Tantôt la colère et l'indignation, tantôt la lassitude et le fatalisme. Le tour de vis opéré par plusieurs Etats européens en raison de la nouvelle flambée de Covid-19 a lézardé un peu plus encore des sociétés déjà profondément divisées sur la question vaccinale. Avec pour conséquence le sentiment grandissant, chez les non-vaccinés, d'être désignés comme les seuls responsables de la dégradation de la situation et d'être frappés d'ostracisme. En France, un récent sondage montre en effet que 60% de la population sont favorables à un confinement limité aux non-vaccinés.
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Tantôt la colère et l'indignation, tantôt la lassitude et le fatalisme. Le tour de vis opéré par plusieurs Etats européens en raison de la nouvelle flambée de Covid-19 a lézardé un peu plus encore des sociétés déjà profondément divisées sur la question vaccinale. Avec pour conséquence le sentiment grandissant, chez les non-vaccinés, d'être désignés comme les seuls responsables de la dégradation de la situation et d'être frappés d'ostracisme. En France, un récent sondage montre en effet que 60% de la population sont favorables à un confinement limité aux non-vaccinés. Il faut dire que la rhétorique adoptée par certains politiques n'est pas de nature à calmer les esprits. Le ministre de la Santé allemand, Jens Spahn, n'y est pas allé par quatre chemins en déclarant qu'à la fin de l'hiver, chacun, ou presque, sera "vacciné, guéri ou mort". En Autriche, où un confinement de trois semaines vient de débuter, la fronde contre les restrictions ne faiblit pas. Le pays, dont le chancelier Alexander Schallenberg a qualifié le taux de vaccination de 66% de "honteusement bas", passera à partir du 1er février 2022 à l'obligation vaccinale pour tous. Aux Pays-Bas, où seuls les vaccinés et les guéris ont dorénavant accès aux bars et aux restaurants, les scènes d'émeutes se répètent. En Guadeloupe, la contestation s'exprime à travers des violences urbaines. Chez nous, alors que personne n'ose parler ouvertement de reconfinement mais que l'obligation vaccinale est sur toutes les lèvres, des manifestations contre les mesures sanitaires ont tourné à l'affrontement avec les forces de l'ordre. Des images qu'on n'avait plus vues depuis la "boum" qui avait dégénéré au bois de La Cambre. Déjà d'application pour le personnel soignant, l'obligation de se faire vacciner sera-t-elle étendue à l'ensemble de la population? Pour Alexander De Croo (Open VLD), ce serait faire preuve de "paresse politique", tandis que le MR parle de "fausse bonne idée" si la mesure n'est pas assortie de sanctions. Les socialistes, qui s'opposent à l'exclusion des soignants récalcitrants, sont favorables à la généralisation de la vaccination obligatoire. C'est aussi le cas de Frank Vandenbroucke (Vooruit). Après avoir émis des doutes, le ministre de la Santé se dit à présent convaincu qu'il s'agit de la meilleure solution. Un avis partagé également au CD&V. Chez les verts, au Nord comme au Sud, on prône une discussion franche et ouverte sur la question. Dans les rangs de l'opposition, le CDH est pour. DéFI, la N-VA et le PTB y sont opposés. Le Codeco a finalement chargé le commissaire Corona, Pedro Facon, de mettre sur la table des propositions de concertation et d'examiner les possibilités sur le plan juridique. En attendant, les syndicats ne décolèrent pas après l'annonce des sanctions à l'encontre des soignants non vaccinés. "Si l'objectif est d'amener à un taux de vaccination de 100%, nous ne sommes pas convaincus que c'est le meilleur moyen car nous voyons que nous perdons des collègues. C'est ça, notre problème. Nous nous posons la question de comment nous pourrons assurer la sécurité des patients si nous n'avons pas de professionnels sur le terrain formés, compétents et respectant l'ensemble des règles d'hygiène hospitalière", a fustigé la secrétaire fédérale du Setca non marchand, Nathalie Lionnet. Difficile, dans un tel climat, d'imaginer un retour à la sérénité dans les prochains jours.