Leur voix est verte mais ça ne les empêche pas de se faire entendre dans le concert des Vingt-sept. Auparavant cantonnés au rôle d'observateurs, les lobbys verts sont devenus des interlocuteurs privilégiés pour les décideurs européens. Reconnus officiellement par la Commission européenne comme " groupes d'intérêts européens ", au même titre que leurs homologues - et adversaires - de l'industrie, les lobbys de l'environnement sont consultés systématiquement (c'est une obligation) pour toute législation qui touche de près ou de loin à la problématique environnementale. Ils arrachent d'ailleurs régulièrement des victo...

Leur voix est verte mais ça ne les empêche pas de se faire entendre dans le concert des Vingt-sept. Auparavant cantonnés au rôle d'observateurs, les lobbys verts sont devenus des interlocuteurs privilégiés pour les décideurs européens. Reconnus officiellement par la Commission européenne comme " groupes d'intérêts européens ", au même titre que leurs homologues - et adversaires - de l'industrie, les lobbys de l'environnement sont consultés systématiquement (c'est une obligation) pour toute législation qui touche de près ou de loin à la problématique environnementale. Ils arrachent d'ailleurs régulièrement des victoires : directive Reach sur le traitement des produits chimiques, directive sur la préservation des sites naturels, paquet " énergie-climat "... Dans la place depuis près de vingt ans, Tony Long, directeur du bureau européen du WWF (World Wide Fund), apprécie l'évolution à sa juste valeur : " A Bruxelles, le mouvement de défense de l'environnement s'est enclenché lors de la signature de l'Acte unique européen, en 1986, qui a intégré un chapitre sur l'environnement dans les traités, et mis sur pied le principe de précaution ", détaille-t-il. Aujourd'hui, l'émergence d'une nouvelle génération de responsables politiques facilite le travail du WWF et de ses semblables : on ne les prend plus pour des post-soixante-huitards ringards. " Dans les années 1980 et 1990, nous devions faire face à un certain manque de compréhension de la part des dirigeants. Désormais, nous ne sommes plus coincés dans des combats au jour le jour. Nous avons la capacité de mettre à l'agenda les thématiques qui nous tiennent à c£ur ", précise Tony Long. Reste que les lobbys de l'industrie, mieux outillés et plus riches, sont pléthoriques. D'après John Hontelez, du Bureau européen de l'environnement, les lobbys de l'industrie sont même cent fois plus nombreux que les ONG vertes. " Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont cent fois plus influents que nous ", assure le secrétaire général de la toute première organisation environnementale représentée au c£ur de la capitale européenne (depuis 1974). Défendre l'intérêt commun représente le principal atout des ONG environnementales, ce qui leur permet d'avoir un impact plus large que les lobbys sectoriels, focalisés sur l'industrie du papier, des produits chimiques ou de la couque de Dinant. Aujourd'hui, entre les lobbys de l'industrie et du commerce et les ONG environnementales, les rapports évoluent. Des rapprochements s'opèrent, ce qui n'est pas du goût de tout le monde. Le WWF a subi quelques critiques de la part d'autres organisations environnementales pour ses partenariats conclus avec des enseignes comme Ikea, Tetra Pack ou le constructeur Saint-Gobain. Mais Tony Long assume : " Nous ne faisons aucun compromis sur nos principes. Sur certains dossiers, il peut néanmoins y avoir convergence d'intérêts entre un industriel et une ONG environnementale. Notre partenariat avec Saint-Gobain, en France, vise, par exemple, à lutter contre l'abattage illégal en forêt, ce qui profite aux deux parties. " Quand écologie rime avec économie... G. Q.