Philippe Maystadt, 60 ans, le cheveu plus blanc que blanc, est apparu las et agacé, lundi, devant la commission d'enquête parlementaire qui analyse les fiascos de la lutte contre la grande fraude fiscale. Comme il y a onze ans, l'ancien ministre social-chrétien des Finances a tenté de démontrer qu'il n'était pas intervenu pour permettre à la Kredietbank d'obtenir un rabais d'amende. Une anecdote, certes, mais intervenant à l'heure où le fisc puis la justice s'évertuaient...

Philippe Maystadt, 60 ans, le cheveu plus blanc que blanc, est apparu las et agacé, lundi, devant la commission d'enquête parlementaire qui analyse les fiascos de la lutte contre la grande fraude fiscale. Comme il y a onze ans, l'ancien ministre social-chrétien des Finances a tenté de démontrer qu'il n'était pas intervenu pour permettre à la Kredietbank d'obtenir un rabais d'amende. Une anecdote, certes, mais intervenant à l'heure où le fisc puis la justice s'évertuaient à corriger certaines déviances d'un secteur bancaire plus puissant que l'Etat. De la base au sommet, l'Inspection spéciale des impôts (ISI), le service fiscal chargé des enquêtes les plus délicates, s'était sentie désavouée par le ministre. Et l'ISI le clame haut et fort. Pour sa défense, Maystadt, reconverti à la présidence de la Banque européenne d'investissement (BEI), a avancé qu' " avec moi, les banques ont payé plus d'impôt ". L'actuel ministre des Finances Didier Reynders appréciera... Puis l'homme s'est lui-même posé sur un fil d'équilibriste. " Si j'avais su que l'ISI avait porté plainte contre la KB, en mars 1995, je n'aurais pas accepté que l'amende soit fixée à 40 % seulement. Cela signifiait qu'elle pouvait démontrer la fraude. Mais on ne m'a rien dit... "Plusieurs auditions ces dernières semaines, menées par les députés Dirk Van der Maelen (SP.A) et Jean-Marc Nollet (Ecolo), contredisent la version ministérielle. 1. L'ex-ministre des Finances jure sous serment qu'il n'a pas participé à la négociation avec la puissante banque anversoise. Mais il en a donné le coup d'envoi et des notes saisies lors de perquisitions indiquent qu'il a été tenu au courant à mi-chemin. 2. Le patron de l'ISI de l'époque demande à être réentendu ce vendredi. Il a affirmé, lui aussi sous serment, que l'ordre de céder à 40 % était venu de tout en haut. Sera-t-il plus explicite encore ? 3. Une brèche dans le camp Maystadt : un proche collaborateur a affirmé à la police, en 1997, que le ministre était au courant de la plainte pénale de l'ISI. Confirmera-t-il ? 4. " Dans le dossier KB, nous avons été blanchis par la justice ", s'est exclamé l'ex-chef de cabinet de Philippe Maystadt. Pas si vite : le substitut du procureur du roi de Bruxelles Olivier Coene a affirmé que " l'enquête judiciaire ne portait pas sur les interventions politiques ". Ce volet aurait été négligé. Philippe Engels