Roland Planchar
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Roland PlancharL'aigle fondateur bicéphale du Parti populaire s'était coupé une tête, en août dernier. Le coprésident Mischaël Modrikamen, soutenu par une (courte) majorité de membres, avait tranché le cou de son alter ego, Rudy Aernoudt. Et avait recentré le PP sur la Wallonie et sur Bruxelles (Le Vif/L'Express du 3/9). Or Aernoudt, qui dénie toute légitimité à son éviction, vient de faire un pied de nez à son ancien ami. Réunissant lundi ce qu'il qualifiait de " bureau restreint du parti ", il a exclu l'unique député du PP, Laurent Louis, " vu les propos racistes (qu'il a) tenus publiquement sur les Roms " ainsi que Modrikamen, pour avoir soutenu le précédent et pour avoir orienté le PP sur la voie communautaire. " C'est vrai que c'était un clin d'£il, afin qu'il comprenne que ce qu'il a fait, je peux le faire aussi. Avec ni plus, ni moins de valeur... ", admet Aernoudt. " Que voulez-vous que je réponde à cela ? Des statuts sont publiés au Moniteur. Le cas de Rudy ne relève plus de la politique, mais de la psychiatrie ", rétorque Modrikamen. Mais l'essentiel n'est pas là. Il réside surtout dans le financement du petit parti (2,8 % d'intentions de vote en Wallonie/Bruxelles, selon le sondage Libre Belgique/RTL du 27 septembre). On se souvient que l'obtention d'un député, aux législatives du 13 juin, lui vaut une dotation publique (431000 euros par an). Mais celle-ci est payée à l'asbl " Soutien logistique du Parti populaire ", dont le conseil d'administration est en majorité aux mains du clan Aernoudt. Modrikamen se débat donc comme un beau diable pour tenter de reprendre la main. Ainsi, le 3 septembre dernier, il a cité l'asbl en référé en vue d'obtenir l'admission de nouveaux administrateurs (en cachant la chose à Aernoudt pour éviter sa présence au tribunal et avoir plus aisément gain de cause, selon d'insidieux courriels lancés un peu partout sur la Toile ; en envoyant en réalité copie de la citation par recommandé au même, corrige Modrikamen). Bref, la guéguerre, qui lasse ce dernier (" Car ce qui m'importe, c'est que nous portons un projet "), n'est peut-être pas finie. S'il perd son référé (à suivre le 18 octobre), il ne lui restera plus qu'à demander au Conseil des ministres de changer l'arrêté royal qui comprend la liste exhaustive des asbl recevant une dotation publique (loi du 4 juillet 1989 sur le financement des partis). Mais voilà : ces rares changements sont acceptés pour l'entrée en lice d'une nouvelle formation ou pour les changements d'asbl lors de mues de partis (comme le SP devenu SP.A et le Vlaams Blok devenu Vlaams Belang). Mais Aernoudt, qui estime être toujours coprésident (voire président, depuis lundi), a déjà calculé ses coups : " L'unique député du PP a tenu des propos racistes, sur les Roms. Le parti ne l'a pas démenti ", avance-t-il (" Faux ", s'insurge de son côté Modrikamen, " ces propos constituaient effectivement une généralisation abusive, mais le PP est clairement antiraciste "). Et Rudy-la-Malice d'avancer ce qu'il pense être l'estocade : " Même le Centre pour l'égalité des chances avait nettement dit que les mots de Laurent Louis étaient racistes. Or je vous rappelle que si le Blok s'était changé en Belang, en 2004, c'était parce que ses asbl, dont celle de financement, avaient été condamnées pour racisme. Le Conseil des ministres ne montrera donc aucun empressement à favoriser un parti raciste... " Et l'argent ? Boutade : " On pourrait le donner aux Roms pour favoriser leur intégration... " Ambiance ! D'autant plus que, mardi, Modrikamen a subi une nouvelle perquisition (après celle de mars 2010). Et que le siège du PP a aussi été " visité ". Sur la base, semble-t-il, de déclarations faites à la justice par... Rudy Aernoudt ! ROLAND PLANCHAR" on pourrait donner l'argent aux roms pour faciliter leur intégration "