Ce monologue, qui s'appelle La Version Claus, a une drôle d'histoire. Il est la traduction fidèle d'une pièce flamande un peu " maudite ", De versie Claus, sur laquelle travaillaient son auteur, le journaliste Mark Schaevers, et son ami comédien Josse De Pauw, lorsque Hugo Claus, qui en est précisément le sujet, mit fin à ses jours, le 19 mars 2008... Deux semaines à peine après le suicide assisté de ce monument de la littérature néerlandaise, De versie Claus était malgré tout montée et jouée en flamand. Tirée d'un livre abécédaire écrit en 2004 par Schaevers, à partir des...

Ce monologue, qui s'appelle La Version Claus, a une drôle d'histoire. Il est la traduction fidèle d'une pièce flamande un peu " maudite ", De versie Claus, sur laquelle travaillaient son auteur, le journaliste Mark Schaevers, et son ami comédien Josse De Pauw, lorsque Hugo Claus, qui en est précisément le sujet, mit fin à ses jours, le 19 mars 2008... Deux semaines à peine après le suicide assisté de ce monument de la littérature néerlandaise, De versie Claus était malgré tout montée et jouée en flamand. Tirée d'un livre abécédaire écrit en 2004 par Schaevers, à partir des (bons) mots de Claus relevés dans toutes les interviews accordées au cours de son existence, la pièce dresse le portrait d'un homme qui défend le mensonge par principe. Dans ce solo, qui sera donné trois soirs seulement à Bruxelles (1), un reporter nain (c'est dire toute l'estime dans laquelle Claus tenait la presse) se présente à la porte de l'écrivain... Incarné par De Pauw, Claus le reçoit, plonge ses yeux dans ceux du journaliste et se raconte, en affabulant, comme il le fit toute sa vie. C'est la version Claus... > Josse De Pauw : Non. On s'y attendait. Claus avait dit qu'il y recourrait. J'aurais préféré lui rendre hommage de son vivant. Mais bon, il l'a voulu ainsi. > Un peu. Il avait lu le livre de Mark Schaevers, Groepsportret. Een leven in citaten, basé sur tout ce que l'écrivain avait raconté de lui-même dans la presse. Claus nous avait donné son feu vert pour en tirer un monologue. Mais à sa manière, en soulignant qu'on allait " encore une fois le piller "... > Claus a été harcelé toute sa vie par des journalistes. Il n'aimait pas les interviews, même s'il en a donné des centaines, qu'il émaillait de mensonges, de paradoxes et de contradictions. Schaevers a trituré un demi-siècle d'interviews : tous ces extraits dressent un formidable portrait du personnage. > Personne ne le pourra jamais vraiment. On a dit de Claus qu'il était un affabulateur habile. Mais c'est aussi un homme généreux. En mentant, il raconte finalement beaucoup de lui. Et sur scène, c'est très clair : on sent bien ce qu'il a pensé et ressenti. > A 16 ans. Avec ses lunettes solaires, il était très populaire, très " rock " parmi les jeunes Flamands. C'était le Mick Jagger de la littérature... Mais pour nos parents, c'était un auteur dangereux, car dérangeant : ses poèmes étaient érotiques et ses romans, explicites. On se débrouillait quand même pour le lire en cachette ! > Ah ah ! On a souvent traité Claus de " géant des Flandres ". C'est aussi une race de lapin... Lui se voyait plutôt en hamster. Ce rongeur, dont le corps est aussi mignon que le caractère rébarbatif, amasse et amasse, puis se barricade. Ça, c'est le propre de l'écrivain. En plus, il a les joues gonflées, parce qu'il mange beaucoup. Claus passait également beaucoup de temps à table. > 1 heure 40... > Je sais, c'est un travail héroïque. Mais il en faut, hein, de temps en temps ! Non, sérieusement... Je vis à Bruxelles ; je connais la situation politique de la capitale. Pour moi, cette adaptation est un cadeau, et aussi un devoir... (1) Du 27 mars au 15 mai, la pièce tourne en Flandre et aux Pays-Bas. Elle sera jouée en français au Studio Flagey, à Bruxelles, les 3, 4 et 5 avril. Rens. : 02 641 10 20 ; www.flagey.be Propos recueillis par Valérie Colin