A la regarder du point de vue des salariés, la situation économique actuelle n'est pas encore tragique (lire notre dossier de couverture en p.48) : la baisse de l'immobilier permet à plus de personnes d'avoir accès à l'achat d'un logement, la baisse de la croissance réduit le prix du pétrole et la baisse des Bourses ramène les portefeuilles d'actions à leur niveau d'il y a cinq ans, à un moment où leurs détenteurs n'étaient pas à plaindre. Seuls risquent de perdre les plus p...

A la regarder du point de vue des salariés, la situation économique actuelle n'est pas encore tragique (lire notre dossier de couverture en p.48) : la baisse de l'immobilier permet à plus de personnes d'avoir accès à l'achat d'un logement, la baisse de la croissance réduit le prix du pétrole et la baisse des Bourses ramène les portefeuilles d'actions à leur niveau d'il y a cinq ans, à un moment où leurs détenteurs n'étaient pas à plaindre. Seuls risquent de perdre les plus pauvres, consommateurs endettés sous la pression des banques, et les plus riches, qui auront davantage de mal, désormais, à faire croire qu'il est légitime que les revenus financiers augmentent de plus de 20 % chaque année quand ceux du travail progressent de moins de 2 %. Certes, nul n'a intérêt au désastre des banques, interfaces entre le monde virtuel de la finance et celui de l'économie réelle. Et, comme le montrent les plans annoncés par les gouvernements européens, on trouvera toujours aisément de l'argent par l'impôt, c'est-à-dire par les revenus des vraies gens, pour financer les pertes des institutions. Mais, pour les autres sujets sérieux (comme la faim, la pauvreté, le climat, la déforestation), rien. Et pourtant, cette semaine, un rapport de la Commission européenne rappelle que l'économie du monde perd chaque année plus de richesses par la déforestation, soit entre 2 000 et 5 000 milliards de dollars, que par la crise financière. Et, alors qu'on vient de trouver en un mois au moins 4 000 milliards de dollars dans le monde pour les banques, il n'a jamais été possible d'en dégager seulement 20 pour lutter efficacement contre la faim dans le monde, sauver la forêt brésilienne ou généraliser le microcrédit aux 600 millions de familles qui en ont besoin. Bien sûr, il faut régler ces désordres financiers, parce que, si on ne le fait pas, c'est toute l'économie mondiale réelle qui basculera non pas dans la récession, mais dans la dépression. Il faut en outre inscrire cette action dans le cadre d'un véritable projet de société, au service des vraies gens. L'argent mobilisé doit aller non pas aux actionnaires des banques, mais à leurs clients, spoliés et surendettés par le jeu insensé du crédit à la consommation, ainsi qu'à de grands travaux mondiaux, capables de régler les problèmes des générations futures, et à la mise en place d'un véritable Etat de droit planétaire. j@attali.com