Les avoirs nets du " Belge moyen " sont tombés de 71 000 à 61 000 euros. Pour une famille de 4 personnes, cela représente environ 40 000 euros de perte, soit 1 600 000 d'anciens francs belges. La plus grande partie de cette chute est naturellement due aux actions et autres participations qui ont perdu 37 % de leur valeur. Les parts de sicav, où l'on retrouve à la fois des actions et des obligations, ont fondu quant à elles de 30 %.
...

Les avoirs nets du " Belge moyen " sont tombés de 71 000 à 61 000 euros. Pour une famille de 4 personnes, cela représente environ 40 000 euros de perte, soit 1 600 000 d'anciens francs belges. La plus grande partie de cette chute est naturellement due aux actions et autres participations qui ont perdu 37 % de leur valeur. Les parts de sicav, où l'on retrouve à la fois des actions et des obligations, ont fondu quant à elles de 30 %. Ceux qui ont pu sauver une partie de leur patrimoine se sont essentiellement réfugiés dans les dépôts d'épargne (qui sont passés de 136 milliards d'euros en septembre 2008 à 165,1 milliards en avril dernier) ou dans les valeurs à revenu fixe qui sont passées de 71,5 à 77,6 milliards d'euros pendant la même période. Vu la baisse sensible des taux d'intérêt depuis le début de cette année, il faudra naturellement voir si ce niveau pourra être maintenu. Cela dépendra du retour ou non de la confiance dans les marchés boursiers. Pour la petite histoire, la crise bancaire a dû en effrayer certains, car l'encours des billets et des pièces s'est brusquement accru d'une dizaine de pour cent pendant le troisième trimestre de l'année 2008, passant de 20 à 22 milliards. Quatre-vingts milliards d'anciens francs ont ainsi pris le chemin des coffres ou des bas de laine... La crise qui est incontestablement la plus grave depuis la grande dépression des années 1930 a donc sérieusement appauvri les Belges. Mais, si sérieuse soit-elle, l'expérience ne nous a-t-elle pas appris qu'après la pluie vient toujours le beau temps ? Ceux qui ont eu la sagesse de diversifier leurs avoirs et qui n'ont pas tout misé sur les banques n'ont pas tout perdu, loin de là. A condition d'être patients, ils finiront bien par récupérer leur mise, pense-t-on. Tous les gestionnaires de patrimoine vous diront qu'à long terme le rendement des actions est bien supérieur à celui des autres actifs financiers. Mais en est-on si sûr ? Au vu des statistiques des dix dernières années, on peut sérieusement en douter. En effet, la valeur du patrimoine des Belges investi en actions et autres participations qui était de 230 milliards à la fin de 1999 est tombée 133 milliards à la fin de 2008. Et s'il faut tenir compte de l'inflation, la valeur réelle de ces actifs en euros de 1999 ne serait plus que de 104 milliards d'euros, soit moins de la moitié de ce qu'elle était. Certes, si l'on tient compte des autres actifs financiers et des dettes contractées par les particuliers, les avoirs nets ont connu une baisse nettement moins dramatique pendant les années 2000, mais elle n'en est pas moins significative. Alors qu'il représentait 664 milliards d'euros en 1999, le patrimoine financier des Belges est tombé à 610 milliards, tous avoirs confondus, soit une chute de 8 %. Si l'on prend en considération l'inflation qui fut de 23 % sur l'ensemble de la période, la perte, en termes réels est de 25 %. Ces chiffres ne tiennent pas compte des paiements d'intérêts ou des distributions de dividendes, mais cela n'y change rien, car le but d'un investisseur est bien de toucher un revenu tout en maintenant au moins égale la valeur de son capital. Faut-il conclure de tout cela que les gestionnaires de patrimoine ont tort de conseiller le placement en actions ? Après coup, il est évidemment facile de répondre par oui. Mais, pour bien juger, il faut se placer au moment où la décision d'investir a été prise. Dire qu'en moyenne les actions rapportent davantage que les placements à revenu fixe reste toujours vrai. Il est en effet logique que celui qui accepte le risque soit mieux rémunéré que celui qui le fuit. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que lorsqu'on prend un risque, il faut être prêt à en assumer toutes les conséquences. Même si, a priori, les crises financières majeures sont peu probables, car elles n'arrivent qu'une ou deux fois par siècle, le risque en est toujours bien présent. Il existe une forte probabilité qu'un investissement en actions rapporte davantage qu'un dépôt d'épargne, mais il existe aussi une probabilité, plus faible certes, mais non nulle, de devoir faire face à une perte importante. A priori, la probabilité que deux crises boursières importantes surviennent en une seule décennie était minime. Et pourtant c'est bien cela qui est arrivé. Autrement dit, le risque zéro n'existe pas, même si la Bourse - heureusement - n'est pas un jeu à somme nulle (voir encadré). Et c'est peut-être cela que les gestionnaires de patrimoine n'ont pas toujours suffisamment expliqué ou que leurs clients n'ont pas toujours compris. La morale de l'histoire est qu'il faut toujours se méfier des vagues d'euphorie où le risque est systématiquement minimisé ou même ignoré, car cela conduit les investisseurs et les gestionnaires de patrimoine à commettre une double erreur : celle d'ignorer les risques et, par le fait même, d'augmenter la probabilité d'accident. Exactement comme un conducteur de voiture : l'ignorance du risque l'incite à augmenter sa vitesse et, par là même, la probabilité d'accident ne fait qu'augmenter. Aujourd'hui, la crise conduit à une attitude inverse de la part des investisseurs, à savoir une surestimation des risques. C'est donc en théorie le bon moment pour acheter. A condition bien sûr de garder à l'esprit que le risque zéro n'existe pas et qu'il convient toujours de savoir ce que l'on fera au cas, aussi peu probable soit-il, où la situation devait encore empirer gravement. En dépit des déceptions subies sur leurs avoirs financiers, les Belges auront malgré tout pu se consoler grâce à la brique qu'ils ont, paraît-il, dans le ventre. Ces dix dernières années, la valeur de leur patrimoine immobilier a en effet plus que doublé, passant de 400 milliards d'euros à près de 900 milliards, toujours selon la Banque nationale. Le coup de froid que l'on constate depuis quelque temps sur le marché ne devrait que légèrement raboter ces gains. Mais pour tous ceux qui n'ont comme bien immobilier que leur propre habitation, les gains demeurent naturellement virtuels. La bonne nouvelle est plutôt pour leurs héritiers ! Jacques Zeegers; J. Z.; D. Gr.