teurs les plus pointus voyaient le FDF disparaître, " victime de son succès ". Ils voyaient ainsi également disparaître les nationalistes de la Volksunie, et pour les mêmes raisons.

En fait, entre jaunes et noirs et amarantes, il y a quelque chose du prédateur et de sa proie. Et il y a aussi une manière de projet partagé sans le dire : aucun des deux n'est en effet belgicain. Car dans DéFI, il y a " fédéraliste ", et dans " fédéraliste ", il y a " réforme de l'Etat ". On parie pourtant que beaucoup des électeurs d'Olivier Maingain s'opposent aux velléités flamingantes pour d'autres raisons que celles pour lesquelles Olivier Maingain s'oppose aux velléités flamingantes. C'est le tabou d'Olivier Maingain et des siens. Car Olivier Maingain et les siens sont comme beaucoup de flamingants : ils ne sont peut-être pas indépendantistes mais ils sont fédéralistes. Olivier Maingain veut encore réformer l'Etat belge, les flamingants aussi. Il veut que les entités fédérées, et en particulier la bruxelloise, disposent de compétences mais aussi d'un territoire élargis, les flamingants aussi, sauf pour la Région bruxelloise. Il va falloir le négocier, mais a priori pas avec ceux qui veulent refédéraliser des compétences.

Il n'est pas impossible, la prochaine comme à chaque fois, que fédéralistes francophones et flamands se disputent et s'opposent irrémédiablement à la fin. Mais il est inévitable que les deux, flamingants comme francophonissimes, portent, à un moment donné, une revendication convergente de négociations, quitte à ce qu'elles fussent bouclées par d'autres, comme souvent dans la longue histoire du fédéralisme belge. Au programme de DéFI pour le 26 mai figure d'ailleurs notamment une réforme de la Loi de financement, par laquelle l'impôt sur le revenu serait prélevé selon le lieu de travail plutôt que selon le domicile. Le parti ne le porte pas fort. Les gens qui le rejoignent et ceux qui le soutiennent y pensent peu. DéFI dit ne pas vouloir de réforme de l'Etat maintenant. Mais il en veut une énorme pour 2030. Comme le lion flamand, mais plus tard. C'est que plus le lion flamand montre les dents, plus la gazelle francophone court vite, aussi.

Hic sunt leones, dit DéFI aux électeurs francophones, pointant le doigt au-delà de la frontière linguistique. Do ut des, " donnant-donnant ", dit-il plutôt aux lions latinisants dont la puissance fauve dresse le bastion amarante en populaire village d'irréductibles Gaulois.