Celui qui tient le manche de la DAT depuis le 21 décembre dernier est autodidacte. Mais, dans le petit monde des affaires, les différentes expériences qui ont jalonné l'ascension professionnelle du Hollandais Rob Kuijpers - surtout au sein de H.J.Heinz (le ketchup) et de DHL - ont amplement suffi à lui construire une aura de pilote d'entreprise chevronné. Respectable. Respecté. Sans plus.
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Celui qui tient le manche de la DAT depuis le 21 décembre dernier est autodidacte. Mais, dans le petit monde des affaires, les différentes expériences qui ont jalonné l'ascension professionnelle du Hollandais Rob Kuijpers - surtout au sein de H.J.Heinz (le ketchup) et de DHL - ont amplement suffi à lui construire une aura de pilote d'entreprise chevronné. Respectable. Respecté. Sans plus. " C'est effectivement un vieux de la vieille ", sourit l'un de ses anciens collaborateurs. Ce voyageur infatigable - 200 jours à l'étranger par an jusqu'il y a peu - est, paraît-il, " plutôt discret ". Mais, en Belgique, où il vit depuis quinze ans, l'homme n'est pas tout à fait inconnu du grand public. Celles et ceux qui se sont dit récemment avoir " déjà vu sa tête quelque part " ont donc presque aussi bonne mémoire que lui. Parce qu'en réalité sa dernière apparition médiatique remonte déjà à deux ans. A quelques heures du réveillon de l'an 2000, Isabelle Durant, ministre de la Mobilité et des Transports, sort de son chapeau tout vert, en solo, un arrêté royal interdisant purement et simplement les vols de nuit dans le ciel bruxellois. Quelques jours plus tard, face à la presse, Rob Kuijpers enrage, lui qui, en moins de dix ans, a transformé DHL en multinationale spécialisée dans la livraison express. Sur tous les écrans. Et dans toutes les langues qu'il maîtrise (néerlandais, français, anglais et allemand). Son discours est sec et tranchant : " Si nous ne pouvons plus voler de nuit, menace-t-il à l'époque, nous n'hésiterons pas à délocaliser nos activités vers un autre aéroport. Ce n'est pas du chantage, c'est la réalité économique. " Depuis cette passe d'armes, " Rob " ne s'est plus vraiment épanché dans la presse. Logique : il a tout bonnement démissionné de DHL, en avril dernier, sans réelle explication, sinon par " volonté, à 62 ans, de jouir d'une retraite bien méritée ". Dixit un cadre de DHL qui l'a côtoyé. L'amateur de golf, qui fût jadis international de tennis, n'a conservé qu'un mandat : celui d'administrateur, au sein de Regus (exploitation de centres d'affaires). Trois jours avant Noël, il refait surface à la Une. Le tandem Davignon-Lippens, à la tête du consortium d'investisseurs " patriotes " qui croit à la relance d'une compagnie aérienne belge sur les bases de la DAT (Air Holding), vient de lui confier les clés de leur projet en gestation. Au programme : changement de nom (Kuijpers n'aime guère les " connotations négatives du mot Sabena "), fusion avec Virgin Express et/ou alliance avec un autre partenaire, rentabilité à prouver d'ici à 2003... " La mission est périlleuse, convient un proche. Mais Rob a embarqué avec lui toutes les compétences nécessaires pour y arriver : sa connaissance du secteur aéronautique, sa pugnacité et son carnet d'adresses. " Mais encore ? " C'est un homme plein d'idées, essaie à son tour Frank Beuselinck, le patron de DHL Belgique. Volontiers sur le terrain, il est très pragmatique. " A 63 ans, Kuijpers n'a pas grand-chose à perdre dans l'aventure. La motivation profonde de ce père de famille reste cependant à découvrir. D'après Maurice Lippens, il ne touche aucun salaire. Pour le moment. Il serait seulement intéressé par les futurs bénéfices de la compagnie. Si c'est exact, il devra sans doute s'activer davantage que quelques mois derrière le manche de son (dernier ?) challenge.Xavier Degraux