Jo Vandeurzen a eu chaud, très chaud, le week-end dernier. Il a même envisagé de démissionner, affirme-t-il. Samedi 13 décembre, après-midi : lorsqu'il apprend
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Jo Vandeurzen a eu chaud, très chaud, le week-end dernier. Il a même envisagé de démissionner, affirme-t-il. Samedi 13 décembre, après-midi : lorsqu'il apprend que Hassan Iasir est officiellement libre, son sang ne fait qu'un tour. Imaginez, le meurtrier présumé de la jeune policière flamande Kitty Van Nieuwenhuizen (23 ans) relâché ! Ça fait mauvais effet, particulièrement pour un ministre de la Justice CD&V. A cause d'une bête erreur administrative, en plusàAprès avoir vu sa détention préventive prolongée par la chambre du conseil, Iasir avait interjeté appel de la décision. Mais les trois exemplaires du document requis pour cette procédure n'ont jamais quitté la prison de Forest, où il est enfermé. Un oubli rarissime mais catastrophique, d'autant que le dossier de la tuerie de Lot (près de Beersel), dans la nuit du 3 au 4 décembre 2007, est une affaire sensible, car très médiatisée. Officiellement, Iasir est donc libre, la chambre des mises en accusation n'ayant pas rendu son arrêt, en degré d'appel, dans les délais légaux. Interrompant son week-end en famille, Vandeurzen n'hésite pas longtemps. Il préfère outrepasser la loi plutôt que de s'exposer à l'avalanche médiatique que susciterait une telle libération. Samedi, 22 heures : alors que le procureur du roi de Bruxelles s'apprête à envoyer un fax à la prison de Forest pour confirmer la libération de Hassan Iasir, le ministre enjoint au directeur de l'établissement pénitentiaire de le maintenir derrière les barreaux, le temps d'imaginer la parade. Une intervention inédite, choquante, qui s'oppose totalement à la sacro-sainte séparation des pouvoirs. Dimanche 14 décembre, au matin : alors que Iasir est toujours détenu illégalement, la justice bruxelloise ouvre en urgence (un dimanche !) une nouvelle instruction à charge de l'intéressé pour des faits de vols avec violence commis un peu partout en Wallonie entre novembre 2006 et décembre 2007. Dimanche, 16 heures : Iasir se voit signifier par deux policiers sa mise à disposition du parquet, alors même qu'il vient de signer ses papiers de remise en liberté au greffe de la prison de Forest. Une belle mise en scène. Il reste en " taule ". Le mandat d'arrêt sera délivré le lendemain. Le droit vient d'être bafoué pendant 24 heures, mais l'avenir politique de Vandeurzen est sauf. Comme pour se justifier, le ministre évoque l'hypothèse d'une fraude et non d'une bourde au sein de la prison de Forest. Une accusation grave, a priori tirée par les cheveux, qui fera l'objet d'une enquête pénale. Quant au piétinement de la loi, cela ne devrait pas faire trop de vagues au sein de la classe politique. Qui oserait défendre un truand récidiviste à six mois des élections régionales ? Dimanche soir : Jo Vandeurzen prend encore le temps de se rendre chez les parents de Kitty pour les rassurer, avant de retrouver son foyer à Genk. Quel week-end ! Thierry Denoël