Dans l'après-crise, la cristallisation perceptible autour de la mondialisation pourrait-elle amener à une recomposition du paysage politique ? Quelle forme pourrait-elle prendre ?
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Dans l'après-crise, la cristallisation perceptible autour de la mondialisation pourrait-elle amener à une recomposition du paysage politique ? Quelle forme pourrait-elle prendre ?Docteur Benjamin Biard, chargé de recherche au Crisp et chargé de cours à l'UCLouvain :Il est certain que cette crise aura des conséquences sur les préférences électorales de nombreux citoyens car [elle les amène] à se questionner quant aux causes de la crise sanitaire, quant à sa gestion et quant à ses effets à plus long terme. On observe ainsi que la société civile tente de s'organiser pour préparer l'après-crise, à travers des conférences virtuelles, des cartes blanches dans la presse ou encore des lettres d'intention auprès des autorités publiques. Mais une famille de partis qu'il convient d'analyser spécifiquement dans le contexte actuel est certainement l'extrême droite. Par essence nationaliste et anti-immigration, elle essaie largement de tirer son épingle du jeu de cette pandémie. Comme en atteste un récent rapport publié par les services de renseignement belges, les formations d'extrême droite ont lancé d'importantes campagnes en ligne afin de décrédibiliser les autorités publiques sur la base de théories complotistes et afin de répandre des messages haineux à l'égard de certaines communautés, notamment musulmane. Alors que nombreux sont les partis d'extrême droite à plaider depuis des années pour la restauration des frontières nationales au sein de l'Union européenne, à indiquer que l'immigration comporte d'importantes conséquences en matière sécuritaire, économique mais aussi sanitaire, et alors qu'ils sont systématiquement écartés du pouvoir en Belgique depuis plusieurs décennies, ils espèrent surfer sur cette crise pour mieux asseoir leurs discours et imputer la responsabilité de cette crise aux dirigeants actuels et passés. Si nous avions été préparés à une telle épidémie (planification, masques, tests, etc.), n'aurions-nous pas pu obtenir les mêmes résultats tout en préservant l'économie ?Sandy Tubeuf, professeure en économie de la santé à l'UCLouvain : Il apparaît important, dans un premier temps, de rappeler que la crise sanitaire à laquelle nous faisons face est inédite, tant par son ampleur internationale que par l'incertitude de ses conséquences sanitaires et économiques. Ainsi, elle n'aurait pu être anticipée par quiconque. [...] Cependant, il est vrai que les réalités nationales concernant les choix d'investissement dans le système de soins, antérieurs à la pandémie, vont être un facteur déterminant de l'ampleur des conséquences catastrophiques du Covid-19 sur la mortalité et l'économie de chacun des pays européens. Il serait injuste de se focaliser sur l'absence de masques ou de tests puisque, à nouveau, leur rareté est commune à la plupart des pays européens. Néanmoins, on peut déplorer les mesures d'austérité auxquelles ont fait face les soins de santé en Belgique dans les dernières années, qui ont des conséquences directes sur les capacités de nos hôpitaux à faire face efficacement à la crise sanitaire. Alors que l'évolution annuelle des dépenses de santé a été fortement encadrée en Belgique avec une augmentation de moins de 1 % entre 2009 et 2018, la crise sanitaire appelle en urgence à la mobilisation de ressources financières pour la santé. Ainsi, on accepte aujourd'hui un surcroît de dépenses de santé qui n'aurait jamais été envisagé il y a quelques mois, lorsque le gouvernement défendait la nécessité de faire des économies dans ce budget. Tous les systèmes de santé auront des leçons à tirer pour l'avenir, tout particulièrement la Belgique.