de CHRISTIAN MAKARIAN
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de CHRISTIAN MAKARIANAussi loin que l'on remonte en démocratie, on trouve peu de signes d'une puissance symbolique équivalente. En élisant Barack Hussein Obama, les Etats-Unis se sont encore une fois montrés les maîtres du monde. L'hyperpuissance pâlissante, l'empire en pleine crise d'identité, a fait preuve de sa capacité à étonner les peuples, à créer une attente internationale, à offrir un dénouement approprié, à engendrer un nouveau profil de dirigeant, à relancer le vieux mythe d'un pays neuf. La planète est comme libérée d'un accouchement difficile. Depuis des années, avec le délitement pathétique de l'administration Bush, l'apathie du géant pesait sur les décideurs et les indicateurs de toute la planète ; après l'épilogue Obama, la pression se mue en espoir. Le double prodige de l'accession du sénateur de l'Illinois à la Maison-Blanche tient autant à la couleur de sa peau qu'à une autre grande nouvelle, tout aussi historique : l'avènement du premier président mondialisé. Barack Obama est le fils légitime d'un monde en métissage permanent, un citoyen des cinq continents : proche de l'Océanie par sa naissance, de l'Asie par son enfance, de l'Afrique par son ascendance, de l'Europe par ce qu'il y a soulevé d'espérance, de l'Amérique par essence. C'est cette lourde charge émotionnelle qui lui vaut aujourd'hui de représenter un sourire dans une époque grimaçante, une trouée fraternelle dans un grillage de conflits. Tout le défi auquel est confronté le nouveau président américain se situe justement dans cet accès d'optimisme. Barack Obama n'est pas vraiment un romantique ; mais ils le sont encore moins, ceux qui attendent de lui une relance économique, un assainissement financier, un nouvel ordre mondial, une vision stratégique, un désembourbement militaire, un retour aux certitudes matérialistes du modèle yankee, la restauration du rêve américain, le rétablissement des valeurs, la modernisation du pays... Vertigineux catalogue de pulsions contradictoires. A l'intérieur, le 44e président des Etats-Unis devra d'abord éviter le risque d'écartèlement. A l'extérieur, il devra mettre fin à la confrontation entre l'Amérique et le reste du monde. " Obama - No drama " (1), disait le slogan de la campagne électorale : c'est maintenant qu'il va falloir le prouver. (1) Obama - Pas de drame.