Pour arriver chez le flûtiste et sax alto Steve Houben, il faut serpenter d'étroites routes wallonnes, traverser un gué et prendre une ruelle pentue vers une maison de pierre, sur un promontoire dénudé de la province de Liège. Où en ce dernier samedi de l'année 2019 baigné de lumière tiède, même les maïs ont froid. " J'ai souvent déménagé, au moins une dizaine de fois, ville et campagne. Ici, je ne devais rester que trois mois et cela fait maintenant deux ans. Mais c'est un peu trop loin de tout. Il faut faire six kilomètres pour acheter du pain, on va bientôt repartir pour Liège. " La ville natale de Steve, 70 ans en mars prochain, ayant souvent vécu là où la nature concurrence les sentiments. Et donne de l'espace au jazz, genre qui définit l'identité d'Houben depuis plus de quatre décennies. Même si, au départ, les paramètres semblent moins clairement dessiner le parcours de l'héritier de tanneurs d'origine hollandaise. Entreprise ayant créé un " miniempire de cuirs et de peaux, bénéficiant du fait qu'autrefois, les machines de l'industrie étaient mues par les courroies. Que ma famille fabriquait abondamment. "
...

Pour arriver chez le flûtiste et sax alto Steve Houben, il faut serpenter d'étroites routes wallonnes, traverser un gué et prendre une ruelle pentue vers une maison de pierre, sur un promontoire dénudé de la province de Liège. Où en ce dernier samedi de l'année 2019 baigné de lumière tiède, même les maïs ont froid. " J'ai souvent déménagé, au moins une dizaine de fois, ville et campagne. Ici, je ne devais rester que trois mois et cela fait maintenant deux ans. Mais c'est un peu trop loin de tout. Il faut faire six kilomètres pour acheter du pain, on va bientôt repartir pour Liège. " La ville natale de Steve, 70 ans en mars prochain, ayant souvent vécu là où la nature concurrence les sentiments. Et donne de l'espace au jazz, genre qui définit l'identité d'Houben depuis plus de quatre décennies. Même si, au départ, les paramètres semblent moins clairement dessiner le parcours de l'héritier de tanneurs d'origine hollandaise. Entreprise ayant créé un " miniempire de cuirs et de peaux, bénéficiant du fait qu'autrefois, les machines de l'industrie étaient mues par les courroies. Que ma famille fabriquait abondamment. " Un artisanat que Steve ne reprendra pas, possiblement aspiré par le célèbre cousin germain de son père, Jacques Pelzer (1924 - 1994). Saxophoniste liégeois fameux, notamment pour ses collaborations avec des talents américains supérieurs à la Dexter Gordon, Stan Getz ou encore Chet Baker. Partageant avec ce dernier un goût pour les substances pharmaceutiques délivrées hors ordonnance. " Pour moi, le jazz a été comme une occurence, celle du hasard extrême qui fabrique un objet, la perle. Pas que je me considère comme une perle, ce serait un rien prétentieux. " Steve sourit et revient à Pelzer, belge bigger than life, surnommé le pharmacien, sa profession initiale : " Chez lui, j'ai sans doute plus appris la vie que le saxophone. C'était une sorte de sorcier, aussi parce que chaque fois qu'il allait au Congo, il y amenait des médicaments, il était généreux et les gens l'y attendaient avec beaucoup de bonheur. Pelzer m'a introduit à une sorte de mystique du jazz : des musiciens comme Barney Wilen gravitaient autour de lui et je me trouvais à jouer au ping-pong avec Chet Baker ou au piano avec un grand Noir à la flûte à bec, que je n'avais pas reconnu d'emblée, Don Cherry... Et puis je suis allé à Paris, en mai 1968, avec Jacques, on a logé chez Philly Joe Jones, batteur entre autres de Miles Davis et Bill Evans. " Mystique jazz, suite. Celle que le fils Greg, trompettiste né en 1978 à Verviers, découvre dans les disques paternels et les fraternités de passage : " Les musiciens passant à la maison, comme les bûcherons, les dessinateurs ou les intellectuels, cela a été ma normalité. Je me souviens de Richard Rousselet (NDLR : accompagnateur historique de Marc Moulin au sein de Placebo) qui s'est assis sur ma première trompette et l'a pliée... Au départ, pourtant, je ne voulais pas faire comme papa. A la sortie des cours de solfège, je me battais alors que je n'étais pas du tout violent. J'ai donc pris mon pied avec le théâtre. Mais je me souviens d'avoir, à un moment, saisi une flûte à bec de mon père et d'être allé jouer là où on habitait à la campagne, à Monthouet près de Stavelot, dans la forêt. Pour un gamin, c'était extraordinaire. " Greg Houben a la révélation lors d'un séjour d'un an au Brésil en 1986 : il a 18 ans, et ce qui lui manque de la lointaine Belgique, c'est d'abord la connexion au son. " C'est là que j'ai compris que je voulais aller vers la musique. " Après une année préparatoire à Maastricht, il réussit haut la main le cursus du conservatoire de Bruxelles. Il va alors travailler au théâtre et réalise trois albums, dont le récent Un Belge à Rio, mais les années passant, Greg et son père se reniflent ponctuellement en scène. Avant de concrétiser une forme d'héritage sur cet album 7/7, collaboration ombilicale où le soft jazz d'ouverture ( Camel Ride) laisse place à des rythmes plus chauds, volontiers latins. " Un disque n'est rien d'autre qu'une entreprise, intervient Greg, et donc c'est de l'artisanat commun, permettant d'être une métaphore de ce que la famille a précédemment fait. C'est pour cela qu'on s'est appelé Houben & Son, un clin d'oeil. Il a fallu du temps pour que je coupe le lien à celui qui était mon idole, mon fil conducteur. Et nous mettre dans un dialogue. " " Après ce que Greg avait reçu de moi ou de Jacques Pelzer, enchaîne Steve, il fallait qu'il aille vivre ailleurs. Notamment à Bruxelles pendant sept ans, avec sa femme et son python (sic). " De ces liens intimes est né un disque dont la qualité première est peut-être de donner un sentiment d'épanouissement, ce que Greg définit " comme une sorte de naïveté, de tendresse et de bienveillance entre nous. Comme si on ne voulait pas cacher ces sentiments-là, ni dans les compositions, ni dans l'interprétation. Où l'on sent le coton de cette relation telle que nous la vivons pour le moment ". Pinacle d'une communion peu solennelle, comme dans l'ultime morceau du disque sous forme de ballade chantée par le père et le fils. Possibles parfums chetbakeriens d'inamovible douceur ouateuse, de sensuels frottements jazz ayant traversé les époques. Comme le film raccourci de deux vies se rejoignant d'abord dans la célébration du présent. Le chant ? Pas tout à fait une première pour Steve, parmi la quarantaine d'albums en besace, il a bel et bien enregistré quatre chansons de sa propre voix sur un album tchèque jamais paru. Peut-être pas un hasard si Steve Houben a réalisé les deux albums les plus dépouillés et naturalistes de Maurane sous le patronyme d'HLM (Houben - Loos - Maurane). " Un talent immense, cette femme ", précise Steve alors que l'après-midi pastoral cède sa place à la soirée encrée et au vin rouge. Le saxo-flûtiste a aussi présidé au destin initial de Melanie De Biasio, défendant son talent et caractère (trempé) au conservatoire, jouant ensuite, quelque temps, avec la future vedette carolo. Projet de 2002-2003 auquel Greg, compagnon de conservatoire de Melanie, participe également. Aucun doute que 7/7 intègre ce double parcours sinueux et charnel, belge et jazz. Une autre histoire de famille qui permet de commencer 2020 dans un plaisir soyeux, sans drame annoncé. Ce qui ne saurait nuire.