D'abord, savourer les joies que les Diables nous ont procurées. Qu'un pays fantôme de 11 millions d'habitants accède à la demi-finale du Graal suprême du sport le plus populaire au monde et en sorte avec les honneurs après avoir auparavant terrassé le Brésil, favori du tournoi, c'est simplement bon. En vérité, chaque étape du parcours des Diables Rouges à ce Mondial russe aura révélé un atout de l'équipe de Roberto Martinez : la persévérance face aux Panaméens, la puissance offensive contre les Tunisiens, l'audace de la jeunesse devant les Anglais, la maturité dans l'adversité imposée par les Japonais, la solidité tactique opposée aux Brésiliens... Autant de réussit...

D'abord, savourer les joies que les Diables nous ont procurées. Qu'un pays fantôme de 11 millions d'habitants accède à la demi-finale du Graal suprême du sport le plus populaire au monde et en sorte avec les honneurs après avoir auparavant terrassé le Brésil, favori du tournoi, c'est simplement bon. En vérité, chaque étape du parcours des Diables Rouges à ce Mondial russe aura révélé un atout de l'équipe de Roberto Martinez : la persévérance face aux Panaméens, la puissance offensive contre les Tunisiens, l'audace de la jeunesse devant les Anglais, la maturité dans l'adversité imposée par les Japonais, la solidité tactique opposée aux Brésiliens... Autant de réussites qui ne peuvent que fortifier les Hazard, Lukaku, De Bruyne, Kompany, Courtois... et leurs héritiers. Mieux encore, en refusant de s'économiser face aux Anglais et de forcer un parcours de qualification plus abordable, les Diables Rouges ont bâti les fondements d'une équipe incroyablement soudée et friande de panache. Ensuite, se réveiller plus forts mais pas naïfs. L'euphorie qui a habité la Belgique depuis la remontada contre le Japon n'apportera qu'une embellie marginale au pays, économiquement et politiquement. L'exceptionnel professionnalisme dont la fédération belge de football a fait preuve lors de ce tournoi et l'éclairage que celui-ci a jeté sur les centres de formation de notre pays ne feront pas oublier que la Belgique s'est révélée incapable de proposer un stade en mesure d'accueillir des matchs du championnat d'Europe organisé dans 13 villes du continent pour les 60 ans de l'UEFA. La remarquable unité que les Diables ont affichée, entre Flamands, Wallons, Bruxellois, Belges issus de l'immigration n'occultera pas les tensions communautaires récurrentes et la nouvelle montée des extrémismes que l'agression raciste d'Anderlues le 2 juillet contre une jeune fille musulmane a dangereusement mise en évidence. Dans Football, récit sur quelques éditions de la Coupe du monde paru en 2015, l'écrivain belge Jean-Philippe Toussaint jugeait que " le football permet d'être, non pas nationaliste [...], et pas même patriote, mais chauvin, j'entends par là un nationalisme pas dupe, au deuxième degré, ou [...] pour tout dire, un nationalisme enfantin, de l'ordre d'une vantardise primaire, une fanfaronnade euphorique et gamine ". Cette belgitude-là ne fait sans doute pas peur aux nationalistes exclusifs à la Bart De Wever. Elle n'interdit pas de supporter les Diables et de voter N-VA. Et elle n'empêchera pas demain le parti nationaliste flamand d'éventuellement additionner les succès électoraux. Mais le chauvinisme inspiré d'un exploit sportif aussi fédérateur ne peut également que conforter ceux qui estiment, même s'ils y ont un jour songé, qu'une séparation de la Belgique est contre- productive, trop compliquée, inutile, idiote... D'autant que l'équipe nationale, aussi plurielle sur le terrain que dans son encadrement (entraîneur espagnol, premier adjoint anglais, deuxième français), a prouvé face aux impressionnants défis qu'elle devait affronter qu'elle pouvait apporter, hormis contre la France, des solutions tantôt pragmatiques, tantôt audacieuses. Et si une Belgique plus fière, plus conquérante et plus efficace émergeait de cette belle aventure ?