Par le canal de 870 000 fonctionnaires, l'Etat est le plus grand employeur. Par la sécurité sociale et une série d'institutions publiques de crédit, il gère en grande partie notre épargne. Par la fiscalité, il utilise nos revenus. Par l'industrie, par la politique de subsides à l'économie et par les lois d'expansion, il dirige nos entreprises. Par le monopole de la radio et de la télévision, il est notre informateur. Par la politique d'enseignement, il est notre pédagogue. Par la politique culturelle, il satisfait maintenant nos aspirations immatérielles. " C'en es...

Par le canal de 870 000 fonctionnaires, l'Etat est le plus grand employeur. Par la sécurité sociale et une série d'institutions publiques de crédit, il gère en grande partie notre épargne. Par la fiscalité, il utilise nos revenus. Par l'industrie, par la politique de subsides à l'économie et par les lois d'expansion, il dirige nos entreprises. Par le monopole de la radio et de la télévision, il est notre informateur. Par la politique d'enseignement, il est notre pédagogue. Par la politique culturelle, il satisfait maintenant nos aspirations immatérielles. " C'en est trop, pour l'homme qui conclut ainsi sa litanie par une sentence sans appel : " Ce ne peut être que l'Etat qui est la cause de nos difficultés " (1). Ainsi parlait Guy Verhofstadt en prenant, à 29 ans, les commandes du parti libéral flamand, alors baptisé PVV. 1982 marquera le début de " la fin de la particratie ", assène alors le nouveau président. Les propos ont certes perdu de leur fraîcheur. Depuis, tant d'eau a coulé sous les ponts de la privatisation et du recul étatique. L'ancien Premier ministre, aujourd'hui paré du titre de " sauveur de la Nation ", a presque réussi à faire oublier le " Baby Thatcher " qu'il a été dans une vie antérieure. A effacer le souvenir de l'auteur, entre 1991 et 1994, des Burgermanifesten qui sonnaient la charge contre l'appareil d'Etat et les " zuilen ", ces piliers (syndicats, mutuelles, etc.) accusés d'avoir " confisqué " le pouvoir. Le " grand bleu " voulait " casser le conglomérat travailliste des groupes d'intérêt aujourd'hui au pouvoir ", et remettre le citoyen au centre d'une démocratie directe. Ce langage doit tinter comme une musique douce aux oreilles des Aernoudt, Dedecker et autres radicaux du libéralisme d'aujourd'hui. La filiation est évidente : " Nous sommes dans la lignée de l'aile doctrinaire des partis libéraux : rejet des groupes de pression, instauration du bouclier fiscal, limitation dans le temps des allocations de chômage, etc. ", rappelle le politologue des Facultés universitaires Saint-Louis, Olivier Paye. Ce discours radical s'adoucit lorsque la famille libérale doit se plier aux contraintes des participations gouvernementales. Il emprunte alors d'autres voies, plus extrémistes ou populistes, pour retrouver une vigueur accrue au sein de trublions, de formations ou de dissidences foncièrement droitières et anti-establishment. Aujourd'hui, Rudy Aernoudt, la Lijst Dedecker, la N-VA et le Vlaams Belang dans sa dimension socio-économique. L'UDRT-RAD, à la charnière des années 1970 et 1980. Mais aussi l'éphémère liste de Jean-Pierre Van Rossem, cet ex-gourou de la finance condamné pour malversation mais qui avait été élu à la Chambre en 1991 avec deux acolytes sur un fumeux programme aux accents libertaires. (1) Serge Govaert, Du PLP-PVV au VLD, Courrier hebdomadaire du Crisp, 1995. P. Hx