Inutile de réinventer Der Rosenkavalier, tout y a été imaginé jusque dans les moindres détails par deux maîtres du genre, à la fois virtuoses et penseurs, l'auteur dramatique autrichien Hugo von Hofmannsthal et le compositeur allemand Richard Strauss. On connaît l'histoire, résumée avec humour par Hofmannsthal lui-même: "Un prétendant gros, âgé et arrogant, favorisé par le père, est évincé par un beau jeune homme. Il n'y a pas plus simple que cela."
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Inutile de réinventer Der Rosenkavalier, tout y a été imaginé jusque dans les moindres détails par deux maîtres du genre, à la fois virtuoses et penseurs, l'auteur dramatique autrichien Hugo von Hofmannsthal et le compositeur allemand Richard Strauss. On connaît l'histoire, résumée avec humour par Hofmannsthal lui-même: "Un prétendant gros, âgé et arrogant, favorisé par le père, est évincé par un beau jeune homme. Il n'y a pas plus simple que cela." Sauf que le poète ne cite pas le personnage central de l'affaire: la Maréchale, Marie-Thérèse pour les intimes (notamment pour Octavian, dit Quinquin, le beau jeune homme, c'est lui), une femme fragile et puissante à la fois, découvrant soudain, au coeur de la passion amoureuse, la menace du temps.Dans un XVIIIe siècle imaginaire et burlesque, sur un texte à mille entrées, Strauss, tournant le dos à sa propre démarche d'avant-garde, signa avec cet opéra pastiche (1911) la plus éblouissante de ses compositions. En dépit des savantes mais épuisantes "conversations en musique" menées dans la confusion générale, personne ne résiste aux séductions du monologue de la Maréchale, du duo d'Octavian et de Sophie, du trio des adieux, pas plus qu'au comique débridé de la conspiration menée contre le baron Ochs, grossier et libidineux, certes, mais si finement servi par la superbe partie musicale qui lui est dévolue... Dans l'actuelle production, c'est l'Allemand Christof Loy qui signe la mise en scène. On se souvient des Nozze di Figaro, de Mozart, et d' Eugène Onéguine, de Tchaïkovski: à chaque fois, un investissement fouillé des liens entre la musique et l'action, et une subtile mise en lumière de la psychologie des personnages. Ici, on restera sur sa faim: en dehors de la personnalité de Sophie, dont l'ardeur et la détermination vous sautent à la figure, les autres personnages s'inscrivent dans la tradition la plus lisse, voire dans la convention. A la musique de Strauss et au talent des chanteurs - qui en débordent - de soutenir le caractère des personnages; les points forts de la mise en scène porteront plutôt sur le réglage des imbroglios échevelés dont l'opéra est tout hérissé. Quant aux décors et aux costumes de Herbert Murauer, on regrettera, comme chaque fois, leur caractère tristounet, à l'exception du début du IIe acte, façon "Cendrillon" de Walt Disney, et de la fin de l'opéra, progressivement gagné par le réveil du conte de fées, réveil d'une intense nostalgie à laquelle seuls les jeunes amoureux échappent. Une très belle idée que n'avaient pas prévue les auteurs. Dans la direction de l'orchestre, Pappano prend tous les risques, mettant notamment les cuivres à rude épreuve, mais donnant à la partition une effervescence, des couleurs, des contrastes, et, les moments venus, une suavité proprement straussiens. Les chanteurs, enfin, font figure de héros: plus que jamais, Felicity Lott est la Maréchale idéale, par sa sensibilité frémissante, sa noble allure et sa voix rayonnante; dans le rôle d'Octavian, Kristine Jepson, mezzo (soprano dramatique?) au timbre riche et puissant, aux aigus lumineux, est une révélation; Camilla Tilling, craquante Sophie, confirme ses qualités vocales et son talent de comédienne; enfin, Günter von Kannen est le plus réjouissant des barons Ochs, un vrai "personnage", et doté de tous les graves requis. On saluera encore Juha Kotilainen, Faninal, en soulignant le punch et le talent de l'ensemble des chanteurs, choeur et maîtrise d'enfants compris.Der Rosenkavalier, de Richard Strauss; Bruxelles, la Monnaie, du 15 au 30 décembre. Tél.: 070-23 39 39, et www.lamonnaie.be A voir également: Die Entführung aus dem Serail, de Mozart, à l'Opéra de Flandre. A Gand, du 12 au 22 décembre (09-225 24 25), à Anvers, du 6 au 19 janvier (03-233 66 85), www.vlaamseopera.be. Et La Périchole, de Jacques Offenbach, à l'Opéra royal de Wallonie, à Liège, du 21 au 31 décembre. Tél.: 04-221 47 22, www.orw.be Martine D.-Mergeay