La comparaison se révèle cruelle. Jusqu'au milieu des années 1990, les Belges étaient encore à égalité avec leurs voisins néerlandais : ils pouvaient même se targuer d'un niveau de bien-être supérieur et couraient moins de risques de basculer dans la pauvreté. Une grosse décennie plus tard, changement radical de décor : les Néerlandais sont largement en tête et les Belges se sont précarisés. Comprenne qui pourra : deux petites économies ouvertes sur le monde, confrontées aux mêmes revirements de la conjoncture internationale et rompues à une tradition semblable de concertation sociale, connaissent des fortunes variées. Sans aller jusqu'à creuser les raisons de cette évolution, une étude universitaire flamande (1) porte le fer dans la plaie. Et ce sont surtout Bruxelles et la ...

La comparaison se révèle cruelle. Jusqu'au milieu des années 1990, les Belges étaient encore à égalité avec leurs voisins néerlandais : ils pouvaient même se targuer d'un niveau de bien-être supérieur et couraient moins de risques de basculer dans la pauvreté. Une grosse décennie plus tard, changement radical de décor : les Néerlandais sont largement en tête et les Belges se sont précarisés. Comprenne qui pourra : deux petites économies ouvertes sur le monde, confrontées aux mêmes revirements de la conjoncture internationale et rompues à une tradition semblable de concertation sociale, connaissent des fortunes variées. Sans aller jusqu'à creuser les raisons de cette évolution, une étude universitaire flamande (1) porte le fer dans la plaie. Et ce sont surtout Bruxelles et la Wallonie qui souffrent. Lacroissance économique. Depuis le milieu des années 1990, elle a offert deux visages : davantage en dents de scie aux Pays-Bas ; moins volatile mais aussi moins dynamique en Belgique. Lebien-être global. Le Hollandais moyen s'en sort mieux que son alter ego belge. Ce n'était pas nécessairement le cas au milieu des années 1990. A l'époque, le PIB par habitant en Belgique dépassait celui des Pays-Bas. Depuis, le vent a complètement tourné : " En 2007, les Pays-Bas étaient le troisième pays le plus "riche" de l'Union européenne (après l'Irlande et le grand-duché de Luxembourg) alors que la Belgique figurait en septième position. " L'emploi et le chômage. Forte baisse du chômage, hausse soutenue de l'emploi : la trajectoire du marché du travail hollandais s'avère remarquable depuis le début des années 1980. Même les moins qualifiés en ont bénéficié. En revanche, le bilan est moins rose chez nous : encourageante, la performance enregistrée a été sensiblement plus modeste et les progrès ont été plus limités. Le chômage des jeunes et celui de longue durée frappent toujours fortement les Belges. Seul l'emploi des plus âgés tend à s'améliorer. " Mais le pays présente une hausse inquiétante du nombre d'enfants vivant dans des foyers sans emploi. " Le temps partiel. Il est très répandu aux Pays-Bas. En revanche, en termes d'équivalents temps plein, les Néerlandais perdent leur leadership et se situent sous la moyenne des Vingt-Sept. En 2007, un peu moins de la moitié des travailleurs bataves (46,2 %) bossaient à temps partiel ; en Belgique, on en compte moins d'un quart (en 2007, 22,2 % de temps partiel). En tout cas, les Hollandais, y compris les hommes (plus nombreux que les femmes à opter pour cette formule), se disent plutôt satisfaits de leur sort. Chez nos voisins, la part des temps partiels involontaires n'a jamais dépassé 6 %. Le taux d'insatisfaction, par contre, est supérieur chez nous : en 2007, 13,6 % des femmes, plus nombreuses à travailler à temps partiel que les Hollandaises, se déclaraient mécontentes. Les contrats à durée déterminée sont aussi plus fréquents aux Pays-Bas (18 % des travailleurs en 2007) qu'en Belgique (8,6 %). Le risque de pauvreté. Le Belge, surtout s'il est non actif, est plus menacé que son voisin batave. En 2006, à peine 10 % des Néerlandais vivaient avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté relative : pour ce critère, les Pays-Bas se classaient en tête du palmarès européen. La même année, 15 % des Belges se trouvaient dans cette situation précaire. Quelle que soit la tranche d'âge, les Néerlandais sont moins exposés. Même chez les non-actifs, les 65 ans et plus, ils ne sont " que " 6 % à courir un risque de pauvreté en Hollande, pourà 23 % en Belgique. Bruxelles et la Wallonie, les plus mal loties. Depuis le milieu des années 1990, nos performances socio-économiques trahissent de nettes différences régionales. Elles ne sont jamais à l'avantage de la Wallonie, et moins encore de la Région bruxelloise. Dur, dur. Tim Van Rie, Sociaaleconomische uitkomsten in Nederland, België en zijn gewesten, Centre de politique sociale, université d'Anvers. Pierre Havaux