Depuis des années, au fil de débats sur la dotation royale et sous la pression des nationalistes flamands ou d'élus plus ou moins ouvertement républicains, la monarchie perd de son lustre. Même si sa popularité reste grande, la famille royale doit régulièrement faire face à des débats compliqués, depuis les facéties du prince Laurent jusqu'à l'âpre débat sur la paternité du roi Albert II. Alors que certains rêvent d'une monarchie purement protocolaire, il est paradoxal de voir combien le roi Philippe repousse les limites de son rôle. Depuis sept ans sur le trône, il a acquis de l'expérience et s'est forgé une forme de sagesse - alors que l'on craignait à l'époque son caractère impulsif ou son manque de discerne...

Depuis des années, au fil de débats sur la dotation royale et sous la pression des nationalistes flamands ou d'élus plus ou moins ouvertement républicains, la monarchie perd de son lustre. Même si sa popularité reste grande, la famille royale doit régulièrement faire face à des débats compliqués, depuis les facéties du prince Laurent jusqu'à l'âpre débat sur la paternité du roi Albert II. Alors que certains rêvent d'une monarchie purement protocolaire, il est paradoxal de voir combien le roi Philippe repousse les limites de son rôle. Depuis sept ans sur le trône, il a acquis de l'expérience et s'est forgé une forme de sagesse - alors que l'on craignait à l'époque son caractère impulsif ou son manque de discernement. Il se construit toutefois un chemin singulier. Voici cinq ans, Le Vif/L'Express avait publié un dossier sur un " roi sous haute surveillance ". Des sources haut placées nous disaient combien Philippe était désireux de bien faire, mais aussi d'obtenir des prérogatives qui ne lui correspondent pas. " Il a clairement des difficultés à intégrer les limites du pouvoir du roi, soulignait une de nos sources. Il cultive sans le savoir une certaine frustration par rapport à sa fonction de chef de l'Etat telle qu'elle est définie. Il pensait qu'il allait pouvoir déployer un pouvoir de nature politique, ce qui ne peut pas être le cas. " La situation délicate dans laquelle se trouve notre pays, sans gouvernement de plein exercice depuis plus d'un an et sans solution depuis les élections du 26 mai 2019, contraint le roi à repousser les limites de son rôle. Il a surpris à deux reprises. La première fois, lorsqu'il a tenu un discours vigoureux aux autorités de la nation, le 30 janvier dernier, pour demander aux partis de " laisser tomber leurs exclusives " - le constitutionnaliste Marc Uyttendaele (ULB) estime qu'il a outrepassé son rôle. La deuxième fois, lorsqu'il a déposé avec une certaine brutalité le duo d'informateurs composé de Georges-Louis Bouchez (MR) et de Joachim Coens (CD&V), pour lancer dans l'arène Koen Geens, sans même avoir mis au courant son parti. D'aucuns ont souligné le rôle joué par Vincent Houssiau, chef cabinet du roi et... ancien chef de cabinet du même Koen Geens au fédéral. Le roi a la prérogative de donner des impulsions pour former un gouvernement fédéral. Il incarne même une stabilité institutionnelle vitale pour le pays. Mais l'incertitude actuelle le contraint à prendre des risques. Son action est en outre fragilisée parce qu'elle n'est couverte que par un gouvernement... minoritaire et en affaires courantes - du jamais-vu. Mercredi 12 février, Philippe a pris la parole à l'ONU. C'est la deuxième fois qu'il s'adressait aux grands de ce monde pour évoquer, cette fois, la nécessité d'empêcher l'utilisation des enfants soldats et l'importance d'agir dans un cadre multilatéral. En 2018, lors de sa première prise de parole, le roi y avait fait un vibrant plaidoyer pour la paix dans le monde. Rien de scandaleux, que du contraire. En 2015, certains de nos interlocuteurs s'étonnaient pourtant de voir Philippe insister pour prendre la parole... aux Nations unies. Il est donc arrivé à ses fins. " Ma grande crainte, nous disait-on alors, c'est qu'il rêve de poser un acte pour passer à la postérité, comme Baudouin, sa référence absolue. " Cinq ans plus tard, ce risque demeure-t-il ? Pour l'instant, la classe politique - nationalistes et républicains compris - reste globalement bienveillante à son égard. Mais si la crise venait à s'aggraver, le ton pourrait changer. Et la monarchie risquerait alors de devenir une cible.