De la maison Belgique, il a visité toutes les pièces, ou presque. Au cours de sa vie politique, François-Xavier de Donnea a notamment été chef de cabinet, sénateur, ministre de la Défense, ministre-Président bruxellois et bourgmestre de Bruxelles. Il est aujourd'hui député fédéral, à 72 ans. Ce libéral bon teint, régulièrement moqué pour ses manières de grand bourgeois, s'exprime avec le franc-parler de ceux qui n'ont plus rien à perdre ni à prouver.
...

De la maison Belgique, il a visité toutes les pièces, ou presque. Au cours de sa vie politique, François-Xavier de Donnea a notamment été chef de cabinet, sénateur, ministre de la Défense, ministre-Président bruxellois et bourgmestre de Bruxelles. Il est aujourd'hui député fédéral, à 72 ans. Ce libéral bon teint, régulièrement moqué pour ses manières de grand bourgeois, s'exprime avec le franc-parler de ceux qui n'ont plus rien à perdre ni à prouver. François-Xavier de Donnea : Ce serait un drame pour les Belges que le MR soit dans l'opposition. Parce que les coalitions de type Olivier n'ont quand même pas été les meilleures gestionnaires des intérêts bruxellois et wallons. Je pense que ces coalitions PS-Ecolo-CDH ont surtout été handicapées par le fétichisme idéologique des écologistes. Ce sont des gens néfastes. A Bruxelles, on a bien vu le problème de la 4G. Chez moi, j'ai des coupures sur mon GSM, alors que j'habite au bout de l'avenue Louise. Les gens de mon quartier se plaignent de la mauvaise qualité des connexions Internet. Tout ça parce qu'à cause des écolos, on a tardé à renforcer la puissance des réseaux. En matière de mobilité, la politique, c'est une catastrophe. Au lieu de développer les transports en commun, par exemple en construisant de nouvelles lignes de métro, on a pris des mesures d'interdiction des automobiles. Conséquence : les gens ne viennent plus à Bruxelles. Celui qui profite le plus des bêtises des écolos, c'est Serge Kubla, le bourgmestre de Waterloo. Ou les bourgmestres de Kraainem et Wezembeek, qui voient fleurir les commerces sur leur commune. Ces bourgmestres de la périphérie doivent brûler un cierge tous les matins à Evelyne Huytebroeck. La politique écolo à Bruxelles n'a transféré personne vers les transports en commun, mais elle a chassé des gens en dehors de Bruxelles et elle a découragé de nombreux citoyens d'encore venir faire leurs courses à Bruxelles. C'est un homme sérieux, travailleur, qui a de vraies ambitions pour Bruxelles. L'avenir dira quels sont les résultats de son action. Mais je ne vais pas faire le procès d'un homme qui vient de prendre ses fonctions. Je suis bien placé pour savoir que Bruxelles est une région ingrate à gérer. Toutes les grandes variables qu'il faut activer pour résoudre les problèmes bruxellois dépendent soit de l'Etat fédéral, voire même de l'Europe, soit des communes... Prenez les politiques migratoires : s'il y a un afflux d'immigrés illégaux à Bruxelles, ce n'est quand même pas la faute du ministre-Président. Il faut laisser aux communes une série de tâches de proximité, comme l'aide sociale, l'état civil ou la propreté publique. En revanche, toutes les décisions stratégiques en matière d'urbanisme et de mobilité devraient remonter vers la région. Quand j'ai octroyé les derniers permis de bâtir pour la construction du Parlement européen, la commune d'Ixelles a bloqué le dossier pendant deux ans car un échevin exigeait des latrines publiques dans l'ancienne gare du quartier Léopold. Je ne veux plus qu'une commune puisse bloquer une décision stratégique de la région. Je pense par ailleurs que l'enseignement technique doit être transféré aux régions. Les communautés - flamande et française - ont aussi lourdement échoué à Bruxelles en matière d'enseignement. Si on veut résoudre l'énorme problème du chômage des jeunes, il faut que les écoles techniques travaillent en symbiose avec l'industrie, comme en Allemagne. Et il faut transférer une partie de l'enseignement secondaire, et peut-être aussi primaire, vers les régions. Que les deux grands partis, PS et MR, gèrent ensemble la région, je pense que ce serait effectivement le plus logique. Aura-t-on une majorité pour gouverner à deux ? Y aura-t-il les affinités nécessaires ? Je n'en sais rien, mais je l'espère. Non, c'est pire. Au centre-ville, c'est épouvantable. Le Lonely Planet, un guide de référence, a énuméré toutes les merveilles du monde. Eh bien, parmi les 10 plus belles places du monde, il conseille d'aller voir la Grand-Place d'Anvers plutôt que celle de Bruxelles. C'est un désaveu terrible pour les socialistes et les sociaux-chrétiens qui ont géré la ville de 2001 à 2012. Lorsqu'une ville est sale, c'est bien sûr parce qu'une partie de la population manque de civisme. Mais c'est aux pouvoirs publics de lutter contre cet incivisme. Quand j'étais bourgmestre, j'ai fait disparaître tout l'affichage sauvage. Aujourd'hui, si vous allez le week-end à la Grand-Place, vous voyez des poubelles partout, des gens vautrés par terre en train de manger. Quand j'étais bourgmestre, j'interdisais aux gens de se vautrer par terre. Aujourd'hui, tout est permis. Moi, je suis très satisfait de la politique de Maggie De Block. Je crois que c'est surtout elle qui remet de l'ordre dans la maison, concernant l'immigration illégale. Elle fait du bon travail, et contrairement à ce que certains disent, elle le fait de façon humaine. Elle parle beaucoup. Il faut une immigration ! On ne peut pas s'en passer, vu les tendances démographiques de l'Europe. Le problème, c'est que nous n'avons pas été capables de procéder à une immigration choisie, comme au Canada, aux Etats-Unis ou en Nouvelle-Zélande. Ces pays ont pu attirer chez eux des gens qui avaient des qualifications utiles. Je pense qu'on devrait aller en Europe vers une immigration de ce type, et limiter au maximum du techniquement possible l'immigration illégale. Il faut faire en sorte que ceux qui viennent chez nous soient des gens dont on a besoin. Moi, je m'en fous qu'on écoute mes conversations téléphoniques si ça m'évite de sauter sur une bombe. De toute façon, les honnêtes gens, ce n'est pas eux qu'on écoute... Entretien : François Brabant