La colonie belge de Dubaï (les services diplomatiques recensent environ 2 000 expatriés dans le coin) se donne rendez-vous au bar du Novotel WTC le premier lundi de chaque mois. Au menu : Stella, amuse-gueule et même frites-mayonnaise. Les premiers invités arrivent au compte-gouttes. Verre à la main, ils commentent la percée locale d'InBev et d'un large panel de bières belges. Peu à peu, l'assemblée grossit, francophones et Flamands se saluent dans les deux langues sans que deux clans se forment. Ouf ! On parle affaires, famille et actualité... On évoque aussi la question des loyers dans les Emirats arabes unis. " Je suis propriétaire d'un bel appartement près de la marina. Je le louais encore 220 000 dirhams [NDLR, 45 440 euros] par an il y a deux ans. Aujourd'hui, j'ai dû accepter de descendre à 130 000 dirhams [NDLR : 23 340 euros] pour trouver locataire... Cela vous éclaire sur l'effet local de la crise sur l'immobilier résidentiel. On construit une tour juste en face, c'est vrai. Mais ça n'explique pas une décote pareille. Il y a tellement d'offres que les prix sont bradés. Heureusement, je l'avais acheté à un prix acceptable, donc je ne m'en sors encore pas trop mal... ", commente Carine Vannieuwenhuyze, une pharmacienne débarquée il y a quatre ans en provenance de Nouvelle-Zélande, reconvertie à Dubaï en tant que lifestyle consultant...
...

La colonie belge de Dubaï (les services diplomatiques recensent environ 2 000 expatriés dans le coin) se donne rendez-vous au bar du Novotel WTC le premier lundi de chaque mois. Au menu : Stella, amuse-gueule et même frites-mayonnaise. Les premiers invités arrivent au compte-gouttes. Verre à la main, ils commentent la percée locale d'InBev et d'un large panel de bières belges. Peu à peu, l'assemblée grossit, francophones et Flamands se saluent dans les deux langues sans que deux clans se forment. Ouf ! On parle affaires, famille et actualité... On évoque aussi la question des loyers dans les Emirats arabes unis. " Je suis propriétaire d'un bel appartement près de la marina. Je le louais encore 220 000 dirhams [NDLR, 45 440 euros] par an il y a deux ans. Aujourd'hui, j'ai dû accepter de descendre à 130 000 dirhams [NDLR : 23 340 euros] pour trouver locataire... Cela vous éclaire sur l'effet local de la crise sur l'immobilier résidentiel. On construit une tour juste en face, c'est vrai. Mais ça n'explique pas une décote pareille. Il y a tellement d'offres que les prix sont bradés. Heureusement, je l'avais acheté à un prix acceptable, donc je ne m'en sors encore pas trop mal... ", commente Carine Vannieuwenhuyze, une pharmacienne débarquée il y a quatre ans en provenance de Nouvelle-Zélande, reconvertie à Dubaï en tant que lifestyle consultant... Autour des tables hautes et des bières fraîches, pas mal de patrons locaux, actifs notamment dans l'imagerie médicale, l'épuration des eaux, la météorologie, le transport de marchandises (logistique) ou l'ingénierie . Ce petit monde, s'il dit vivre sans difficultés majeures son dépaysement en bord de Golfe, famille comprise, avoue néanmoins avoir ressenti l'effet de la crise. Des centaines d'expatriés sont partis sans prévenir, mais ceux qui restent pensent que le plus dur est derrière eux. Les affaires reprennent et les centaines d'hôtels, désertés durant des mois, retrouvent un peu d'animation. On attend avec impatience ou curiosité, selon son secteur d'activité, la haute saison touristique, de septembre à avril. Pour Pierre Annoye, le représentant local de l'Awex (Agence wallonne à l'exportation), officiellement rattaché à la section économique et commerciale de l'ambassade de Belgique avec le titre de trade commissioner, le tableau serait moins rose qu'il n'y paraît. Pas mal de Belges, hier encore actifs dans le bâtiment et les services afférents, ont plié bagage ces derniers mois ou ont, à tout le moins, réduit la voilure. " Pour l'instant, c'est plutôt à Oman qu'il y a des marchés à prendre. Autant à Dubaï, la concurrence internationale est encore devenue plus rude avec la crise, autant là-bas, ils pleurent après les offres de services. " A 150 kilomètres de là par la voie rapide à douze bandes de circulation, les choses sont à la fois liées et différentes. " Abu Dhabi comptait encore quelque 8 000 chambres d'hôtel il y a à peine trois ans. Aujourd'hui, on est proche du double. Et l'an prochain, on dépassera les 20 000. Au centre-ville, on va ouvrir un " paquebot " de 900 chambres. Sur l'île de Yas, celle du nouveau circuit de formule 1, qui sera inauguré à l'automne, on annonce une dizaine d'hôtels. Quatre ont été ouverts l'an dernier, dont le Yas Hotel, qui offre 500 chambres surplombant le circuit. Sur l'île aux musées, celle de Saddyiat, on annonce plus de dix hôtels également. C'est de la folie... ", commente un habitué des Emirats, qui a vu exploser les projets touristiques depuis cinq ans. " On lance trop de projets simultanément, au même endroit, là où il n'y avait encore rien voici cinq ans à peine, poursuit-il. Il faudra les remplir, tous ces hôtels. Et là, la politique de communication locale n'est pas au top. On voit d'ailleurs les hôtels de luxe casser les prix les uns après les autres. En été, il n'est pas rare qu'ils chutent de plus de 50 %. Ce printemps, à Abu Dhabi, on pouvait dormir dans le 5 étoiles du circuit pour moins de 100 euros la nuit pour deux personnes. Et à Dubaï, ça a encore été pire, pendant la crise. On y dépasse allègrement les 70 000 chambres d'hôtel. Mais on dit accueillir quelque 15 millions de visiteurs par an. Ce n'est guère le cas actuellement à Abu Dhabi. "Pour les visiteurs occasionnels, la capitale des Emirats arabes unis se métamorphose à vue d'oeil. C'est sans doute, avec Shanghai, le plus grand chantier immobilier permanent. En bordure du golfe Persique, on repousse régulièrement la corniche côtière pour y bâtir des tours de plus en plus grandes. La dernière en date s'élève à 368 mètres ; elle a ainsi décroché le titre de " plus haute tour résidentielle du monde ". Elle est l'£uvre de sir Norman Foster, l'architecte anglais que toutes les villes de demain s'arrachent à prix d'or. C'est que, dans le plus riche des émirats, celui qui dispose des plus importantes réserves de pétrole et de gaz au monde proportionnellement à sa superficie (quelque 10 % du total, dit-on), les dirigeants comptent et ont sans aucun doute de quoi s'offrir le meilleur, le plus rare et le plus cher ! Qu'il s'agisse de dessiner une tour, un golf, un circuit de formule 1, un parc d'attractions, un complexe hôtelier, un musée ou un pont, on ne lésine ni sur les moyens ni sur les objectifs. Pour les plus grands architectes et ingénieurs du monde, c'est donc forcément à Abu Dhabi que cela se passe. Plus encore qu'à Dubaï où, à côté d'ouvrages d'art remarquables, on trouve, succès et spéculation aidant, des abominations architecturales au look " carton-pâte ". " La crise a stoppé net le tourisme local l'an dernier, explique un Belge, cadre dans une importante entreprise locale. Certains hôtels avaient des taux d'occupation intenables, sous la barre des 10 %. Heureusement, ça semble reprendre rapidement. Tout dépend de l'essor touristique. Si la pompe se désamorce, ça fait mal très vite et très fort. L'an dernier, Dubaï a quasi perdu la moitié de sa population : tous les expatriés, asiatiques pour la plupart mais aussi européens, qui travaillaient dans l'immobilier, l'Horeca ou les services qui y sont liés ont été remerciés. La plupart des gens, ici, n'ont de permis de séjour que pour la durée du contrat, toujours déterminée. "Pour réamorcer la pompe, Dubaï a pu compter sur l'intervention financière massive et rapide de son riche voisin, Abu Dhabi... qui, au passage, lui a raflé son fleuron à quelques jours de la fête nationale : Burj Khalifa, la tour la plus haute du monde (828 mètres). Le prix à payer, outre la propriété des murs : un changement de nom consenti trois semaines avant l'inauguration. Le cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan, actuel président des Emirats arabes unis et dirigeant d'Abu Dhabi, est venu au secours de son voisin, le cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, alors en manque de liquidités. Mais pour payer les traites à court terme de son allié et éviter une banqueroute générale, il y a mis des conditions, économiques et légales. Si les acteurs belges qui participent au succès de Dubaï et d'Abu Dhabi sont en nombre à l'échelle de notre petit pays, leur présence est souvent pointue et déterminante. Champion toutes catégories, déjà présent depuis près de 45 ans, Six Construct (Besix) a le vent en poupe. La Burj Khalifa, le dernier chantier pharaonique à sa boutonnière, lui a ouvert toutes grandes les portes très étroites du marché des projets hors catégorie. En quelques mois et en pleine crise, Besix vient d'engranger pour près de 3,7 milliards d'euros de commandes. Et si tout se passe bien, les trois années à venir seront sans précédent. Perdu dans le quartier industriel d'Al Quoz, dans les faubourgs de Dubaï, avec pour seul repère les engins de chantier frappés du logo bleu et rouge qui dorment momentanément sur l'immense ère de stockage, le siège de Six Construct Building, QG de Besix pour le golfe Persique, est tout sauf à l'échelle de son activité dans la région. Difficile même de le débusquer au milieu de la forêt de gratte-ciel parfois arrêtés ou ralentis depuis la crise de l'an dernier. " Nous n'avons pas besoin de tour à notre emblème, commente Philippe Dessoy, general manager pour le golfe Persique. On se contente de construire celles des autres. Le quartier industriel dans lequel nous sommes installés depuis des décennies n'est pas le plus couru, mais nous y disposons d'une superficie immense pour y entreposer notre matériel. Et vu la cote du terrain, ça n'a pas de prix. " Philippe Dessoy reconnaît avoir passé dix-huit mois assez incertains en termes de carnet de commandes, même si les licenciements secs ont été limités au minimum. Avant de nuancer : " Pour nos compatriotes leaders dans le dragage en mer, la société Jan De Nul, la pilule a été plus sévère sur Dubaï : tout y a été stoppé quasi net et des centaines de familles d'expatriés sont reparties. "Heureusement, Philippe Dessoy et ses équipes n'ont pas plongé la tête dans le sable. Ses troupes ont multiplié les remises d'offres, répondant aux appels majoritairement lancés par Abu Dhabi, toujours en plein essor, où Besix collectionnait déjà les chantiers de taille. A son tableau de chasse notamment, la Grande Mosquée, la tour de bureaux de Adia, le fonds souverain le plus puissant du monde, ou la coupole démesurée de l'Emirates Palace, un des plus luxueux hôtels du globe. Le pari s'est révélé gagnant : Six Construct vient d'engranger coup sur coup plusieurs chantiers de taille pilotés par la Ville, l'Etat ou des opérateurs privés majeurs. Le plus impressionnant : la construction de la Cleveland Clinic, du nom de l'université américaine qui la gérera en partenariat avec l'Etat émirati. " C'est tout simplement le plus important contrat jamais signé par Besix ", résume Johan Beerlandt, le grand patron belge du groupe. Le montant situe d'ailleurs la dimension du chantier, à boucler avant la fin 2012 : 940 millions d'euros, dont 560 millions facturés par Besix. La Cleveland Clinic, un projet de 400 000 mètres carrés (375 chambres, dont des suites " médicales " royales), sera bâtie sur l'île de Sowwah. Dans les deux prochaines années, Six Construct construira aussi une tour de bureaux de 360 mètres de hauteur pour l'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company). Il achève, pour une ouverture en octobre, le pont Sheik Zayed, long de 842 mètres, large de deux fois quatre bandes de circulation (extensibles à six par simple retraçage des lignes) et dessiné par l'architecte de renommée mondiale Zaha Hadid. Egalement signé Besix, le projet résidentiel Al Gurm. La première phase (73 villas de luxe de 1 500 à 2 000 m2 chacune) est en phase d'achèvement. Crise oblige, le projet de complexe hôtelier qui devait y être adjoint sera reconverti en seconde phase résidentielle. Ce seul chantier monopolise environ 3 000 personnes non loin du centre-ville. Réservé à l'élite du pays, dont la famille royale, le site, dessiné sur la mangrove et sur des îles artificielles, sera un des plus luxueux de la capitale. Il accueillera également quelques VIP internationaux, dont Pietro Ferrari, le fils d'Enzo, et le président de la marque italienne au cheval cabré, Luca di Montezemolo. Certains affirment d'ailleurs que ces villas auraient été offertes aux dirigeants de la firme italienne, très liés à l'essor de l'île de Yas, dont l'attraction principale sera le parc Ferrari Experience logé sous un dôme de 240 000 m2 qui, au dire de Peter van Swijgenhoven, le chef de projet belge, qui nous l'a fait visiter quatre mois avant son ouverture au public programmée le 28 octobre, est le plus grand au monde et pourrait contenir tout le Vatican. Sur le toit, le logo rouge au cheval cabré (63 mètres)... Selon les plans les plus optimistes, on y attend jusqu'à un million de personnes. " Nous allons commencer à installer et à tester toutes les attractions ", commente-t-il. Parmi elles, une vingtaine de manèges, un voyage à travers l'Italie, un roller coaster qui sera le plus rapide au monde (243 km/h) et plusieurs simulateurs de pilotage qui reproduiront les sensations physiques identiques à celles vécues par les pilotes de F1. " Il y aura aussi, au c£ur du dôme, une tour Gforce de 63 mètres qui permettra de ressentir les pressions subies en F1 ", détaille Peter van Swijgenhoven, qui chapeaute le projet depuis plusieurs années. Sur la zone de l'aéroport, autre pôle stratégique local, Six Construct termine la construction d'un nouveau terminal VVIP (super-VIP), strictement réservé au président des Emirats et à ses invités de marque. Un contrat de quelque 100 millions d'euros à exécuter en un temps record... et qui permettrait de se positionner en ordre utile sur le chantier voisin dont tout le monde parle et dont l'appel d'offres se clôture fin 2010 : la nouvelle piste et le nouveau terminal Etihad, la compagnie aérienne étatique locale. Montant annoncé : quelque 5 milliards d'euros... Sur sa lancée, Besix vient de remettre offre pour la première phase du chantier du musée Guggenheim, dessiné, comme ses prédécesseurs à New York ou Bilbao, par l'architecte de renom mondial Frank Gehry et bientôt érigé sur l'île de Saddiyat. Une île quasi vierge aujourd'hui mais qui sera bientôt peuplée de 140 000 habitants. Outre une université et des marinas, elle accueillera en front de mer un district culturel inédit : une brochette de musées, tous signés par des grands noms de l'architecture contemporaine. Si les lignes du Guggenheim, du Louvre (Jean Nouvel), du Performing Arts Centre (Zaha Hadid) et du musée maritime (Tadao Ando) sont connues, les contours du musée national Sheik Zayed, dessinés par Norman Foster, restent toujours secrets. Ses dimensions seront, dit-on, pharaoniques. " Nous poserons également notre candidature pour participer à la construction du futur musée du Louvre ", ajoute Philippe Dessoy. Pour pouvoir en décliner le nom, il se dit qu'Abu Dhabi aurait versé la bagatelle de 400 millions de dollars au ministère français de la Culture. Quand on parle d'art, on ne compte pas. Surtout si l'art devient un levier touristique durable... PHILIPPE COULéE ET JEAN-MARC DAMRY, à ABU DHABI ET à DUBAï; PH. C. ET J.-M. D." on lance trop de projets simultanément "louvre : 400 millions de dollars auraient été payés à la france