Le lundi 29 septembre restera dans l'Histoire. Un vrai " Black Monday " comme disent les Anglo-Saxons. Le rejet, contre toute attente, par le Congrès américain, du plan de sauvetage des banques, monté par Henry Paulson, secrétaire au Trésor (voir page 48), a plongé Wall Street et l'ensemble des places financières dans le chaos. Et, au-delà, laissé planer sur l'économie mondiale la menace d'une crise sans précédent.
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Le lundi 29 septembre restera dans l'Histoire. Un vrai " Black Monday " comme disent les Anglo-Saxons. Le rejet, contre toute attente, par le Congrès américain, du plan de sauvetage des banques, monté par Henry Paulson, secrétaire au Trésor (voir page 48), a plongé Wall Street et l'ensemble des places financières dans le chaos. Et, au-delà, laissé planer sur l'économie mondiale la menace d'une crise sans précédent. Ces dernières semaines, on croyait pourtant avoir connu le pire, avec l'effondrement des plus grandes institutions financières américaines. Et ce week-end a encore été éprouvant. Cette fois, c'est l'Europe qui est touchée. En quelques heures, pas moins de quatre banques ont chuté.D'abord, Fortis a été partiellement nationalisé (lire les pages précédentes). Au Royaume-Uni, ensuite, le gouvernement a pris en charge le portefeuille de prêts du spécialiste du crédit immobilier Bradford & Bingley, avant de céder ses autres actifs à l'espagnol Santander. Et, en Allemagne, c'est la banque Hypo Real Estate qui a été sauvée in extremis de la faillite avec l'aide d'un consortium d'institutions locales. Enfin, au Danemark, Roskilde Bank a été reprise en urgence par trois établissements financiers. Au début de la semaine, le jeu de massacre continuait : les gouvernements belge, français et luxembourgeois injectaient 6,4 milliards d'euros dans le capital de Dexia. Une telle série noire illustre, s'il le fallait, la gravité de la situation. Tous les responsables de la classe politique et de l'Europe financière - de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), à Jean-Claude Juncker, patron de l'Eurogroupe - sont aujourd'hui sur le pont pour tenter de circonscrire le sinistre qui menace. Comme aux Etats-Unis, ce sont les gouvernements qui sont à la man£uvre. Omniprésents. Jamais crise, depuis la Grande Dépression, n'aura autant mobilisé la puissance publique. Mardi encore, la BCE cherchait à mettre de l'huile dans les rouages : elle lançait une vaste opération de refinancement afin d'améliorer les conditions de liquidités des banques. Il y a urgence. Jusqu'à présent, pour l'essentiel, seules les banques américaines paraissaient touchées. Un vrai chambardement. Avec son cortège de faillites, de fusions à marche forcée et même - au pays du libéralisme - de nationalisations. Aujourd'hui, de New York à Seattle, le paysage bancaire apparaît tout bonnement dévasté ; la hiérarchie, bousculée. A Wall Street, les étoiles d'hier ont pâli. Même les plus symboliques. Les cinq grandes banques d'affaires ont toutes, plus ou moins, perdu leur indépendance. Le club formé par Lehman Brothers, Merrill Lynch, Bear Stearns, Morgan Stanley et Goldman Sachs, et leur modèle séculaire - la banque d'investissement - ont volé en éclats. Et derrière ces vieilles gloires, on ne compte plus les victimes. CommeWashington Mutual - la plus grosse faillite d'une banque de dépôts de l'histoire des Etats-Unis. Rachetée en urgence par JP Morgan, " WaMu " (pour les intimes) figurait sur la liste rouge des régulateurs depuis des semaines. Comme encore Wachovia, un autre poids lourd de la banque de détail. Lundi, les autorités américaines ont organisé sa reprise par Citigroup. Même s'il avait été adopté, rien ne garantit que le plan Paulson aurait suffi à éponger la facture faramineuse laissée par les princes déchus de la finance. Leurs folies ne se sont, en effet, pas uniquement concentrées sur l'immobilier : prêts aux étudiants ou crédits sur les cartes de paiement ont également été attribués de manière inconsidérée. Et de plus en plus de particuliers sont dans l'incapacité de rembourser. La contagion pourrait aussi s'étendre à d'autres acteurs du secteur, comme les hedge funds, dont beaucoup travaillaient main dans la main avec Lehman Brothers, et qui se trouvent pénalisés par l'interdiction des ventes à découvert. Autant dire que le retour de la confiance n'est pas pour tout de suite. Or c'est bien là le n£ud du problème. " Les liquidités ne manquent pas, témoigne un banquier, mais tout le monde est tétanisé. " De quoi déstabiliser pour de bon l'économie américaine. Jusque-là, celle-ci avait résisté tant bien que mal, aidée par les baisses de taux à répétition de la Réserve fédérale et par le recul du dollar. Soutenue, surtout, par le plan de relance de 168 milliards de dollars adopté au début de l'année par l'administration Bush. " Aujourd'hui, ces effets s'estompent, et l'on ne voit plus très bien ce qui va soutenir l'économie, analyse Marie-Pierre Ripert, spécialiste des Etats-Unis chez Natixis, qui prévoit une croissance négative pour les prochains trimestres. Autant de nouvelles propres à inquiéter les Européens, qui, longtemps, ont cru pouvoir échapper à la contamination. Les voici, à leur tour, au pied du mur. Contraints de gérer la menace et de rassurer des marchés boursiers qui ne semblent plus se poser qu'une seule question : à qui le tour ? Pour éviter la contagion, ce sont les gouvernements qui, comme le week-end dernier, montent au créneau. Au début de l'année déjà, le Royaume-Uni n'avait pas hésité à nationaliser la Northern Rock. Depuis quelques semaines, Downing Street joue les agences matrimoniales. Partout, le même souci : faire passer les canards boiteux sous l'aile des banques en bonne santé. C'est avec l'appui des autorités britanniques que la Lloyds Bank s'est ainsi portée au secours de HBOS. Quitte à soulever, demain, quelques problèmes de concurrence : le nouvel ensemble écrase ses rivaux, car il pèse 30 % du marché de la banque de détail. En Allemagne, il ne faut pas chercher d'autres explications au rachat de la Dresdner par la Commerzbank. " Pour l'heure, les solutions nationales, parrainées par les Etats, sont clairement privilégiées ", relève Romain Boscher, de Groupama Asset Management. Candidate au rachat de Fortis, BNP Paribas a ainsi été éconduite. En Espagne, le gouvernement cherche à orchestrer la reprise des caisses d'épargne, victimes de la déflagration immobilière, par les deux géants locaux, Santander et BBVA. Mais si, demain, la crise devait faire vaciller d'autres établissements, cette approche au cas par cas pourrait vite trouver ses limites. Comme le soulignait, le 28 septembre, dans Le Journal du dimanche, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, " les Etats-Unis sont un pays. L'Europe reste une construction ". Combien de temps les gouvernements européens pourront-ils avancer en ordre dispersé ? Pour les Vingt-Sept, la crise fera aussi figure de test : l'occasion de montrer qu'ils sont capables de parler d'une seule voix.Bruno Abescat et Benjamin Masse-Stamberger