La lecture de ce recueil permet de mesurer l'ampleur et la variété des talents littéraires de l'Américaine Susan Sontag (1933 - 2004), plus connue pour ses romans et ses écrits sur la photographie. Avec une flagrante virtuosité intellectuelle, l'essayiste et romancière tente ici des choses toujours plus neuves et mod...

La lecture de ce recueil permet de mesurer l'ampleur et la variété des talents littéraires de l'Américaine Susan Sontag (1933 - 2004), plus connue pour ses romans et ses écrits sur la photographie. Avec une flagrante virtuosité intellectuelle, l'essayiste et romancière tente ici des choses toujours plus neuves et modernes, bâtissant en quelques pages des objets référentiels à l'ossature nette, saillante, singulièrement originales. Car par leur force imaginative, chacune de ces nouvelles frappe et intrigue. La première, introspective et drôle, raconte l'improbable rencontre de l'auteure, alors âgée de 13 ou 14 ans, avec l'auteur fétiche de son adolescence, Thomas Mann. Une deuxième, intitulée Scène épistolaire, se présente comme une mosaïque de fragments de lettres, débris de monologues intérieurs et voix s'adressant à des amours lointaines ou perdues. Le Mannequin est l'histoire d'un homme blasé par l'existence qui décide de se faire remplacer par un clone. Souvent allégorique ou jouant de paraboles, l'ensemble compose une étonnante chambre d'échos où éclosent des énergies diamantaires. Le style est élégant et l'humour, souvent noir. Malicieuse et abstraite, Susan Sontag prend le pouls d'une Amérique secouée par le trauma de la guerre, la terreur idéologique et les violences raciales. En lame de fond, une dissection de ses propres fantômes (le deuil, la maladie, le chagrin), baignant tout entiers dans un lucide sentiment de l'absurde.