Tout, il faudrait tout oublier. Pourquoi pas? L' enfant terrible de l'art contemporain britannique Damien Hirst débarque la bouche en coeur à la Fondation Cartier, à Paris, pour y présenter des... cerisiers en fleurs. Oubliées les frasques - veaux dans le formol et autres trésors mégalomanes exhumés d'une pseudo-épave -, désormais l'ex-YBB - pour Young British Artist - succombe à l'hanami, ce goût japonais de la contemplation des fleurs de ceris...

Tout, il faudrait tout oublier. Pourquoi pas? L' enfant terrible de l'art contemporain britannique Damien Hirst débarque la bouche en coeur à la Fondation Cartier, à Paris, pour y présenter des... cerisiers en fleurs. Oubliées les frasques - veaux dans le formol et autres trésors mégalomanes exhumés d'une pseudo-épave -, désormais l'ex-YBB - pour Young British Artist - succombe à l'hanami, ce goût japonais de la contemplation des fleurs de cerisiers, les célèbres sakuras. Que faut-il penser de ce retour à la peinture? Chacun se fera son opinion: opportuniste ou talentueux. Il faut aussi admettre - nombreux sont ceux qui l'ont écrit - que l'artiste n'est jamais là où on l'attend. Mais peut-être n'est-ce pas le constat le plus intéressant à faire. Tout comme Vermeer qui, dans la célèbre Vue de Delft, livrait en creux une toile autobiographique - notamment parce que l'oeil pouvait embrasser dans le même mouvement l'Oude et la Nieuwe Kerk de la ville natale de l'intéressé, soit respectivement le lieu où le peintre fut baptisé et celui où allait reposer sa dépouille - celui qui a frappé les esprits en donnant à voir A Thousand Years (1990), une tête de vache sanglante agacée par des milliers de mouches bien vivantes, nous parle de lui.C'est que le fléau du temps qui passe s'est abattu sur lui, patine corrosive dont la substance est l'essence même de nombre de ses oeuvres. Exit le jeune homme rigolard des débuts que l'on voyait sourire à côté de la tête d'un macchabée, Damien Hirst n'a plus envie de se teindre les cheveux en bleu. Envolé également, le punk radical qui répétait à qui voulait l'entendre que s'échappait des musées un insupportable dead feeling, parfait parfum de putréfaction. "C'est arrivé sans prévenir, je me rends compte que j'ai vieilli et que, quand je me retourne, il y a une histoire. Derrière tout ce que j'ai fait, il y a un sens... ce que je n'aurais jamais cru. Pour être très honnête, il y a des choses dont je suis fier mais également de la m... C'est comme ça, c'est la vie, je ne pense pas que qui que ce soit échappe à ce genre de constat", nous a-t-il un jour confié au septième étage d'un petit bureau de la Tate Modern, à Londres.