Dans la longue préface qu'il consacre à l'ouvrage, Régis Schlagdenhauffen, spécialiste de l'histoire de la sexualité, du genre et des homosexualités, nous rappelle cette évidence: "Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour que l'opinion publique des pays occidentaux commence à reconnaître l'homosexualité comme forme de vie." On imagine mal, ou peut-être trop bien, la difficulté de s'aimer entre personnes du même sexe avant que la loi ne s'en mêle - cela, même si la bénédiction légal...

Dans la longue préface qu'il consacre à l'ouvrage, Régis Schlagdenhauffen, spécialiste de l'histoire de la sexualité, du genre et des homosexualités, nous rappelle cette évidence: "Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour que l'opinion publique des pays occidentaux commence à reconnaître l'homosexualité comme forme de vie." On imagine mal, ou peut-être trop bien, la difficulté de s'aimer entre personnes du même sexe avant que la loi ne s'en mêle - cela, même si la bénédiction légale s'avère souvent insuffisante à prévenir les offenses et les brutalités. Pour mieux comprendre de quoi il retourne, le maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), à Paris, se fait plus explicite: "Aux Etats-Unis d'Amérique, la "sodomie" était réprimée dans l'ensemble des Etats fédérés depuis l'indépendance. Jusqu'en 1873, en Caroline du Sud, ceux qui la pratiquent peuvent être condamnés à mort." Il faut attendre 1962 pour que l'Illinois abolisse le "crime de sodomie", lequel sera définitivement abrogé en 2003 au niveau fédéral. Ils s'aiment se présente comme une sélection émouvante de 350 clichés donnant à voir l'amour au masculin du temps de sa clandestinité, quelque part entre 1850 et 1950. Ces tendres photographies sont extraites de la collection de Hugh Nini et Neal Treadwell. Amassée sur plus de deux décennies, elle est l'une des plus riches sur ce thème (quelque 2 700 images dans sa totalité). "Tout a commencé il y a une vingtaine d'années, quand nous sommes tombés sur une photographie ancienne qui nous a semblé très rare. Elle représentait deux jeunes hommes qui s'embrassaient en se regardant amoureusement. Dans le regard de ces amoureux, nous avions l'impression de voir se refléter notre propre amour", raconte le couple pour expliquer le début de cette touchante aventure. C'est précisément ce regard qui a guidé le duo à trancher entre les représentations figurant une simple amitié et celles marquées du sceau de la passion. En feuilletant cette compilation sentimentale, il est impossible de ne pas prendre acte de la grande diversité à l'oeuvre, qu'il s'agisse de l'appartenance sociale ou de la nationalité des couples éperdus ; on ne compte pas les hommes qui se sont aimés au point de rêver de se marier, une possibilité qui leur a longtemps été refusée. Pourtant, confient les deux collectionneurs à ceux qui veulent bien l'entendre, "l'amour n'a pas d'orientation sexuelle. L'amour est universel."