Pendant que le Parti socialiste français se suicide en chantant et offre à la droite, qui devrait être aux abois en raison de la crise, une réjouissante diversion, ceux qui sont plus informés que les autres des catastrophes à venir prennent des dispositions, encore très discrètes, dont les effets désastreux seront bientôt visibles.
...

Pendant que le Parti socialiste français se suicide en chantant et offre à la droite, qui devrait être aux abois en raison de la crise, une réjouissante diversion, ceux qui sont plus informés que les autres des catastrophes à venir prennent des dispositions, encore très discrètes, dont les effets désastreux seront bientôt visibles. Ainsi, les banques utilisent tous les prétextes pour se faire rembourser par anticipation leurs prêts aux PME - les contraignant à la faillite - et aux particuliers - détruisant le secteur du logement. Les grandes entreprises arrêtent les recrutements et préparent de vastes plans de licenciement. Les projets d'investissement sont renvoyés aux calendes grecques, en particulier ceux de l'industrie pétrolière : la production de la mer du Nord menace de s'interrompre cette année, faute de maintenance, des gisements en Arabie saoudite, en Russie et au Kazakhstan, d'autres tout juste découverts en eau profonde au Brésil pourraient ne pas être exploités faute de financement. Les investissements dans le solaire et le nucléaire, ou pour économiser l'énergie, sont aussi, malgré les discours, ralentis. Et comme on compense tout cela par d'immenses injections monétaires, sans contrepartie, s'annoncent des menaces épouvantables. Dans l'ordre : un chômage considérable, une dépression puis une inflation massive. C'est-à-dire, à l'échelle du monde, ce qui s'est passé en Allemagne dans les années 1920. Si les socialistes européens ne sont pas capables de voir cela et de s'y préparer, la faillite de l'économie libérale ouvrira la voie, une fois de plus, à des caricatures de socialisme, c'est-à-dire à des Etats totalitaires empruntant à la social-démocratie ses idées économiques (grands travaux et nationalisations) et en lui ajoutant des privations de liberté et des boucs émissaires. Les partis sociaux-démocrates devraient n'avoir qu'une idée en tête : se doter d'un programme commun très ambitieux pour les prochaines élections européennes. Et tout faire pour convaincre les opinions publiques que seule une Union européenne se donnant d'urgence les moyens d'une politique économique ambitieuse (un fonds souverain continental de 1 trillion d'euros pour financer des grands travaux ; une politique industrielle et une reconversion écologique majeure) pourra sauver la démocratie. Mais qui s'en soucie ? j@attali.com