Octobre 2017. Cinq jours après les premières accusations de viols et de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein, des milliers de femmes témoignent sur les réseaux sociaux avoir été victimes de violences sexistes. Une prise de parole planétaire inédite. Depuis, les révélations similaires s'accumulent. Mais que l'on qualifie #MeToo de " révolution ", de " nouveau cycle " ou de simple " moment d'accélération ", il s'est bien passé quelque chose...

Octobre 2017. Cinq jours après les premières accusations de viols et de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein, des milliers de femmes témoignent sur les réseaux sociaux avoir été victimes de violences sexistes. Une prise de parole planétaire inédite. Depuis, les révélations similaires s'accumulent. Mais que l'on qualifie #MeToo de " révolution ", de " nouveau cycle " ou de simple " moment d'accélération ", il s'est bien passé quelque chose, il y a un an. Que la sociologue Irène Théry résume ainsi : " Le mouvement a permis à cette parole, longtemps privée, d'être publique et collective. " En changeant de camp, cette parole force désormais l'attention, oblige à penser avec un nouveau " logiciel ", modifie la réalité. Dans les sociétés occidentales surtout, mais pas seulement, les rapports hommes - femmes sont depuis disséqués : dans les sphères publique et politique, au sein des entreprises, dans les écoles, les dîners de famille et les couples. Pourtant, ces pratiques avaient été maintes fois dénoncées, mais de manière isolée, dispersée. Cette critique morcelée avait empêché jusqu'ici d'avoir une vue d'ensemble : celle du sexisme érigé en système. De fait, quand les mères disaient à leurs filles qu'elles étaient l'égal des garçons, des hommes, c'était un mythe, une illusion . Le seul fait de naître fille fait s'abattre sur la tête d'un enfant une tonne d'injustices. Ainsi, à l'âge de 10 ans, les petites filles consacrent déjà plus de temps que les petits garçons aux tâches ménagères... " Il faut savoir revenir aux chiffres. Ils sont présents ", commente Valérie Piette, professeure d'histoire contemporaine et conseillère à la politique de genre auprès de l'ULB. Ces chiffres, cette connaissance chimique, cette visibilité : voilà justement ce nouveau logiciel, désormais utilisé pour revendiquer une égalité de fait. Loin d'être enterré ou tari un an après, #MeToo a réussi à dépasser la dénonciation des crimes, délits ou harcèlement sexuels, pour aborder les thématiques féminines afin d'engendrer une culture de l'égalité à tous les niveaux. Visionnaire, Françoise Héritier, figure du féminisme, disparue un mois après le début de #MeToo, envisageait que " les conséquences de ce mouvement puissent être énormes ". A condition de soulever non pas un coin mais l'intégralité du voile, de tirer tous les fils...