Les députés ont repris le collier, les moulins à paroles ont repris du service, les machineries parlementaires du pays se remettent à tourner à plein régime. Tout le monde à son poste, à commencer par celles et ceux qui, en coulisse, sont chargés de garder le plus fidèlement possible toute trace écrite de ce qui se dit et se débat entre ministres et parlementaires, à longueur de séances plénières ou de réunions de commission. Sans rien perdre non plus des applaudissements, protestations, interjections ou interruptions qui en font aussi le sel et méritent, à ce titre, d'être scrupuleusement consignés noir sur blanc.
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Les députés ont repris le collier, les moulins à paroles ont repris du service, les machineries parlementaires du pays se remettent à tourner à plein régime. Tout le monde à son poste, à commencer par celles et ceux qui, en coulisse, sont chargés de garder le plus fidèlement possible toute trace écrite de ce qui se dit et se débat entre ministres et parlementaires, à longueur de séances plénières ou de réunions de commission. Sans rien perdre non plus des applaudissements, protestations, interjections ou interruptions qui en font aussi le sel et méritent, à ce titre, d'être scrupuleusement consignés noir sur blanc. Sacré boulot, travail harassant dont témoigne Serge Model, directeur du compte-rendu analytique de la Chambre, dans un Courrier du Crisp consacré à cette petite armée des ombres, à ces quelque cent cinquante personnes, tous parlements confondus, enrôlées dans ce qui s'apparente à "une chaîne de montage fonctionnant à flux tendu, dans laquelle tout grain de sable peut entraîner un retard conséquent" et où le droit à l'improvisation et à l'approximation ne sont pas permis. Les comptes-rendus parlementaires, rappelle l'auteur de la publication, "font pour ainsi dire office de procès-verbaux autorisés des délibérations, ils concourent à éclairer l'intention du législateur et à interpréter la norme votée par celui-ci ; enfin, ils contribuent à préserver la mémoire des débats politiques". Un trésor pour juristes et historiens, une mine pour le citoyen curieux de découvrir la prise de position de ses élus, un incontournable en régime de démocratie représentative qui ne peut se concevoir sans publicité des débats. Les cadences peuvent se révéler infernales dans ces fabriques de comptes- rendus parlementaires. On y exige beaucoup de leur personnel: "Outre d'excellentes capacités rédactionnelles, une grande disponibilité et une forte endurance mentale (par exemple face aux séances de nuit), une large culture générale, une bonne connaissance des institutions et un intérêt pour l'actualité de même qu'un esprit d'équipe et une solidarité à toute épreuve." Les "poignettistes" d'autrefois, convertis à l'ère audio-informatico-numérique, soumis, eux aussi, à la logique du "faire toujours plus avec moins", ont passablement souffert d'une crise sanitaire qui a libéré à ce point la parole parlementaire qu'elle a fait exploser la charge de travail des services "parfois jusqu'aux confins de ce que le personnel estime supportable", relève Serge Model. Malaise que certains sont tentés de mettre à profit pour réduire la main de l'homme dans le travail de transcription des débats et y introduire l'intelligence artificielle et ses systèmes de reconnaissance vocale. Sauf qu'un compte-rendu parlementaire de qualité ne se laisse pas facilement dompter. Comme l'a confié à Serge Model un rédacteur de la Chambre, "le problème de ces programmes est qu'ils ne conviennent généralement que pour un nombre limité d'orateurs" dont ils sont à même de reconnaître les voix. Impossible à ce stade pour les nouvelles technologies de saisir la savoureuse diversité des accents régionaux ou de capter les multiples incidents de séance riches en gestuelle. Le parlement flamand a sauté le pas en 2018 pour faire rapidement machine arrière, faute d'essai concluant. Le "poignettiste" n'a pas encore dit, ni écrit, son dernier mot.