De quelle façon débute un cauchemar ? Pour David Vincent, architecte égaré dans la série Les Envahisseurs, cela avait commencé un mardi matin, très tôt, en 1967, par un ovni clignotant et des aliens incapables de plier l'auriculaire. Pour Toon, aventurier de Flandre devenu serveur au Geyser, ce fut pareil. Au détail près de cette boussole qui s'ingéniait à ne pas indiquer le même nord que d'habitude (1) et qui avait entraîné le serveur dans d'improbables gesticulations géographiques autour de Bruxelles.
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De quelle façon débute un cauchemar ? Pour David Vincent, architecte égaré dans la série Les Envahisseurs, cela avait commencé un mardi matin, très tôt, en 1967, par un ovni clignotant et des aliens incapables de plier l'auriculaire. Pour Toon, aventurier de Flandre devenu serveur au Geyser, ce fut pareil. Au détail près de cette boussole qui s'ingéniait à ne pas indiquer le même nord que d'habitude (1) et qui avait entraîné le serveur dans d'improbables gesticulations géographiques autour de Bruxelles. Soudain, une scène fantastique, véloce et approximative se déroula sous les yeux ahuris du Flamand : un type sauta d'un triangle lumineux, suspendu très haut dans le ciel, en hurlant " Dji volè ! Dji volè ! " en wallon, avant de se pulvériser sur le macadam, une boussole à la main. La nuit se referma sur l'écrabouillé, comme un piège à loup bien huilé. " Ça recommence " (2) qu'il se dit, Toon, en ramenant le crapoussin aux auriculaires inflexibles au Geyser. Une fois arrivé, il demanda où était le whisky. - " A 7 heures du matin ? ! " lui répondit-on. - " Pourquoi ? Il change de place, selon les heures ? " Alors que le serveur lampait l'alcool brûlant à même le goulot, il expliqua à ses collègues que le monsieur allongé là-bas (regardez-le discrètement, nom de dieu ! ) était un alien. Un quoi ? ! Et Toon de s'égosiller. De hurler. Il est seul, face à l'incrédulité de tous : le ratatiné a l'air d'un brave type. La raideur de ses petits doigts ? Une foulure. Oui, mais, d'où qu'il a sauté ? D'un ovni ! N'importe quoi. D'un avion espion américain ? Non. Ce gars-là, parole de Facebook, était en route pour la base 51, pour y sauver des aliens (3). Un murmure sourd annonçait une longue dissertation au Geyser. On avait beau ne pas y croire, à cette affaire d'extraterrestres, on avait quand même peur. Entre-temps, le sauteur s'était réveillé et demandait : - " Djåsez-vos walon ? " - " Nee Meneerr, je ne parrrrle pas wallon " , soupira Toon. - " Foert et non di dju ! " s'exclama alors l'inconnu, mi en flamand, mi en wallon : un paranormal condensé du parler belge, avec un extravagant accent de Poitiers (4). Les derniers doutes concernant la nature du visiteur furent levés, lorsque le blessé prétendit ne rien savoir de Facebook : pareille créature ne pouvait pas être de notre monde. Mais c'est pas tout ça : l'heure tourne ! Où est encore passé le serveur ? S'agirait pas de louper le film qui va démarrer sur la Une, à 20 h 15...