C'est l'un des derniers devoirs de Nicolas Sarkozy. Avant la passation des pouvoirs à François Hollande, le président sortant élève son successeur à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. Cette décoration, la plus haute de la République française, revient de plein droit au nouveau chef de l'Etat, grand maître de l'ordre. Le grand chancelier lui remettra les insignes lors de la cérémonie d'installation, le 15 mai : il épingle la rosette à la boutonnière du président, puis lui présente le collier de 952 grammes en or massif, posé sur un coussin de velours rouge. De sa voix de stentor, le général Jean-Louis Georgelin prononce alors la formule rituelle : " Monsieur le président de la République, nous vous reconnaissons comme grand maître de l'ordre national de la Légion d'honneur. "
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C'est l'un des derniers devoirs de Nicolas Sarkozy. Avant la passation des pouvoirs à François Hollande, le président sortant élève son successeur à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. Cette décoration, la plus haute de la République française, revient de plein droit au nouveau chef de l'Etat, grand maître de l'ordre. Le grand chancelier lui remettra les insignes lors de la cérémonie d'installation, le 15 mai : il épingle la rosette à la boutonnière du président, puis lui présente le collier de 952 grammes en or massif, posé sur un coussin de velours rouge. De sa voix de stentor, le général Jean-Louis Georgelin prononce alors la formule rituelle : " Monsieur le président de la République, nous vous reconnaissons comme grand maître de l'ordre national de la Légion d'honneur. "Tout est codifié, le décorum est immuable et, pourtant, la Constitution française ne prévoit aucune règle pour cette journée particulière. C'est le protocole qui assure le passage du flambeau républicain. Son chef, l'ambassadeur Laurent Stefanini, est d'ailleurs le seul à précéder le président, afin de lui indiquer les gestes à accomplir. Ce mardi 15 mai, certains observateurs s'étonnent de voir, dans la salle des fêtes du palais de l'Elysée, Valérie Trierweiler serrer la main des invités, à la suite du président. Une première. La compagne de François Hollande répondra, dans la presse, qu'elle n'a fait que suivre le protocole, bien que le livret, édité pour la cérémonie, qui précise, à la minute près, la présence et le rôle de chacun, ne le mentionne pas. La place de la première dame, qui veut rester journaliste, fait débat : le président s'en remet, à son tour, au protocoleà lequel ne dit mot sur le statut de l'épouse ou de la concubine du chef de l'Etat ! Valérie Trierweiler sera désormais à son côté " lorsque le protocole l'exigera ". La formule, prononcée lors de son interview télévisée du 14-Juillet, a été élaborée d'un commun accord. Un spécialiste remarque : " Le protocole indique, conseille, recommande ; il exige rarement. Cela va dépendre de ce qu'elle souhaite. Par exemple, Michelle Obama suit souvent son époux, alors que M. Merkel est très peu présent au côté de la chancelière. Il en allait de même pour Carla Bruni. " Au tout début du quinquennat de son ex-époux, Cécilia Sarkozy avait prétexté une angine blanche pour ne pas l'accompagner dans la propriété de la famille Bush. Si le cérémonial peut paraître désuet, il reste une mission importante, car symbolique, du protocole. " La continuité de l'exercice du pouvoir démocratique implique des préséances, des coutumes et des usages, afin d'assurer le fonctionnement huilé de la République ", explique Laurent Stefanini, qui demeure l'" introducteur des ambassadeurs ", fonction qui existe depuis le XVIe siècle. Lors de la fête nationale, le 14 juillet, François Hollande souhaite que les membres du Conseil économique, social et environnemental soient mis en valeur. Or ils n'ont pas de rang protocolaire. Pour les rapprocher du centre de la tribune officielle, ils sont placés entre les parlementaires et les corps constitués (autorités judiciaires, académies, Légion d'honneurà) - ce qui suscite quelque irritation chez ceux-ciàMais ce n'est plus le c£ur de l'activité du service. " Son rôle est d'abord d'organiser des événements officiels et des déplacements de personnalités, en France et hors de France, souligne Laurent Stefanini. S'il vient de l'Ancien Régime, le protocole a beaucoup changé ces dernières décennies, à la faveur de la mondialisation et des bouleversements de la société qui exigent des rencontres de plus en plus nombreuses et brèves, souvent dans le cadre de sommets internationaux. "François Hollande semble s'y plier facilement. Jusqu'à en jouer, dans le but d'accentuer le contraste avec son prédécesseur. " Oui, j'ai l'impression que le protocole s'est adapté à ma normalité, ou ma normalité au protocole ", déclare-t-il à Washington, le 18 mai. En l'occurrence, il s'agit ici de celui des Américains, et non des Français. Néanmoins, un diplomate confirme cette impression : " François Hollande est un calme, qui écoute davantage les conseils. Il simplifie le travail. Nicolas Sarkozy manifestait beaucoup d'impatience. " Bousculer le protocole était, pour ce dernier, une habitude. " Ça le gonflait ", disaient clairement ses proches. Tout devait aller au pas de course : les repas, les réunions, les visitesà Lors de son premier voyage en Chine, en novembre 2007, vingt-deux minutes suffirent pour faire le tour du mausolée de l'empereur Qin et de son armée enterrée, à Xi'an. Sarkozy écourtait également les voyages à l'étranger afin de rentrer au plus vite et de dormir, le plus souvent, chez lui. Une liberté que lui permettait " Air Sarko One ", le nouvel Airbus gouvernemental français, avec son autonomie de treize heures de vol sans escales. " Nicolas Sarkozy n'était pas très à l'aise à l'international, ce n'est pas sa culture ", souligne un diplomate. Le monde diplomatique se souvient avec émoi que l'ancien chef de l'Etat n'avait pas hésité à limoger le prédécesseur de Stefanini, moins d'un an après sa prise de fonctions. Du fait de sa proximité avec le président, le poste est sensible - la plupart du temps, il est d'ailleurs récompensé par une belle ambassade. Certes, les présidents ont leurs petites exigences. Sarkozy dévorait des chouquettes. Une maquilleuse devait avoir accès à lui à tout moment. " Il considérait qu'il devait toujours avoir une bonne image ", explique un ancien conseiller. Surprise : Hollande n'a pas renoncé à ces soins cosmétiques, surtout en fin de journée, mais le dispositif a été allégé. Contrairement aux menus, où le fromage a été réintroduit. A l'Elysée, les déjeuners ou dîners officiels ont retrouvé une durée " normale " : une heure trente en moyenne, contre quarante-cinq minutes sous Sarkozy. Les repas de travail restent, en revanche, rapides. Arbitre des élégances, gardien du temple républicain, organisateur de sommets... le service du protocole s'adapte à son époque. Celle-ci est à la modestie et à la rigueur. Les déplacements nécessitent moins de " précurseurs ", lesquels voyagent en seconde classe, sauf pour les vols de plus de sept heures. Les locations de voiture sont plus rares. Les frais d'interprétariat, réduits. Lors des rencontres bilatérales, la langue anglaise est davantage utilisée. Comme le résume un diplomate, " les chefs d'Etat sont des êtres humains, pas des divinités ".ROMAIN ROSSOSous Sarkozy, tout devait aller au pas de course : les repas, les réunions, les visites...