Mars 1992: voilà une date que les écologistes français (répartis entre Les Verts et Génération Ecologie) ne sont pas prêts d'oublier. Les élections régionales organisées à ce moment ont, en effet, sonné leur entrée en force dans les conseils régionaux. Quelques années plus tard, trois auteurs - un chercheur, un journaliste et une politologue - sont retournés voir ces élus verts, afin de dresser un premier état des lieux: quel a été leur parcours politique, mais aussi personnel, au cours de trois années de présence dans le cénacle parlementaire? Comment ont-ils vécu les bouleversements inhérents à leurs nouvelles responsabili...

Mars 1992: voilà une date que les écologistes français (répartis entre Les Verts et Génération Ecologie) ne sont pas prêts d'oublier. Les élections régionales organisées à ce moment ont, en effet, sonné leur entrée en force dans les conseils régionaux. Quelques années plus tard, trois auteurs - un chercheur, un journaliste et une politologue - sont retournés voir ces élus verts, afin de dresser un premier état des lieux: quel a été leur parcours politique, mais aussi personnel, au cours de trois années de présence dans le cénacle parlementaire? Comment ont-ils vécu les bouleversements inhérents à leurs nouvelles responsabilités? Les auteurs se penchent sur les Verts, leurs forces, leurs leviers d'action, leurs sentiments et leurs faiblesses avec un mélange d'intérêt scientifique et d'empathie (1). Voici quelques-unes des sources de souffrance identifiées chez ces élus qui se revendiquent atypiques. Lesquelles semblent parfaitement transposables aux mandataires écologistes belges qui se frottent, depuis peu, aux vicissitudes du pouvoir...1. La nécessité du compromis: "Entrer dans la sphère du pouvoir ne présente pas que des avantages: les écologistes ont souvent cherché à influencer les politiques régionales, donc à négocier et à passer des compromis. Mais passer des compromis qui font avancer la cause écologiste sans se compromettre est un exercice difficile auquel les jeunes pousses vert tendre n'étaient guère préparées. Ce que l'acteur principal ( NDLR: en l'occurrence, le mandataire) perçoit comme un compromis (avantageux, honorable) est souvent perçu par les spectateurs extérieurs (les adversaires politiques, certes, mais aussi les militants) comme une compromission (indigne, honteuse)." 2. La méfiance de la base: "Loin de la société, les élus souffrent aussi d'être coupés des militants de base. Chez les écologistes, (...) les malentendus et les conflits entre le groupe des élus et les membres du parti semblent plus forts que dans les autres formations politiques. D'abord parce qu'il règne chez eux une culture du soupçon à l'égard du pouvoir, des leaders et des privilèges, qui tourne à l'obsession. Les responsabilités au sein d'une organisation procurent normalement autorité et considération. Chez les écologistes, c'est le contraire: les leaders sont accusés par les militants de "vouloir faire carrière", d'aller "à la chasse au maroquin". Les leaders sont surveillés, privés de moyens administratifs et de communication et, au total, les postes à responsabilités sont peu gratifiants." 3. Les perturbations de la vie de famille: "Le plus souvent, l'élection au conseil a introduit une véritable perturbation dans la vie familiale et sociale. D'autant que la majorité d'entre eux vivent en couple marié (68 %), en union libre (19 %), et ont un à trois enfants. Il est difficile de concilier les obligations de l'élu avec la vie familiale." Des contraintes d'autant moins commodes à accepter que la famille et la qualité de la vie occupent généralement le haut de l'échelle des valeurs écologistes... I.Ph. (1) L' Ecologie au pouvoir , par Daniel Boy, Vincent Jacqes le Seigneur et Agnès Roche, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1995.