacés au travail, un chiffre en progression depuis 2012. Agression, harcèlement, comportement sexuel indésirable et discrimination sont des formes courantes. En 2020, le nombre de signalements a diminué avec le télétravail, ce qui ne veut pas dire que le problème a disparu, comme le précise la chercheuse Heidi Verlinden (Securex): "Lorsque nous reprendrons le travail en présentiel, il se pourrait que le nombre de plaintes recommence à augmenter. De plus, le télétravail a réduit les contacts entre collègues. Et si chacun fait face différemment aux mesures imposées par le virus: certains les adaptent à leur sauce, d'autres les respectent très rigoureusement. Ces attitudes divergentes peuvent donner lieu à des conflits et à un sentiment d'insécurité psychologique." Il semble que l'attention (médiatique) accrue pour les comportements inappropriés et le mouvement #metoo libère la parole des travailleurs. "Notre ligne de soutien a enregistré en 2019 deux fois plus de signalements d'agressions ou de comportements sexuels inappropriés, explique la conseillère en prévention psychosociale Eva Praet (Securex). Oser en parler davantage est une bonne chose, car plus un harcèlement au travail sera signalé vite, meilleures seront les chances d'établir une médiation entre les parties." Lors d'un comportement transgressif, l'auteur ne se rend pas toujours compte qu'il ou elle dépasse les bornes, poursuit-elle: "Nous conseillons aux employeurs de bien explorer un problème entre personnes. Comment la victime a-t-elle vécu certains gestes ou paroles? Depuis combien de temps cela dure-t-il et quelles démarches a-t-on entreprises pour en parler? Y a-t-il un lien hiérarchique entre les deux personnes? L'auteur a-t-il déjà été interpellé au sujet de son comportement? Trouver une solution durable implique de mettre à nu tous les facteurs de risque. Lorsqu'une organisation fait appel à notre aide, nous ne nous basons jamais sur une seule version des faits. Souvent, les choses sont plus compliquées. Nous évitons aussi expressément des termes comme 'auteur' et 'victime'. Une intervention active de notre part peut s'avérer utile, mais ne constitue qu'une possibilité. Nous stimulons en premier lieu l'autonomie et encourageons les personnes concernées à se parler." Il est dès lors essentiel d'oser exprimer ses limites personnelles, car nos cadres de référence sur ce qui est normal ou pas peuvent varier considérablement. "L'éducation, le caractère et des expériences antérieures vont faire en sorte que, devant la machine à café, vous ressentirez un geste ou une remarque comme déplacé ou non. De la même façon, tout le monde ne se sent pas aussi à l'aise pour parler de choses personnelles ou pour écouter les problèmes intimes d'autrui. Vos collègues ne peuvent voir vos limites que si vous les montrez clairement." Heidi Verlinden conseille de prévenir, plutôt que guérir: "La personne qui a été victime de ce type de comportements court quatre fois plus de risque de dépression, est plus souvent confrontée à des troubles du sommeil et se sent sérieusement atteinte dans sa confiance en soi et ses compétences. Ce genre de problèmes se traduit par davantage d'absentéisme, une consommation abusive de substances et de moins bonnes prestations. La recherche montre en outre que les membres de la famille peuvent aussi en pâtir et être aussi plus souvent absents au travail ou à l'école." Quelqu'un qui se sent victime de harcèlement, par exemple, incrimine généralement plusieurs responsables. "Le patron en fait fréquemment partie. Les gens reprochent à leur dirigeant de ne pas être intervenu plus rapidement en cas de remarques blessantes ou d'autres comportements. Un bon dirigeant joue dès lors un rôle crucial. Il sait ce qui se vit dans une équipe, il doit être aisément abordable et faire en sorte que l'on puisse parler de choses difficiles." Un comportement transgressif ne surgit pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, poursuit Eva Praet. "Il résulte presque toujours de problématiques sous-jacentes. Le risque est plus grand lorsque des personnes se sentent mal dans leur peau. En tant que dirigeant, informez-vous régulièrement de la situation familiale de quelqu'un, demandez-lui comment il/elle se sent au travail. Vos collaborateurs apprécient énormément que vous vous intéressiez sincèrement à leur bien-être et que vous cherchiez des solutions avec eux. Vous restez ainsi au courant de l'ambiance au travail et vous pouvez aborder conflits ou tensions en temps opportun. Votre intérêt ne doit cependant pas être ressenti comme forcé. Ce serait contreproductif." "Beaucoup de chefs d'entreprise doivent avant tout être opérationnels et sont attendus en premier lieu sur leurs résultats. Il ne reste parfois que peu de temps pour se soucier de ses collaborateurs. Certaines personnes manquent aussi des compétences pour coacher une équipe, ou pour déminer un conflit. Ce n'est généralement pas un manque de volonté et les dirigeants demandent de plus en plus du soutien. Il ne faut pas en sous-estimer l'importance: les entreprises qui investissent peu dans le bien-être de leurs employés le paient tôt ou tard. Devoir constamment éteindre de petits incendies demande aussi beaucoup de temps. Mieux vaut anticiper en oeuvrant avec humanité au capital social de l'organisation." Comparez cela à une équipe de football: les joueurs se font-ils confiance et sont-ils bien en phase les uns avec les autres? L'équipe se voit-elle assigner un objectif commun ou les joueurs cherchent-ils plutôt leur petit succès personnel? Qui reste sur le banc et pourquoi? Est-ce justifié? La cohésion sociale et la solidarité dans une équipe ne naissent pas d'un coup lors d'une activité annuelle de team building dans les Ardennes. Elles se développent dans la pratique quotidienne, dans de petites manifestations de respect et d'humanité partagée, dans la confiance mutuelle et l'équité. Le tout prive les comportements transgressifs de leur principal terreau. "Parfois, les germes de comportements abusifs naissent déjà dans le choix d'un certain environnement de travail. Nous remarquons par exemple que certaines personnes harcelées ne se sentent pas bien dans un poste ou une culture d'entreprise. Le sens de leur travail est alors mis à mal. Or, il n'est pas évident de chercher un autre travail en cas de problème. 'Ce n'est quand même pas à moi de partir à cause de ce que l'on me fait subir? ', entendons-nous régulièrement. C'est absolument vrai. Mais si un lieu de travail vous rend profondément malheureux ou malade, rester coûte que coûte n'est pas non plus la solution." Les deux spécialistes plaident pour une réflexion personnelle. "Réfléchissez de manière critique au job que vous aimeriez faire et au genre d'entreprise qui correspond à vos valeurs. Si vous estimez qu'un bon équilibre entre travail et vie familiale est important pour vous, ne posez pas votre candidature dans une entreprise où les heures supplémentaires sont la norme. Certaines entreprises ont une organisation hiérarchisée, d'autres plus horizontale. Vous avez des entreprises qui changent rapidement et d'autres qui prennent beaucoup de temps pour envisager chaque décision en profondeur. Tout cela détermine dans quelle mesure vous vous sentirez à l'aise ou non dans un lieu de travail."