Le Vif/L'Express : Que révèle l'affaire Trullemans, pour vous ?

Andrea Rea : La tendance d'une partie de la population à vouloir se sentir davantage en sécurité entre gens qui se ressemblent dans un monde de plus en plus insécurisant, à cause de la crise, de la mondialisation... On retrouve aujourd'hui la même logique que dans les années 1930, même si le contexte n'est pas le même et s'il n'y a pas de lien direct entre islamophobie et antisémitisme : on reprochait aux Juifs d'être là, alors qu'ils avaient toujours été là. Cela correspond à des moments de crispation où l'entre soi se renforc...

Andrea Rea : La tendance d'une partie de la population à vouloir se sentir davantage en sécurité entre gens qui se ressemblent dans un monde de plus en plus insécurisant, à cause de la crise, de la mondialisation... On retrouve aujourd'hui la même logique que dans les années 1930, même si le contexte n'est pas le même et s'il n'y a pas de lien direct entre islamophobie et antisémitisme : on reprochait aux Juifs d'être là, alors qu'ils avaient toujours été là. Cela correspond à des moments de crispation où l'entre soi se renforce. Les internautes qui s'expriment critiquent le ronronnement politique. Ils considèrent qu'on ne les écoute plus ou qu'on ne tient pas compte de ce qu'ils pensent. Ils pointent un groupe de la population qui pose problème. Et ce groupe en pose, il ne faut pas le nier. Mais il existe des problèmes au moins aussi importants dans la société : les inégalités sociales, la fraude fiscale, le recours aux paradis fiscaux... Or on préfère nommer ceux qui sont les plus visibles. Aujourd'hui, on dénonce certes les traders fous et les évadés fiscaux, mais c'est récent. Sur une longue période, la permanence de la critique n'est pas la même que vis-à-vis des populations d'origine étrangère. Et pourtant, qui pose le plus problème ? Oui, ils accroissent l'entre soi. On y choisit ses amis, on s'assemble entre gens qui se ressemblent sociologiquement. Les groupes sociaux ne se mélangent pas sur Facebook, en particulier en période de crise. On sent qu'à gauche, il y a des difficultés à parler des questions d'intégration. Mais aussi de discrimination, notamment à l'embauche. Il existe bien une loi qui réprime cette pratique, mais pas de politique pour lutter efficacement contre les employeurs discriminant. Or on sait qu'une loi ne suffit pas. L'intégration et la discrimination sont deux sujets indissociables. Si on a peur de parler d'intégration à gauche, pourquoi ne fait-on rien ou presque, à gauche comme à droite, contre la discrimination à l'embauche ? On a utilisé le qualificatif de raciste à tort et à travers. Il existe aujourd'hui une " racialisation " des rapports sociaux. C'est vrai entre Flamands et Wallons, par exemple. On réduit l'autre à l'une de ces étiquettes. Cette racialisation n'est pas forcément du racisme, en tout cas au sens où l'entendait la philosophe Hannah Arendt, soit la dénégation de l'appartenance d'une personne à l'humanité. Trop généraliser la question du racisme est dangereux. Oui, parce que les crispations désintègrent l'idée de communauté nationale, politique ou civique. Cela crée des tensions entre groupes. C'est la porte ouverte au populisme qui défend l'idée de groupe homogène. ENTRETIEN : TH.D.