Ni la galerie, ni l'atelier. En ce vendredi inondé de soleil, ils sont presque tous là pour l'accrochage. Ils ? Les membres du projet 1010, un collectif libéré et éphémère (du moins jusqu'à nouvel ordre), dont les contours ont été imaginés à la faveur de quelques bières et bols de nachos. " A force de passer tous les jours devant l'avenue Fonsny et d'y prendre des photos, j'ai eu l'envie d'exposer cette matière première. Je ne voulais pas d'une exposition classique dans un lieu dont l'homme de la rue hésite à franchir le seuil. Pour être en phase avec ce que et ceux que je photographiais, il fallait une démarche hors des sentiers battus, qui s'adresse au public en direct ...

Ni la galerie, ni l'atelier. En ce vendredi inondé de soleil, ils sont presque tous là pour l'accrochage. Ils ? Les membres du projet 1010, un collectif libéré et éphémère (du moins jusqu'à nouvel ordre), dont les contours ont été imaginés à la faveur de quelques bières et bols de nachos. " A force de passer tous les jours devant l'avenue Fonsny et d'y prendre des photos, j'ai eu l'envie d'exposer cette matière première. Je ne voulais pas d'une exposition classique dans un lieu dont l'homme de la rue hésite à franchir le seuil. Pour être en phase avec ce que et ceux que je photographiais, il fallait une démarche hors des sentiers battus, qui s'adresse au public en direct ", explique Thomas Marchal, le premier à avoir rêvé ce South Station Project. Mesurant son potentiel, l'intéressé communique son idée à des amis graphistes et photographes, Simon Vansteenwinckel et Mathieu Van Assche. Ces derniers embraient immédiatement. " Il n'a pas fallu nous convaincre de la richesse du quartier de la gare du Midi, c'est un périmètre bourré de contradictions, à la fois crasseux et peu apprécié... Mais c'est également un endroit vivant, avec beaucoup de passage. C'est aussi la première impression de Bruxelles qu'ont les voyageurs qui descendent du Thalys ", résume le duo. Encore fallait-il trouver un endroit pour donner à voir cette matière première rugueuse. Un long mur de briques jaunes parallèle aux lignes de tram 49, 50 et 82 s'impose alors aux protagonistes, ne serait-ce que parce qu'il ouvrirait le travail en question à des milliers d'usagers de la Stib. " Avec ses colonnades et son éclairage nocturne, ce mur Infrabel en amont de la gare du Midi nous a galvanisés : une vraie galerie brutaliste à ciel ouvert ", poursuit Simon Vansteenwinckel. La découverte de cet endroit propice met le feu aux poudres. Il est rapidement décidé de réunir dix images de dix photographes aux prises avec le quartier. L'exposition est montée en deux mois. Avec pas mal d'à-propos, le noyau dur fait appel à l'équipe - comprendre une série de regards convergents. Le casting réunira Vincen Beeckman, Christopher de Bethune, Manu Jougla, Maxime Lemmens, Sarah Lowie, Pim Notebaert et Marie Sordat. A l'aube d'un week-end prometteur, quasi tout ce beau monde est à pied d'oeuvre pour installer l'exposition. Installer ? Pas question de les imaginer en train de donner des instructions la tête doctement penchée. Non, en accord avec le quartier et la portion de réel dévoilé, la bande place elle-même les images. Pas de cimaise, mais en lieu et place un skateboard - pour arpenter la bonne centaine de mètres du lieu d'accrochage -, de la colle à tapisser et des images imprimées en noir et blanc sur papier " dos bleu " format A0. " Le noir et blanc traverse le travail de la majorité des photographes présents mais, dans ce cas, il possède également une dimension économique car cela abaisse sérieusement le coût de production ", concède Thomas Marchal. Pour le passant, les photographies placardées sans mention de leur auteur déclinent autant de facettes d'un melting-pot social de grande densité. Les styles se télescopent - grain, net, flou, portraits, architectures déglinguées, argentique, numérique... - pour former les pièces subjectives d'un puzzle fascinant.