C'est la voix d'un poulbot de la banlieue rouge devenu l'un des hauts gradés du socialisme principautaire. Né à Tilleur en 1936, Michel Dighneef a appris à marcher à l'ombre des hauts-fourneaux et des châssis à mollette, pendant que les républicains se faisaient étriller sur le front espagnol. A 18 ans, il entre comme employé aux Mutualités socialistes. Il en deviendra le secrétaire général pour la province de Liège, de 1985 à 2001, avant de passer le relais à un certain Jean-Pascal Labille. Président de la fédération liégeoise du PS entre 1995 et 1997, sénateur, puis député fédéral de 1991 à 1999, Michel Dighneef a vécu en première ligne les tumultes qui ont suivi l'assassinat d'André Cools.
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C'est la voix d'un poulbot de la banlieue rouge devenu l'un des hauts gradés du socialisme principautaire. Né à Tilleur en 1936, Michel Dighneef a appris à marcher à l'ombre des hauts-fourneaux et des châssis à mollette, pendant que les républicains se faisaient étriller sur le front espagnol. A 18 ans, il entre comme employé aux Mutualités socialistes. Il en deviendra le secrétaire général pour la province de Liège, de 1985 à 2001, avant de passer le relais à un certain Jean-Pascal Labille. Président de la fédération liégeoise du PS entre 1995 et 1997, sénateur, puis député fédéral de 1991 à 1999, Michel Dighneef a vécu en première ligne les tumultes qui ont suivi l'assassinat d'André Cools. Michel Dighneef : Il ne va pas bien du tout. On pouvait rigoler de la manière dont on gérait le PS à Liège, à une certaine époque, mais nous, on respectait les statuts à la lettre, le comité fédéral se réunissait de façon régulière, et il y avait des assemblées. Tout ça n'existe plus. Quand je vois comment les gens éminents du PS liégeois traitent les problèmes aujourd'hui, j'en perds la voix. Je ne vais pas revenir sur Tecteo, mais... Qu'est-ce qu'ils foutent ? Cela rime à quoi, ce bazar avec L'Avenir ? La scission est trop flagrante entre ceux qui décident et les autres. De mon temps, la confection des listes électorales était confiée à une commission de liste, avec une douzaine de membres. On recevait bien entendu des directives, mais on se réunissait, on votait, et on sortait une liste. Aujourd'hui, une poignée de gens décident qui sera tête de liste, en court-circuitant les instances de la fédération. Je n'oserais pas dire qu'on ne trichait pas un peu. Si on ne peut pas tricher, il n'y a plus de politique... Quand je suis entré à l'exécutif de la fédération, mes opposants, c'était qui ? Dehousse-Happart d'un côté, les Onkelinx de l'autre. A chaque réunion, c'était la margaille. Chaque fois que j'annonçais une décision, Gaston Onkelinx m'apostrophait : " Dis, Michel, t'as encore décidé ça dans une cabine téléphonique ! " C'était vrai. Michel Daerden, Guy Mathot et moi, on décidait tout à trois. Mais après, on rendait des comptes devant le comité fédéral. Pour les militants, ça change tout. Si on ne respecte plus les statuts, ça devient n'importe quoi. Comme toutes les structures, il a besoin d'un homme fort, et Demeyer n'est pas cet homme-là. Autant Labille se positionne de façon claire, autant vous avez à l'opposé l'homme qui ne décide de rien. Jean-Claude Marcourt ne fait pas de voix, et à mon avis, il n'en fera jamais. Quant à Alain Mathot, dans quoi est-il embarqué ? Dans l'état actuel des choses, je ne vois que lui. Il a une intelligence hors norme. Et une qualité terrible : quand il s'est fixé un objectif, il ne lâche pas. Sa grande chance, c'est qu'en débutant sa carrière comme réviseur d'entreprise au cabinet de Michel Daerden, il a fréquenté tous les milieux. Et partout, il a laissé une excellente impression. Je suis très ami avec lui, mais quant à savoir quelles sont ses véritables intentions... Il est capable de tout faire, Jean-Pascal. Et croire qu'il va se contenter de pas grand-chose, c'est se tromper. Ah, c'est un mystère ! C'est un esprit frondeur, mais en plus, le Liégeois pense que rien n'est mieux qu'à Liège. Cools, Daerden, Mathot, ils sont tous comme ça. Et à mon avis, dans ce registre-là, Stéphane Moreau est encore pire. Je crois que ça fait vraiment partie de sa nature. Il se dit : je vais emmerder Bruxelles. Là, je peux être d'accord avec Jean-Maurice. Je pense qu'à Liège plus qu'ailleurs, le PS reste imprégné d'une vraie culture socialiste. Et à mon avis, ça tient à l'héritage de Cools, qui a marqué tout le monde. Prenez Guy Mathot : il dérapait sur autre chose, mais sur le plan des idées, il est toujours resté sur une ligne bien à gauche. J'étais parlementaire quand Elio Di Rupo a libéralisé Belgacom. Je dois dire que je n'étais pas très à l'aise... Mais Di Rupo, il trouvait ça normal, il nous expliquait que c'était un processus logique. En partie, oui. Mais malgré tout, les structures liégeoises sont restées très fortes. Regardez Solidaris : ce ne sont pas simplement des mutuelles, ce sont aussi des pharmacies, des centres de soins à domicile, des hôpitaux, des polycliniques. C'est un vrai réseau, qui n'a pas d'équivalent ailleurs dans le pays. C'est aussi ça, la force du socialisme liégeois. Mais les hommes qui dirigent ces structures, eux, sont moins forts qu'avant. Il faut dire aussi que, depuis quinze ans, c'est Di Rupo qui fait l'agenda, qui désigne les gens, et il ne désigne jamais que des gens à lui. Quand j'étais député, dans les congrès du parti, il suffisait d'allier Liège avec une ou deux fédérations, et toutes les autres pouvaient danser sur leur tête, la majorité était faite. Di Rupo a essayé de casser cette force-là. Mais subtilement, car il sait que des voix, il lui en faut de partout. Raison pour laquelle il a ménagé Daerden : il lui rapportait 60 000 voix d'un coup. Sinon, il l'aurait liquidé depuis longtemps. Sûrement. Quand il a fallu choisir entre deux wagons, les Liégeois ont souvent pris le mauvais. Et là, je dois dire que Guy Mathot porte une grande responsabilité, même si je l'aimais beaucoup. Ses dérapages ont rendu la critique du PS liégeois très facile... C'est vrai que la franc-maçonnerie à Liège, c'est... très particulier. Je me rappelle d'un jeudi midi, on était une dizaine de députés et de sénateurs socialistes, dont au moins six ou sept Liégeois, attablés à la buvette de la Chambre. Louis Michel vient nous saluer, et il dit à Daerden, ministre à l'époque : " Mais au fond, qui n'est pas maçon ici ? " Et Daerden lui répond : " Personne ! " Entretien : François Brabant