Les stars du football sont-elles de plus en plus prescriptrices de comportements?
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Les stars du football sont-elles de plus en plus prescriptrices de comportements? Il ressort des études menées sur cette question que les vedettes sont devenues des catalyseurs grâce aux réseaux sociaux qui démultiplient le partage de leur point de vue sur leurs activités sportives ou familiales. La communication de ces sportifs n'est-elle pas davantage commerciale ou festive que politique? Il est difficile de mettre un curseur sur la nature de leur communication. Un article du magazine Eddy interrogeait récemment: pourquoi les joueurs de foot mettent-ils du gel et pas les hockeyeurs? Certains sportifs sont devenus des marques. Et une coupe de cheveux offre la possibilité de se démarquer. Le contenu de la communication dépendra également des thématiques d'actualité. Aujourd'hui, la conjonction du mouvement Black Lives Matter, qui a reçu un important écho, et d'un événement majeur comme l'Euro peut donner le sentiment d'une communication très politisée. Elle est encore renforcée par la dimension globalisée de cette résonance. Peu importe le continent, beaucoup de sportifs se manifestent sur certaines questions comme celle-là. Les stars ne sont-elles pas invitées à manifester de la prudence avant d'aborder certains thèmes? Oui tout à fait. Il faut faire la distinction entre le pouvoir économique, social et politique des sportifs. C'est à leurs agents et à leur entourage de leur donner des conseils à ce propos. Ceux qui s'expriment régulièrement ont en général les ressources suffisantes pour pouvoir s'encadrer. Car les comportements individuels peuvent avoir des conséquences considérables sur l'organisation d'une compétition. Chaque athlète a son identité, ses priorités. Le monde du sport a certainement changé par rapport à l'époque où on avait tendance à réduire les footballeurs à leur condition de sportif et à considérer qu'ils n'avaient pas d'opinion à formuler sur telle ou telle question, même si les protestations contre le racisme ou les injustices ne sont pas nouvelles non plus. Elles sont peut-être plus présentes parce que les sportifs ont compris qu'ils pouvaient avoir un rôle à jouer. C'est une évolution qui démontre qu'un encadrement est absolument nécessaire auprès des athlètes et des organisations sportives. Le rapport de force entre pouvoir économique et stars du foot est-il en train d'évoluer? Il y a des risques pour toutes les entreprises qui décident de s'engager avec des athlètes. Certains d'entre eux ont une audience supérieure à la leur sur les réseaux sociaux. Ils sont devenus des célébrités à part entière. Le nombre de personnes qui les suivent sur les réseaux sociaux représente une masse extrêmement importante. De là à affirmer que le rapport de force est en train de s'inverser, c'est très difficile de le prétendre et c'est très variable entre un Cristiano Ronaldo et un footballeur de l'équipe d'Autriche qui aurait tenu des propos racistes. Comment les sportifs usent-ils de ce nouveau pouvoir? Ils l'utilisent à des fins économiques, à travers l'utilisation des marques elles-mêmes. Ils ont besoin de faire parler d'eux pour pouvoir continuer à développer cet aura et cette caisse de résonance. Plus on parlera d'eux, plus ils pourront capitaliser sur leur image afin de signer des contrats de sponsoring. A côté de l'aspect économique, les sportifs sont des personnes comme vous et moi avec des revendications et des attentes par rapport à des questions sociétales, environnementales... Ils cherchent à capitaliser sur le nombre de personnes qui les suivent pour pouvoir faire passer des messages. Ainsi, des basketteurs, issus de milieux défavorisés, privilégieront des actions de philanthropie en créant des écoles ou en finançant des clubs de sport. L'exemple de Kylian Mbappé est éloquent. Il a suffi que le président français Emmanuel Macron le lui demande pour qu'il réalise une pub pour le vaccin contre la Covid.